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Remaniement : Fleur Pellerin quitte le ministère de la Culture avec un bilan mitigé

Agathe Lautréamont 12 février 2016

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Celle qui, quelques heures avant le remaniement se déclarait « très sereine » devant les caméras de BFM n’aurait donc rien venu venir. Déjà en janvier, elle avait annoncé sa ferme intention de poursuivre les chantiers de son ministère, en vain. Fleur Pellerin quitte la Culture, remplacée par son ancienne camarde de promotion de l’ENA, Audrey Azoulay.

Fleur Pellerin le 27 janvier © Aurélien Meunier – Getty Images

Elle ne sera restée qu’un an et demi au 3 rue de Valois. Nommée ministre de la Culture et de la Communication le 26 août 2014 dans le gouvernement Valls II, Fleur Pellerin a donc été limogée lors du remaniement du 11 février, au profit d’Audrey Azoulay, numéro 2 du CNC : le Centre National du Cinéma et de l’image animée. Que retenir de l’action de cette personnalité politique, qui après  avoir été ministre déléguée et secrétaire d’État s’est vue remettre le portefeuille de la Culture ? Il n’est pas toujours simple d’y voir clair dans le parcours récent de Fleur Pellerin, tant ses initiatives ont été brouillées par nombre d’erreurs de communication et choix discutables.

À une époque où le ministère de la Culture voit son budget se réduire comme peau de chagrin à chaque quinquennat, Pellerin était tout de même parvenue à stopper cette hémorragie, en avançant la nécessité de grandes actions à réaliser dans ce domaine ministériel. En obtenant par la même occasion une hausse des crédits de son ministère, les sociétés de productions cinématographiques avaient amorcé un retour des tournages sur le sol français.

Grâce à l’application d’un crédit d’impôt, la ministre avait contribué à instaurer une répartition plus équitable des revenus générés par le domaine du numérique, en particulier dans la filière musicale.  Une proposition de décret visant à élargir les aides à la presse à une cinquantaine de magazines et journaux avait également été avancée.

Visite expo scorcese Bertrand Rindoff Petroff - Getty Images

Fleur Pellerin visitant l’expo Scorcese de la Cinémathèque © Bertrand Rindoff Petroff – Getty Images

Des initiatives… et peu de reconnaissance

Arrive le mois de mai 2015 et un nouveau projet en faveur duquel l’élue va se battre durant longtemps : un projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine. Cette idée qui aurait pu amorcer des changements bénéfiques, prévoyait en effet une répartition plus équitable des droits entre les artistes interprètes et leurs maisons de disque, une grande transparence des recettes dans le monde du cinéma, la reconnaissance des artistes de cirque ou encore l’aide aux élèves boursiers à accéder aux grandes écoles d’art.

Malheureusement cette loi, dont la phase de discussion avait été amorcée au Sénat, a été interrompue suite à son départ du gouvernement de Manuel Valls. Quant au sujet sensible du statut des intermittents du spectacle, la Ministre avait négocié avec nombre de municipalités françaises des accords qui garantissaient les crédits à la culture sur trois ans.

Malheureusement, il faut croire que le président François Hollande n’a jamais vraiment cru en le ministère de la Culture. Comme le montre le reportage d’Yves Jeuland, Un temps de président, le chef de l’État aurait réduit le rôle de Fleur Pellerin au fait « d’aller voir Jack Lang qui a des idées » (insinuant que Pellerin n’en avait aucune ?) et de « se taper des spectacles ». Une dureté de ton et un cynisme glaçant envers un portefeuille pourtant si important, quand on sait qu’une nation comme la France ne peut pas se construire et prospérer sans culture ni promotion de cette dernière.

Harvey Keitel fait Chevalier des Arts et des Lettres © Bertrand Rindoff Petroff – Getty Images

Trop de promesses pour peu d’actions ?

De plus, de nombreux observateurs ont reproché à Fleur Pellerin sa tendance à se fendre de nombreuses annonces, très belles sur le papier, mais qui n’ont jamais dépassé le stade de l’affichage dans la presse et au micro des radios. Celle qui en 2014, avait déclaré que l’éducation artistique, la démocratisation de l’accès à la culture, l’instauration d’un pôle de création télévisuelle ou encore la taxation des grands noms du numérique figuraient parmi ses priorités, n’aura donné suite à aucune de ces idées.

La faute à un manque de temps, d’argent, de volonté ? Peut-être y a-t-il là un peu des trois. De même, nombre de journaux ont pointé comme un acte de faiblesse sa volonté d’interdire le long-métrage de François Margolin, Salafiste, au moins de 18 ans et d’avoir indirectement laissé l’association catholique intégriste « Promouvoir » parvenir à annuler les visas d’exploitation de films comme La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche ou encore Love de Gaspar Noé.

Audrey Azoulay, à l'Elysée. Photo Marc Chaumeil

Audrey Azoulay, à l’Elysée © Marc Chaumeil

Le remaniement, c’est maintenant

Si l’on ajoute à cela les nombreuses bourdes de communication et d’image de Fleur Pellerin, on obtient là l’image d’une ministre qui n’est pas parvenue à fédérer et a parfois fait le choix d’une honnêteté désarmante en faisant fi de tout ce que cela implique au niveau de l’opinion publique. Ainsi en octobre 2014, alors Patrick Mondiano remporte le Nobel de littérature, la ministre admettait sous la contrainte n’avoir jamais lu un seul titre de l’écrivain.

Quelques mois plus tard, elle est piégée par les caméras du Petit Journal, tandis qu’elle semble découvrir en même temps que les journalistes son bureau au ministère. Interrogée par les deux reporters, elle se révèle incapable de nommer l’artiste à l’origine du tableau ornant un de ses murs ou de révéler le contenu de plusieurs dossiers empilés sur son bureau. Par malheur, l’opinion publique étant généralement encline à ne retenir que le négatif, Fleur Pellerin se voit vite brocardée, critiquée, mal jugée.

Et d’aucun de s’empresser de soupirer d’aise lors de l’annonce de son remplacement par Audrey Azoulay. Espérons que la conseillère culture et communication de François Hollande saura remporter tous les suffrages. Elle a en effet pour elle le fait de ne pas être très connue et donc de ne pas entrer en poste avec un « passif », ce qui fait qu’on lui accordera mieux le bénéfice du doute. Cette ancienne de la Cour des Comptes, de la Direction du développement des médias et du CNC saura-t-elle faire mieux que Pellerin ? L’avenir le dira.

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