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Constantin Brancusi : la pureté dans l’abstraction

Agathe Lautréamont 19 février 2016

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Il y a 140 ans, dans une petite ville de Roumanie, naissait l’immense sculpteur Constantin Brâncuși. Faisant partie des figures les plus influentes de la sculpture de la première moitié du XXe siècle, passé par l’atelier d’Auguste Rodin, l’artiste moderne s’est particulièrement illustré dans l’abstraction sculpturale, et a ouvert la voie aux courants artistiques du minimalisme et du surréalisme. Retour sur trois œuvres phares.

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© DR

Le Baiser, 1907-1908

Probablement l’œuvre la plus connue de l’artiste, Le Baiser comporte en vérité de très nombreuses versions et variantes, dont la toute première fut réalisée entre 1907 et 1908. Nous sommes face à deux amants, enlacés, gravés dans un seul bloc de pierre, leur amour aussi pérenne et immuable que le matériau dans lequel ils ont été représentés. Souvent considérée comme une création proto-cubiste, la sculpture affiche en effet des formes géométriques, droites, d’une composition au premier regard simple mais dont il se dégage pourtant beaucoup de force.

Formé dans les ateliers de grands personnages comme Antonin Mercier et Auguste Rodin, Brâncuși établit pour autant une rupture nette avec ses maîtres, en affirmant une autre approche de la créativité, ainsi qu’une réalité plastique qui viendrait dégager l’art du XXe siècle d’une tradition passée encombrante.

Pour l’artiste, l’important ne réside pas dans la reproduction de la réalité au cœur d’une matière donnée (argile, plâtre, marbre…) mais bien la force spirituelle et évocatrice que pourra susciter la sculpture. L’apparence est secondaire, tant que l’abstraction de la réalisation parvient à provoquer songes, émotions et réflexions. C’est pourquoi Brâncuși travaillait directement la matière, sans ébauche préparatoire, afin de respecter au mieux la pierre qu’il va modeler.

Mademoiselle Pogany, 1912-1913

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© DR

Elle évoque la figure d’un oiseau ou la pureté d’une sculpture de jade chinoise. L’histoire raconte que la modèle qui se trouve à l’origine de ce motif était une jeune fille d’origine hongroise venue étudier la peinture en France. Constantin Brâncuși la rencontra en 1910, et la jeune femme rendit par la suite plusieurs visites au sculpteur.

Passé quelques temps, elle prit son courage à deux mains et demanda à l’artiste un portrait d’elle sans se douter que pour les mois à venir, elle allait devenir une muse pour le sculpteur.  Si les études de glaise qu’il réalisa n’ont pas été  conservées, des dessins de la jeune fille nous sont parvenus ; et après le retour de la modèle dans son pays d’origine, Brâncuși réalisa cette œuvre en souvenir d’elle. L’artiste ne devait plus jamais revoir la jeune fille, dénommée Margit Pogany.

Nous possédons une photo d’elle, qui permet de réaliser à quel point le sculpteur a su capter ce qui faisait les caractéristiques du visage de son modèle. Un port de tête élégant, une coiffure austère tirée en arrière, de grands yeux foncés et profonds, des sourcils marqués encadrant parfaitement son regard.

L’oiseau dans l’espace, 1923

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© DR

Polie à la manière d’un miroir, la sculpture oblongue est toute de grâce et de légèreté. Haute d’un mètre quarante, l’œuvre à l’image du Baiser sera déclinée en plusieurs versions par Constantin Brâncuși au cours de sa carrière. Malgré sa réalisation épurée, nous sommes bel et bien face à un oiseau. Le spectateur est appelé à ne pas s’étonner de l’absence d’ailes, de plumes, de tête…

Encore une fois, l’accent est placé sur la suggestion et l’admiration de l’élégante finesse avec laquelle la sculpture a été réalisée. Élancée, svelte, la créature de bronze ou de marbre est une suggestion du vol et de l’élan. Le corps de l’animal est évoqué par un renflement au milieu de la sculpture, la tête est un simple ovale, le pic final peut être vu comme un bec levé vers le ciel. Comme s’il libérait son souffle vital, l’essor de l’oiseau se poursuit dans l’étirement à l’extrême de son corps, dans une ascension verticale, vertigineuse et fascinante.

Seule ombre au tableau : le cylindre qui sert de base à la sculpture, et qui vient peut-être rompre la magie de l’admiration de l’œuvre. L’oiseau dans l’espace de Brâncuși est une élévation, un moment suspendu dans les airs, une ondulation surprenante.

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