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Les ballerines d’Edgar Degas recréées en photographie

Agathe Lautréamont 23 février 2016

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Le 26 mars prochain ouvrira au Museum of Modern Art de New York une grande exposition consacrée à l’œuvre d’Edgar Degas. À cette occasion, le magazine américain Harper’s Bazaar a initié une collaboration entre la danseuse étoile Misty Copeland et le duo de photographe Browar et Ory (à l’origine du projet NYC Dance Project), leur proposant de recréer sur papier glacé les œuvres du peintre dédiées au monde du ballet et de la danse classique.

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© DR

L’art d’Edgar Degas s’est toujours concentré sur la perception et la captation du pouvoir de la beauté et de la grâce. Ses œuvres dépeignant des ballerines en pleine performance scénique ou à l’entraînement sont des aperçus délicats, des étincelles sublimes d’instants où la concentration des danseuses cherche à atteindre une forme de perfection dans l’exécution de leurs pas. Effleurer la beauté idéale dans une expérience relativement ordinaire qu’est assister à une représentation de danse, en somme.

Rien d’étonnant donc, à ce que le couple de photographes américains formé par  Ken Browar et Deborah Ory ait été approché par Harper’s Bazaar et le MoMa. Rien de surprenant non plus à ce que les deux artistes se soient à leur tour tournés vers la ballerine Misty Copeland, dont l’ascension et la prestigieuse réputation correspondaient parfaitement au profil recherché pour pouvoir se glisser dans les œuvres de Degas… et les recréer.

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© DR

Misty Copeland, première danseuse afro-américaine à décrocher la place de soliste à l’American Ballet Theatre, est une ballerine de trente-trois ans. À force de travail, de volonté, mais aussi grâce à son physique contrastant fortement avec les canons traditionnels des danseuses classiques, la jeune femme a prouvé qu’elle avait un talent inégalé pour s’approcher d’une sorte de perfection artistique, brillant par sa grande présence scénique et sa grâce indéniable qui a contribué à sa réputation.

La personne parfaite donc, pour revisiter les œuvres les plus célèbres de Degas dédiées à l’univers de l’opéra et des ballerines. La danseuse a ainsi été immortalisée par Browar et Ory, dans une série de « tableaux photographiques » où l’atmosphère de Degas est parfaitement recrée. Costumes reproduits au détail près, couleurs respectées, esthétique picturale mimée en photo : le résultat est aussi bluffant que visuellement impeccable.

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© DR

Cependant, concevoir cette série de photographies ne fut pas de tout repos, tout en représentant un véritable défi technique pour le duo de photographes. En plus du respect de la « patte » Degas, Deborah Ory et Ken Browar ont dû dans un sens « contrôler » la ballerine Misty Copeland.  Là où la danseuse est habituée à créer ses propres poses avec son corps, ici la jeune femme était contrainte à un respect scrupuleux des œuvres du peintre français.

Le couple de photographe devait donc faire preuve d’un œil d’une grande acuité pour que les mouvements de Misty soient identiques à la peinture d’inspiration, ce qui demanda beaucoup de travail et de prises de vue. Tout dans le même temps, si nous sommes ici dans le cadre de la peinture et de la photo, un autre défi consistait à insuffler à l’image finale une impression de mouvement et de fluidité, sans que les poses de Copeland paraissent rigides et donc artificielles quand placées en comparaison avec les toiles de Degas.

Misty Copeland, dans une interview donnée au magazine Harper’s Bazaar, explique que cet impératif de fluidité est également inhérent à la danse classique. Toute la difficulté du ballet consiste à donner l’illusion au spectateur que la courbe dessinée par le bras, le cercle esquissé par la pointe, ne cesse jamais. La ballerine doit créer l’illusion d’un mouvement incessant, gracieux et aisé ; alors que le corps, la musculature, sont constamment sous tension.

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© DR

C’est là tout l’aspect révolutionnaire dans le travail pictural de Degas : oser déceler la beauté dans le travail acharné, dans l’effort constant. Le peintre ne représente pas uniquement de jeunes femmes sur scène, mais aussi s’entraînant, répétant, s’étirant ou se reposant. Fasciné par cet univers auquel il dédia ses premières toiles dans les années 1860 (et qu’il continuera de représenter jusqu’à sa mort, en 1917), Degas infusa dans un univers codifié à l’extrême un souffle de changement bienvenu.

Au lieu d’immortaliser des visions idéalisées de délicates créatures tourbillonnant sur les planches, ces jeunes filles souffrent, travaillent, s’entraînent encore et encore, ont le trac dans les coulisses. Une modernité dont il avait le secret.

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