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François Kollar au Jeu de Paume : de la France qui travaille aux défilés de mode

Jéremy Billault 15 février 2016

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En parallèle de son exposition consacrée à Helena Almeida, le Jeu de Paume réserve son espace du rez-de-chaussée à une vaste rétrospective du travail de François Kollar, photographe d’origine Hongroise devenu maître du reportage industriel et de la photographie de mode. Construite selon plusieurs thématiques suivant la carrière de l’artiste, l’exposition évoque avant tout son ouvrage majeur, La France travaille, mais présente aussi ses travaux plus tardifs, des défilés de mode aux usines d’Afrique de l’Ouest, des grandes revues aux commandes gouvernementales. 

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François Kollar, Construction des grands paquebots, Rivetage de tôles d’un pont de navire, chantier et ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët, 1931-1932

Ici, des ouvriers au travail, là, des mannequins, Coco Chanel, plus loin des images de ce qui était à l’époque l’Afrique Orientale Française, commandées par l’Etat. On pourrait penser s’y perdre, finalement, on s’y retrouve. Car partout, il y a un seul et même regard : celui de François Kollar. L’artiste, à qui le Jeu de Paume consacre une vaste rétrospective, est considéré comme l’un des maîtres du reportage industriel, répondant avec brio à différents commanditaires, commerciaux ou institutionnels, variant d’un sujet à un autre, du familier au plus exotique.

Automobiles Renault. D'une main l'ouvrier fait tomber le sable. Billancourt (Hauts-de-Seine), 1931-1934. Photographie de François Kollar (1904-1979). Paris, Bibliothèque Forney.

François Kollar, Automobiles Renault. D’une main l’ouvrier fait tomber le sable. Billancourt (Hauts-de-Seine), 1931-1934.

Car, avant de travailler l’image pour les autres, d’être cet Ouvrier du Regard que présente l’exposition, Kollar était lui-même ouvrier. Arrivé en France en 1924, à l’âge de 20 ans (il était originaire d’une ville de Hongrie aujourd’hui en Slovaquie), il passe ses premières années chez Renault en tant que tourneur à métaux. Employé trois ans plus tard dans un atelier de reproduction d’œuvres d’art, il collabore avec l’importante imprimerie Draeger et, au fil des rencontres , parvient à travailler dans la mode et la publicité. Dès 1930, Kollar ouvre son propre studio et s’attaque, dès l’année suivante, à une commande de grande envergure, censée représenter un univers qu’il connait bien : la France qui travaille.

La France travaille

Mineurs. Nettoyage des lampes. Société des mines de Lens. Lens (Pas-de-Calais), 1931-1934. Photographie de François Kollar (1904-1979). Paris, Bibliothèque Forney.

François Kollar, Mineurs. Nettoyage des lampes. Société des mines de Lens. Lens (Pas-de-Calais), 1931-193

Entre 1931 et 1924, François Kollar arpente le territoire français à la demande des éditions des Horizons de France pour réaliser une série de reportages au sujet vaste : le travail. Classé par thème et par type d’industrie, le travail colossal du jeune photographe comportera plus de 2000 photos publiées sous la forme de 15 fascicules. Cette importante commande fera de François Kollar l’un des plus grands reporters industriels, tant par sa productivité que par la qualité et la sincérité de ses clichés. Kollar représente un monde auquel il a appartenu et, sous un autre angle, auquel il appartient encore.

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François Kollar, Bouche du tunnel Sainte-Catherine, Sotteville-lés-Rouen, 1931- 1932

En tant que travail le plus important de la carrière de l’artiste, du moins en terme de volume, La France travaille est au cœur de l’exposition du Jeu de Paume : dans la diversité des cadres et dans sa patte graphique, François Kollar dévoile, déjà, la vaste étendue de son talent, de ce qu’il développera dans les années suivantes.

A la mode

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François Kollar, Escalier chez Chanel, 1937

On avance, on déambule on divague et, soudain, on est ailleurs. Alors qu’il y a quelques mètres on contemplait encore le déjeuner du mécanicien ou le nettoyage des lampes des mineurs du nord, Coco Chanel arrive. Et avec elle des mannequins, des clichés luxueux associés à de grandes marques. Mais on est toujours chez lui, chez Kollar. Après ce travail de longue haleine à travers la France, François Kollar collabore avec des magazines et des revues en France (Le Figaro illustré) ou aux Etats-Unis (Harper‘s Bazaar) et réalise des portraits (dont celui de Coco Chanel présenté dans l’exposition) ainsi que des photos de mode, toujours très graphiques, toujours reconnaissables, (cela ressemble à un paradoxe) toujours aussi vrais. Pas de surenchère, pas d’exagération, Kollar aborde son sujet comme il l’a toujours abordé, dans son travail publicitaire comme dans ses reportages.

Afrique-Occidentale Française

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François Kollar, Rufisque, chaussures Bata, 195

Pour promouvoir les infrastructures développées par la France au sein de ses colonies dans les années 50, Kollar est envoyé en Afrique et réalise un reportage pour le gouvernement. L’artiste revient alors au travail, à la représentation du travail et de la modernité dans une optique, cette fois-ci, de propagande. L’image de la France doit être positive, sans que sa présence ne pèse. Mais derrière ces considérations, il y a, encore, le regard de François Kollar. Et le pari est doublement réussi : on pourrait être dans l’une des vingt régions de La France travaille, on est en Côte-d’Ivoire, l’Etat y trouve son compte. Esthétiquement, des années plus tard, le résultat est bluffant, la mise en scène impeccable, l’œil brillant du reporter n’a rien perdu de sa précision. Dans la carrière incroyable de François Kollar, on touche les extrêmes sans en avoir l’impression, on voyage sans s’en apercevoir, dans le temps, dans l’espace. On a affaire à un grand.

FRANÇOIS KOLLAR

09/02/2016 > 22/05/2016

Jeu de Paume

PARIS

Cette exposition rétrospective est constituée d‘un ensemble de 130 tirages d‘époque dont certains inédits, et d‘autres issus de la...

Exposition terminée
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