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Le street-art de Combo exposé à l’Institut du Monde Arabe : humour, tolérance et collages

Agathe Lautréamont 16 février 2016

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Jusqu’au 6 mars prochain, l’Institut du Monde Arabe invite le street-artist Combo Culture Kidnappeur à investir une de ses salles d’exposition. Entre graffitis, collages et fresques réalisées à la bombe, le jeune artiste vante la tolérance et la compréhension entre les peuples, sans jamais se départir de son ironie grinçante.

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© Combo Culture Kidnappeur

Tout part d’une agression. En janvier 2015, quatre individus molestent le street-artist Combo, alors qu’il apporte les dernières touches à un graffiti : Coexist, qui remplace certaines consonnes par les symboles des trois religions monothéistes : le croissant, l’étoile de David et le crucifix.

Manifestement, les agresseurs ne voyaient pas d’un bon œil le message qui a, depuis toujours, constitué la manne du travail de l’artiste de rue : la tolérance. Loin de renoncer, le jeune graphiste formé aux Beaux-Arts de Nice persiste et signe, continue d’étaler dans les rues de Paris ses graffitis, jusqu’à ce qu’il se fasse repérer par Jack Lang et l’Institut du Monde Arabe.

Espace dédié au respect des croyances de chacun et à la découverte des diversités, l’IMA s’est de fait vite imposée comme l’écrin de l’évidence pour une exposition dédiée au travail de ce jeune artiste de 28 ans qui s’est lancé dans l’art de rue en 2012. L’événement se veut également un magistral pied de nez à tous ceux qui seraient tentés de faire taire, par le recours à la violence, l’expression artistique et la promotion de la paix et de la compréhension entre les peuples.

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© Combo Culture Kidnappeur

L’humour pour la tolérance

Et cette union, précisément, c’est le crédo de Combo. Comme il le revendique souvent, il est né d’une mère musulmane et d’un père chrétien ; ce qui implique avoir été élevé dans une atmosphère de respect mutuel et d’ouverture à l’autre, au-delà des différences, latentes ou palpables.

Cette tolérance, le jeune homme la revendique dans chacune de ses œuvres. Or, pas de discours moralisateur ni d’ambiance lourde comme on pourrait le craindre de la part d’une exposition qui puise ses racines dans les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo. L’arme favorite de Combo, c’est l’humour, l’ironie. Intermédiaire le plus efficace, selon l’artiste, pour faire front commun contre les dispensateurs de haine qui souhaiteraient voir la société française s’étioler peu à peu.

Dans ce but, Combo s’amuse à détourner les codes de la culture populaire et les injectant dans ses influences littéraires et artistiques. C’est ainsi que l’on pourra croiser des références à Picsou ou Star Wars dans une fresque où s’étalent des vers de Shakespeare ou des traits d’esprit d’Umberto Eco. Dans tous les cas, que Combo fasse appel à Victor Hugo, à Jeanne d’Arc ou aux écritures saintes, toujours les tabous sont bousculés, moqués, tournés en dérision.

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© Combo Culture Kidnappeur

Mélange des genres

Son intention est de susciter des réactions de la part des passants et, aujourd’hui, des visiteurs venus à l’IMA. Gentiment transgresseur, il cherche à faire sourire les curieux tout en les amenant à une réflexion et une remise en question des codes mais aussi des tares de nos sociétés contemporaines. Doit-on croire tout ce qu’on nous dit ? Que penser des théories du complot qui fleurissent sur internet ? Comment remettre l’humain au centre de nos préoccupations en ces années troublées ?

C’est pour cela que dans un premier temps, Combo ouvre son parcours sur plusieurs fresques traitant de la situation des migrants. On passe cependant très vite à des œuvres plus personnelles, dans lesquelles il insère son goût pour les Lettres et les Beaux-Arts. Et là, Combo s’amuse. Une menorah (chandelier à 7 branches utilisé lors de cérémonies juives) devient un sabre laser avec lequel Moshe, jedi des temps modernes, s’apprête à faire régner la tolérance et l’amour de son prochain.

Sur une autre peinture, une Jeanne d’Arc du XXIe siècle (qui avait subit plusieurs dégradations sur les murs du quartier d’Oberkampf) pose fièrement devant Notre-Dame de Paris, tandis qu’elle serre d’une poigne volontaire un drapeau scandant « Liberté, Égalité, Humanité ».

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© Combo Culture Kidnappeur

Une exposition bien menée

Certains y verront des œuvres un peu naïves. D’autres esprits encore plus critiques verront dans Combo un énième artiste de rue qui ne serait jamais sorti de l’ombre sans les attentats qui ont endeuillé la France en 2015.

Les mauvaises langues auraient tort de se cantonner à pointer du doigt la présence du street-art dans un musée comme l’Institut du Monde Arabe. L’exposition a été parfaitement pensée. La scénographie plongée dans une semi-obscurité se compose comme un parcours où les coups de projecteurs sur les œuvres guident le visiteur. Les cimaises ont été remplacées par des palettes en bois sur lesquelles on distingue les traces de colle et les projections de peinture en bombe utilisée par Combo.

Peu, voire pas de cartels : l’humour percutant du graphiste, qui pourra parler à toutes les générations, entre en résonnance avec les ambitions premières de l’IMA : promouvoir les rencontres entre les cultures et en cela, l’exposition « Combo Culture Kidnapper » est une bouffée d’air frais.

COEXIST

07/01/2016 > 06/03/2016

Institut du Monde Arabe

PARIS

En commémoration des grandes marches républicaines de janvier 2015, l’Institut du monde arabe accueille Combo, street artist engagé.

Exposition terminée
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