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Les chamanes ensorcellent les visiteurs du Quai Branly

Agathe Lautréamont 17 février 2016

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Qu’est-ce qu’un chamane ? Un guérisseur ? Un chef religieux ? Un magicien ? Peut-être bien un peu de tout cela… Il est celui qui saisit l’oscillation de la Terre, capte la vitalité des êtres vivants et jette un pont entre les Dieux et les Hommes. Le Quai Branly propose une passionnante plongée dans le chamanisme de l’Équateur précolombien; entre animisme, drogues hallucinogènes et sagesse de temps perdus.

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Rites de passage et initiations

Formé depuis l’enfance aux mystères des arts divinatoires, le chamane représente un pilier central pour les sociétés précolombiennes. Revêtant plusieurs rôles majeurs politiques et sociaux, le sage est le garant non seulement de la cohésion de sa tribu, mais aussi de l’équilibre précaire entre le cosmos et le monde mortel. Afin de s’assurer de la pérennité de cette fragile harmonie, une multitude de cérémonies, de rituels et de gestes sont exécutés par le chamane, qui réaffirme dans le même temps, grâce à son statut d’autorité de messager des Dieux, son ascendant sur son peuple.

Leur art divinatoire, leur pratique de la méditation et leur usage de la transe permettait à ces voyants des temps anciens de saisir les cycles de la vie, communier avec la course des astres et veiller scrupuleusement à la préservation et la transmission des traditions culturelles de son peuple.

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Il faut savoir que dans la tradition précolombienne, le monde des êtres humains se situe dans une sorte d’entre-deux, où il doit composer avec les signes venus du monde céleste dont les représentants sont les astres (et dont la course était scrutée par les chamanes) et le monde des défunts et des esprits avec lesquels il était également important de communier.

Certains représentants de ces deux univers s’incarnaient dans des animaux, qui prennent alors dans l’art de ces populations des aspects anthropomorphes. Et peu à peu, à mesure que le chamane entre en contact avec ces forces ineffables, lui-même est capable de se transformer en un être hybride arborant griffes, museau et crocs acérés.

Des plantes pour communiquer avec les Dieux

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Il n’y a pas que les hippies des années 70 qui avaient l’art d’accorder substances hallucinogènes et musique : les chamanes des temps passés eux aussi avaient bien saisi les influences et pouvoirs de certaines substances. Quoi de mieux en effet, que des perceptions fantasmagoriques et une exacerbation des sens pour entrer en communion avec ces mondes inconnus, que seul le chamane pouvait percevoir ?

Nombre de sculptures exposées au Quai Branly se font l’écho des techniques de préparation des psychotropes ainsi que de leur consommation en musique. Par exemple, le tabac était absorbé à haute dose par les magiciens pour leurs propriétés d’altération de la conscience.

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De même, les feuilles de coca, plante d’Amérique du Sud (dont on tire la tristement célèbre cocaïne) étaient-elles préalablement mélangées à de la chaux avant d’être mâchées par les chamanes, au moment où des musiciens frappaient leurs tambours. L’amylase contenue dans la salive permettait en effet de révéler les propriétés hallucinatoires de la plante, et cet effet se trouvait accéléré par l’adjonction de chaux.

Fascinés par ce phénomène, les précolombiens façonnèrent de nombreux éléments de poterie et autres sculptures représentant leur chamane en train de préparer ses aliments et boissons rituelles. Qu’il soit en train de moudre des graines, broyer des plantes avec un pilon rudimentaire ou absorber des liquides à vocation purgative (afin d’assainir son organisme pour mieux accueillir la transe), le chamane se livre à des rituels mystiques un peu partout dans le parcours.

Garant des fertilités

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Le chamane veille sur le renouveau de la vie, qu’elle soit végétale ou humaine. Lorsque vient la période des semences, à la belle saison, il revient au sage de présider aux diverses fêtes, rituels et célébrations qui vont émailler cette période de renouveau de la nature et qui, tous l’espéraient, donnera d’abondantes récoltes.

Lors de la survenue des solstices et des équinoxes, il incombe au chamane de s’adresser aux divinités, de les tancer d’apporter aux peuples de quoi se sustenter et d’offrir la pluie qui ravivera les plantes et provoquera la croissance des semailles. Vêtu d’éléments traditionnels comme les conques marines, le sage danse, prie et interpelle le ciel pour réclamer averses et ondées.

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Mais il convient de se souvenir que le chamane, en sus de guide spirituel, fait également office de guérisseur. Ainsi, il se trouve à la tête des fêtes traditionnelles qui marquent le passage d’une petite fille à l’âge adulte, signalant qu’elle peut désormais être mariée et procréer. Guidée par le sage, elle revêtira des bijoux spécifiques qui désigneront son nouvel état de femme et non plus d’enfant.

Et lorsque viendra le moment pour elle d’accoucher, c’est encore une fois le chamane qui sera présent à ses côtés et l’aidera à donner la vie à son bébé. Par des gestes transmis par les ancêtres, mais aussi grâce à des prières et des rituels, le chamane veillera à ce que l’accouchement soit le plus rapide possible et placera l’enfant nouveau-né dans les bras de sa mère.

Mais ce ne sont là que quelques menus aspects du rôle du chamane, du magicien, du passeur de divinités que l’on peut rencontrer au Quai Branly. L’exposition « Chamanes & divinités de l’Équateur précolombien » recèle encore bien des surprises, qu’il convient de découvrir dans un parcours… ensorcelant !

Photographies : Agathe Lautréamont
CHAMANES ET DIVINITÉS DE L'ÉQUATEUR PRÉCOLOMBIEN

16/02/2016 > 15/05/2016

Musée du quai Branly

PARIS

Prêtre aux pouvoirs surnaturels, exerçant parfois des fonctions politiques, le chamane consolidait l’ordre à travers une multitude de r...

Exposition terminée
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