Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Ce qu’il faut retenir de la nouvelle saison du Palais de Tokyo

Jéremy Billault 22 février 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

L’expression est étrange mais souvent adaptée. Pour décrire avec fidélité l’ensemble des artistes de sa nouvelle saison, le Palais de Tokyo a choisi une citation de l’un d’entre eux, Jean-Michel Alberola, qui s’adapte avec plus ou moins de précision au travail de chacun. Peinture, littérature, cinéma, sculpture, philosophie : là où certains s’imprègnent de codes multiples, d’autres jouent et oscillent en permanence entre les formes, les thèmes et les considérations esthétiques. On a donc arpenté le Palais de Tokyo en long, en large et en travers  pour ne laisser passer aucun intervalle, littéral (car il y a des installations entre les expos) comme symbolique. 

quistrebert

Florian & Michael Quistrebert, Overlight S2E4 (détail), 2015 © galerie Crèvecoeur.

Jean-Michel Alberola, l’aventure des détails

alberola_0

Chez Jean-Michel Alberola, aucune oeuvre n’arrive toute seule. Qu’elle s’unisse avec une autre pour créer un dialogue (« Bonjour le mur »; « Bonjour le mur d’en face ! »), avec son environnement ou avec une référence, un concept, l’oeuvre est plus que ce dont elle a l’air. « Je compte simplement sur l’addition des détails » déclarait-il dans une interview en 2014 : cette addition, c’est l’intervalle. Le regard se perd et se retrouve, toujours entre-deux (voire plus), les onze thèmes s’enchaînent avec plus ou moins de liant, des ouvertures dans les murs offrent un regard vers ce qui nous attend ou vers ce que l’on a vu et vers les autres, ceux qui admirent  ce qui nous attend, ce que l’on a vu. Parfois politique, parfois philosophique, Alberola joue avec les associations, entre textes et images (la pensée de Nietzsche en un tableau abstrait, par exemple). Le Palais de Tokyo a décidé de lui consacrer une exposition très riche dont l’intensité est toujours égale : on prend le temps, on réfléchit pour finalement être happé dans d’autres dimensions, plus loin que l’aspect purement horizontal de notre confrontation à l’objet, d’un face à face traditionnel. Bienvenue dans l’intervalle.

Florian et Michael Quistrebert, The Light of the Light

quistrebert_palais_de_tokyo_7_large2

Vue de l’exposition © Palais de Tokyo

En parlant d’intervalle, on trouve immédiatement la transition avec la grande exposition de l’étage, celle qui présente le travail massif et psychédélique des frères Quistrebert. Car, avant toute chose, il s’agit là d’arpenter littéralement. Encore une fois, pas de face-à-face, les œuvres sont suspendues, sans logique apparentes et il faut circuler pour admirer différentes faces et différents aspects. Et la matière façonne l’expérience. Sur des formes qui s’apparentent à des toiles, les couleurs brillent, on y voit des sortes de métal fondu, des pièces lourdes au premier abord, subtiles dans ce qu’elles dégagent. On pense à Soto, à Calder, légèrement, face à ce qui pourtant s’apparente à de la peinture, de la peinture qui agit autant qu’elle évolue en fonction de la lumière et de la position du regard. Là encore dans un espace très vaste (environ 1000 m²), les tableaux/sculptures des frères Quistrebert s’apprécient par la déambulation, par le mouvement et par les sens . Le parcours débute par une pièce noire et des tableaux fluorescents, il s’achève par une installation vidéo ahurissante et psychédélique, l’expo est fascinante.

Art et arpentement

sf3

Sara Favriau, J’ai remonté le temps y avait rien à faire. Les mêmes carrosses en bois à toute allure, 2014. © Galerie Maubert

De nombreux autres artistes ont été invités en marge de ces deux grandes expositions. Dans l’une des salles de cinéma intimistes du Palais de Tokyo, une installation vidéo/court-métrage signée Louidgi Beltrame est diffusée en boucle. Pas de paroles, simplement deux comédiens, l’un au Pérou, l’autre à Paris. Le premier passe le relais au second d’un regard, comme si son esprit se déplaçait. Les deux personnages avancent tour à tour et le dialogue se créé : un dialogue entre les espaces, entre les décors plus qu’entre les hommes. Plus loin, dans une pièce à part, Sara Favriau et son immense installation : un parcours en bois au cours duquel s’enchaînent des sortes de cages qui abritent les œuvres d’autres artistes derrières des barreaux et des fenêtres.

08_martin_soto_climent_frenetic_gossamer_2011

Dans les airs, la bâche flottante de Vivien Roubaud est accrochée au plafond, au-dessus du palier d’honneur, tandis que les murs qui encadrent le café sont étrangement reliés par l’installation filandreuse de Martin Soto Climent. En plus du travail esthétique des mots de Babi Badalov et, d’une façon plus minimaliste, celuid du duo Simon Evans, le « païpe », au carrefour des expositions, est brillamment occupé par Shana Moulton : un temple acidulé à l’intérieur duquel sont présentés plusieurs objets farfelus et des installations vidéos un peu barrées. Shana rafraîchit les esprits après beaucoup de sérieux, un interlude au milieu des intervalles dans lesquels on vous invite à vous perdre, encore et encore.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE