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Manifestation des modèles d’art : un manque de reconnaissance symptomatique de notre temps ?

Agathe Lautréamont 19 février 2016

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Ce samedi après-midi, les modèles d’art sont appelés à manifester place de l’Hôtel de Ville, à Paris. Les réclamations sont simples : reconnaissance professionnelle, statutaire et sociale du métier de modèle d’art, taux horaire de base revu à la hausse, accès à une véritable couverture sociale. Afin de mieux comprendre la crise traversée par cette profession méconnue, nous avons rencontré une modèle d’art, devenue aujourd’hui comédienne et photographe.

modeles d'art

© DR

Ancienne modèle d’école d’art, Florence Rivières connaît bien le milieu artistique, et évolue aujourd’hui dans ce dernier en tant que comédienne et photographe. Elle a évoqué avec nous son regard sur la situation difficile de ce métier, sur sa méconnaissance de la part du grand public, et plus généralement sur les métiers artistiques.

En premier lieu, pourrais-tu me parler de ton expérience en tant que modèle d’art. Comment en es-tu venue à cette pratique ?

C’était pendant mes années d’études. Une connaissance étudiante en art dans la même fac que moi savait que je posais déjà pour des photos et m’a dit de contacter sa professeure, si le fait de poser pour sa classe m’intéressait. Je l’ai fait, et je me suis retrouvée à poser pour une classe de 30 élèves assez régulièrement.

Était-ce un métier dans lequel tu souhaitais persévérer ou quelque chose de temporaire ?

Modèle d’art en école spécifiquement, non, je le voyais plutôt comme un moyen de m’acheter à manger tant que j’étais étudiante, et j’étais plutôt portée vers d’autres domaines artistiques. En revanche, cette activité m’a rendu de grands services à l’époque et il m’arrive encore de la pratiquer pour dépanner.

Quel regard portait ton entourage sur cet emploi ? As-tu eu des retours positifs, négatifs… ?

Honnêtement, j’ai eu assez peu de retours mais je sais que ma famille, par exemple, aurait désapprouvé, parce qu’ils font partie de ces personnes qui considèrent qu’être nu devant des gens est quelque chose de mal. Alors que quand on est dans le cours, avec la concentration de la modèle et des étudiants, il reste peu de place pour une éventuelle sexualisation de la nudité…

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© DR

Considères-tu que c’est une pratique difficile ? (froid, longs temps de pose…)

Tout est relatif, je trouverais ça plus difficile d’être comptable (ça me rendrait folle), mais physiquement éprouvant, ça oui. L’organisation est en général assez bienveillante avec les modèles, il y a de petits chauffages mais ça ne suffit pas à réchauffer toute la salle (souvent de grands volumes). Quant à la tenue des poses, il faut presque entrer en méditation au bout d’un certain temps pour ne pas avoir mal !

En 2008 et 2014, les modèles d’art ont manifesté leur mécontentement du fait de leur différence de statut avec les modèles mannequins, qui eux, ont une reconnaissance professionnelle et un salaire fixe. Que penses-tu de cette différence sensible de situation entre deux métiers assez proches ?

Pour moi, c’est assez symptomatique du mouvement vers la consommation au détriment de la création que subit notre société. Pourquoi les mannequins d’agence ont-elles un vrai statut permettant rémunération ? Parce que leur image sert à vendre des produits, tout simplement. Alors que modèle d’art, en dessin et/ou peinture, comme en photo, ça ne « sert » entre guillemets à rien. On valorise les gens qui font des maths, pas de l’art.

Comment expliques-tu ce manque de reconnaissance du métier ? Pourquoi selon toi est-il si peu connu alors qu’indispensable aux écoles d’art ?

Je pense que les écoles d’art elles-mêmes sont sous-évaluées. Partant de là, ce n’est pas étonnant que leurs modèles le soient aussi. Ça se ressent à travers un tas de petites phrases du quotidien, telles que « Ok, tu es artiste, mais c’est quoi ton vrai métier » ? Ça, et un manque total de conscience sur la nature de ce métier, parce que modèle d’art, ce n’est pas se poser là et attendre d’être dessinée. C’est pénible et ça demande une vraie concentration, ainsi que des compétences pour se placer et ne pas se blesser.

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