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Le Chili et ses multiples visages à la Maison de l’Amérique Latine

Jéremy Billault 19 février 2016

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Jusqu’au 30 avril prochain, la Maison de l’Amérique Latine accueille trois générations de photographes chiliens aux thèmes de prédilection différents mais qui ont un point commun, celui d’être l’une des faces cachées de la culture chilienne. Pop trash underground, manifestations ou communautés retranchées, le regard intérieur des six photographes ouvre un dialogue direct entre le visiteur et les cultures qu’ils représentent. Une expérience pleine de surprises et d’émotion, le tout en entrée libre !

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© DR

Etant donné son histoire mouvementée et encore récente, on s’attend à ne voir du Chili que le témoignage d’un pays traumatisé et sous tension. A la Maison de l’Amérique Latine, six photographes nous prennent à contre-pied. Ici, le peuple Mapuche, les aborigènes du centre du Chili, là, des manifestations étudiantes, plus loin des couleurs criardes, kitsch et underground : tout pourrait les séparer mais pourtant tout est lié. Dans le grand espace d’exposition de la Maison de l’Amérique latine, les thèmes et les styles s’enchaînent, on vogue d’une génération à l’autre et peu à peu apparaissent les détails poignants d’un Chili aux multiples visages.

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© Zaida González, Sans titre de la série Recuerdame al morir con mi ultimo latido,2009-2010

Le tour de force de l’accrochage, c’est avant tout l’entrée. Alors qu’on ne sait pas ce qu’on va découvrir, dans quel ordre, Patrice Loubon laisse de côté la chronologie et nous confronte directement à elle, à Zaïda Gonzales, la plus jeune et la plus barrée des six photographes invités. La preuve en un coup d’œil : une immense photo reproduite sur un mur, trois femmes rient aux éclats en mangeant un bébé (référence aux communistes « mangeurs de bébés »). Celle du milieu attire l’attention : le modèle est Víctor Hugo « Wally » Pérez Peñaloza, un transsexuel plus connu sous le nom de Hija de Perra à la réputation extravagante. On y est, ailleurs, dans un Chili surprenant, corrosif, caustique et transgressif.

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Leonora Vicuña, « Koyom« , Chile, 2010 © Leonora Vicuña

Autre registre, autre face et autre forme d’isolement : celui des mapuches photographiés par Leonora Vicuña. Les mapuches sont les aborigènes du centre-sud du Chili : stigmatisés par la population chilienne, ils sont encore plusieurs centaines de milliers. Leonora Vicuña vit avec eux. Depuis près de vingt ans, la photographe passée par Paris est revenue vers les siens, vers sa « ruka » (son foyer en langue mapuche), et c’est là que sa démarche trouve tout son intérêt. Là où l’on pouvait s’attendre à un regard ethnographique et extérieur, à la distance d’un exotisme parfois inconscient, l’artiste nous confronte à des traditions ancestrales pratiquées de nos jours, par des individus familiers.

Un chamane chevauche une monture de bois, il porte un masque et se lance dans un drôle de mouvement. Cet homme, elle le connaît bien, c’est son voisin. On se retourne et une autre photo complète cette image : un homme sourit, son masque est relevé. Alors on retourne face à cet étrange chamane avec une connivence toute fraîche, on le connaît, l’humain sous le masque.

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© Alvaro Hoppe, Santiago, du livre Chile desde adentro Chile, 1983

Un peu plus loin, dans une pièce plus sombre que les autres, des photos en noir et blanc, douces-amères. D’un côté, les manifestations qu’elles représentent sont sanglantes, difficiles : on réalise très vite la violence des forces de l’ordre, de la répression. D’un autre côté, ces photos sont pleines de vie : réalisées par les frères Hoppe à leurs débuts, elles sont le regard direct de la jeunesse sur la jeunesse, dans une période de troubles. Un message de bienvenue pour l’arrivée de Pinochet, chaque étudiant tient un panneau. L’un d’entre eux a délibérément laissé tomber le sien : la lettre R, celle de la résistance, de la révolution. Des scènes de joie, des scènes de chaos, de places dévastées après la tempête, des funérailles nationales, des funérailles clandestines : on est du côté de l’espoir, du courage et de la douleur, toujours avec la vérité intense d’une face cachée malgré elle.

FACES CACHÉES

12/02/2016 > 30/04/2016

Maison de l’Amérique latine

PARIS

L'exposition Faces cachées réunit trois générations de photographes chiliens, représentées par Zaïda González, Alejandro Hoppe, Alva...

Exposition terminée
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