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A vendre : le château aux 1000 colonnes et… aux 5 Picasso

Jéremy Billault 12 février 2016

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Dans le Gard, à quelques kilomètres d’Uzès, un château mis en vente attire les regards du monde entier. Jadis propriété d’un baron passionné de colonnes, l’endroit a accueilli  le critique d’art Douglas Cooper qui a invité Pablo Picasso à réaliser plusieurs grandes fresques, gravées à même les murs. Appartenant aujourd’hui à des anonymes, le château de Castille est en vente chez Sotheby’s International Realty pour la somme de 8.9 millions d’euros… Et les Picasso avec.

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Un château, cinq Picasso, des morceaux de monuments historiques, le tout pour moins de 9 millions d’euros : c’est la bonne affaire de ce début d’année. Dans le Gard, à quelques kilomètres d’Uzès, un château du XIIIème siècle (réhabilité au XVIIIème siècle et dont l’effervescence a atteint son paroxysme dans les années 60) est aujourd’hui mis en vente par ses mystérieux propriétaires. Ce château, Picasso lui-même en rêvait : le propriétaire de l’époque (qui n’était autre que le critique d’art britannique Douglas Cooper) a refusé de le lui vendre avec obstination mais l’a invité à graver plusieurs fresques à travers l’établissement, grâce à une technique appelée bétogravure, très appréciée de l’artiste. Ces cinq grandes fresques, aujourd’hui intactes et classées monument historique par le ministère de la Culture, sont donc comprises dans la vente de ce château appelé « Château de Castille » et à l’histoire bien chargée.

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Le Baron des colonnes

Comme le relate le New-York Times, c’est au XVIIIème siècle que ce château, construit cinq siècles plus tôt, trouve l’âme si particulière qu’on lui donne encore aujourd’hui grâce à Gabriel Joseph de Froment, Baron de Castille. Emprisonné pendant la Terreur, en 1794, il sort ruiné à la chute de Robespierre, son château d’Argilliers a été pillé, la bibliothèque incendiée. A son retour, le Baron est accueilli avec bienveillance par les villageois qui décident de lui offrir la somme équivalent à l’impôt qu’ils n’ont pas payé pendant son exil. Un beau geste que le noble saura mettre à profit : inspiré par ses voyages en Italie et en Angleterre et par ses rencontres, le Baron de Castille peuple son château de colonnes, par dizaines. Le chantier monumental a créé beaucoup d’emploi pour la population des alentours dans une période difficile et suscite rapidement l’admiration des nobles des environs qui le qualifieront de « château aux mille colonnes ».  

Après la cour, la basse-cour

En 1826, le Baron meurt. S’ensuit alors une longue période d’abandon et de déclin pour un domaine qui, pourtant, était en plein âge d’or. L’âme de son créateur ayant quitté les lieux, la demeure est abandonnée pendant près d’un siècle. Manque de moyens, manque d’entretien, de personnel, propriétaires malhonnêtes… le château de Castille est dans un sale état lorsque qu’un membre de la Sauvegarde de l’Art Français réclame avec urgence des subventions auprès du ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts. Dans son appel, datant de 1929, l’homme déplore l’insalubrité du château utilisé par des fermiers du coin : « Il y a des lapins dans le boudoir et des vaches dans le grand salon ».

« Donne-moi un mur ! »

C’est en 1950 que le château de Castille connaîtra sa troisième vie, celle qui lui vaut aujourd’hui sa grande valeur. Le critique d’art britannique Douglas Cooper, épris de ce havre de paix, du calme du village et de la majesté de la demeure, achète la propriété et y invite ses amis, notamment ses amis artistes. Parmi eux, Pablo Picasso qui, lui aussi, tombe en admiration devant le carme du domaine et adresse un message clair au nouveau propriétaire : « Donne-moi un mur ! ». Difficile de refuser une telle demande : Picasso gravera, avec l’aide du sculpteur Carl Nesjar, cinq œuvres aux murs de Castille. Les dessins, inspirés de L’enlèvement des Sabines de David et du Déjeuner sur l’herbe, de Manet, sont finalisés en 1963. L’amour de Picasso pour le château ne perdra jamais en intensité et il essaiera de l’acheter avec acharnement à son ami qui n’en démordra pas. Du moins jusqu’en 1977, quatre ans après la mort du peintre : Douglas Cooper vend le château à une famille mystérieuse, qui revend aujourd’hui l’ensemble : ce château du XIIIème siècle, embellit au XVIIIème et magnifié au siècle dernier.

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Cadre agréable

Si pour le commun des mortels, la somme de 9 millions d’euros (8.9 exactement) semble incommensurable, au regard de l’établissement, elle n’est pas trop ambitieuse. En plus du château et de l’ensemble du domaine, somptueux, le nouveau propriétaire possédera également lesdites fresques, monumentales (elles seules classées « monument historique », contrairement au reste du château) et réalisée par l’artiste le plus coté sur le marché. Outre le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères (Les femmes d’Alger pour 178 millions de dollars), Pablo Picasso a réalisé une dizaine d’œuvres vendues au-delà de 50 millions de dollars. Une oeuvre, seule (sans château autour), vendue pour 10 millions de dollars (soit les 8.9 millions d’euros du château) n’atteindrait pas le top 100 des œuvres les plus chères de l’artiste. Hors, ici à Argilliers, il y en a cinq, de très grande envergure, vendues avec un endroit absolument magique. Les candidats risquent d’être nombreux et, qui sait, l’heureux élu écrira peut-être un quatrième volet à l’histoire du Château de Castille.

 

©Sotheby’s International Realty

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