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Bettina Rheims à la Maison Européenne de la Photographie : mélange des genres

Agathe Lautréamont 19 février 2016

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Rarement une femme photographe aura autant rejeté les conventions que Bettina Rheims. Rebelle, c’est bien le terme qui sied le mieux à la personne Bettina Rheims et à sa production photographique. Illustration par trois thématiques ancrées dans son travail, entre combats résolument modernes et regards profondément humanistes.

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© Bettina Rheims

Féminité

Bettina Rheims a toujours défié la pratique photographique, que ce soit dans ses cadrages, dans ses thématiques de prédilection ou dans le choix de ses modèles. Chantre d’une féminité nouvelle, la photographe iconoclaste affiche une conception de son sexe affranchi de tout contrôle et impératif ; tandis qu’elle met en scène des femmes qui refuseraient de choisir entre sensualité, pudeur, érotisme ou ostentation. Car cela fait maintenant quarante ans que Bettina Rheims scrute la Femme, la décode, explore ses travers et ses désirs d’émancipation.

Que sa focale se braque sur une personnalité du cinéma ou sur une stripteaseuse anonyme, le portrait qu’en tirera la photographe, explosion de couleurs où perlent lascivité et volupté, sera sans concession. L’artiste ne contrôle pas ses modèles, se refuse à leur demander de jouer un rôle le temps de les figer sur pellicule. Mais cette carte blanche tendue à ses muses ne signifie pas pour autant qu’elle néglige ses compositions. Bien au contraire, ses images se révèlent toujours léchées, à l’extrême. Même quand on voit sur la peau nue des danseuses les marques laissées par un corset trop serré. Même quand on remarque les veines légèrement bleuies des jambes d’une célèbre actrice. Même quand le mascara d’une comédienne a coulé après une représentation.

Pas de fard, encore moins de préciosité. Simplement une lumière savamment maîtrisée, des cadrages originaux qui laissent la part belle au dynamisme et au mouvement. Le regard de Rheims, que l’on devine gourmand de féminité, d’audace et de volupté, confère le reste de magie qui nous confirme que nous sommes là face à une grande, une très grande photographe.

Genre

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© Bettina Rheims

Une importante part de l’exposition événement de la MEP s’attarde sur un sujet cher à Bettina Rheims : la question du genre. Dès le début des années 2000, elle braqua ses objectifs sur les transsexuels : des hommes devenus des femmes, des femmes devenues des hommes et les autres, ceux qui ont jugé plus adéquat de ne pas trancher et qui existent en tant que troisième genre, adoptant une identité volontairement équivoque et parfaitement assumée. Revendiquée ? Pas tout à fait.

En 2011, l’artiste lance un appel sur le réseau social Facebook : à tous ceux qui se sentent différents, et qui souhaiteraient en parler. C’est ainsi que la photographe s’est investie dans une longue série de portraits et d’interviews. La MEP nous offre cette plongée au cœur de l’identité sexuelle par de sublimes tirages, tandis que des haut-parleurs diffusent les témoignages de ces personnes, jeunes ou âgées, femmes ou hommes, peu importe. Son appareil photo explore un monde d’une complexité insoupçonnée, où androgynie et transgenre s’exposent à notre regard. Pour un temps, Rheims laisse de côté l’extravagance qu’on lui connaît pour une série d’images davantage pudiques, intimes ; où les regards des modèles s’adressent droit à notre sensibilité et à notre ouverture d’esprit.

La photographe ne peut qu’entrer en résonnance avec l’actualité, quand notre société contemporaine affiche encore un malaise évident vis-à-vis de ces personnes qui souffrent, parfois depuis la petite enfance, d’être nées dans le « mauvais » corps, et optent pour une transformation, progressive ou radicale, mais en adéquation avec l’essence de leur identité. Demeure ensuite, étape la plus délicate et très souvent douloureuse, de l’acceptation du monde extérieur.

INRI

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© Bettina Rheims

Il n’y a qu’en France que la série de photographies de Bettina Rheims, intitulée INRI, reçut un accueil glacial et même des attaques de la part des milieux catholiques conservateurs. Ces derniers furent en effet aveugles à la qualité des photographies de l’artiste et à sa relecture originale de la vie du Christ. Ils n’y virent qu’une énième provocation, estimant que des éléments contemporains, de la nudité et des décors surprenants ne pouvaient qu’être une critique, un blasphème et en aucun cas un hommage. Et pourtant.

En reprenant les codes les plus classiques de la peinture religieuse, en s’inspirant pour ses mises en scène de fameuses œuvres de l’Histoire de l’art (la Pietà de Michel-Ange, la Cène de De Vinci…), Rheims réalise des clichés certes sensuels, mais dépeint avant tout des personnages bibliques ancrés dans un réalisme bienvenu, un univers audacieusement baroque où les corps ne sont plus soumis à contraintes. Les traditions se trouvent intelligemment réécrites. Là où les gardiens du temple voyaient de la provocation, la photographe insuffle de l’humanité, dense et captivante, qui sait se projeter au-delà de l’idéologie, du religieux, pour mieux replacer l’homme et la femme au centre de l’attention.

En lieu et place de mysticisme, on retrouve des doutes et des angoisses cachées. Au lieu d’extase religieuse, on trouve du plaisir des sens (Le Bernin allait déjà dans cette direction). Pour autant, certaines valeurs défendues par la chrétienté comme le don de soi et la ferveur dans l’engagement n’ont pas été gommées des images de Rheims. Elles sont simplement exprimées via l’usage de matériaux et codes visuels empruntés à notre époque contemporaine, à notre modernité qui est tout aussi capable que les grands peintres des temps passés de produire de belles choses.

BETTINA RHEIMS

27/01/2016 > 27/03/2016

Maison Européenne de la Photographie (MEP)

PARIS

Bettina Rheims et la Maison Européenne de la Photographie entretiennent depuis toujours des liens intimes. Alors, quel meilleur endroit que...

Exposition terminée
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