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Laura Poitras, réalisatrice de « Citizenfour » expose la surveillance d’État au musée

Agathe Lautréamont 9 février 2016

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La cinéaste à l’origine du documentaire Citizenfour dédié au lanceur d’alerte Edward Snowden ouvre une exposition au sujet un peu particulier. Travaillant depuis des années sur les secrets d’État et les services de sécurité, elle a elle-même été mise sur écoute lors de ses contacts avec Snowden. Elle fait ainsi entrer au musée la vie des citoyens sous surveillance.

Bed Down Location © The Observer

Laura Poitras, Bed Down Location, 2016 © The Observer

Du cinéma au musée

Le directeur du Whitney Museum de New York, Adam Weinberg, s’est montré des plus enthousiastes lors de la conférence de presse lançant l’ouverture de l’exposition « Astro Noise » montée par Laura Poitras. Ce dernier espère bien que l’accrochage, dénonçant la surveillance de masse, saura alarmer les consciences et instiguer un véritable mouvement citoyen contre les lois de renseignement instaurées par les pays occidentaux.

Laura Poitras est davantage connue comme cinéaste qu’en tant que curatrice. Journaliste et photographe de formation, elle se lance dans la réalisation de films à partir de 2004, et reçoit un succès d’estime pour « My country, my country », documentaire traitant de l’occupation américaine en Irak. Mais sa renommée arrive véritablement en 2014, lorsque sort sur les écrans du monde entier « Citizenfour », long-métrage centré sur le personnage et le parcours du lanceur d’alerte Edward Snowden.

Ancien employé de la CIA, cet informaticien américain a révélé en 2013 des détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques, s’attirant bien sûr l’ire des deux pays concernés. Depuis, il a été forcé de se cacher à Hong-Kong, puis en Russie, où il vit actuellement.

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Affiche du documentaire Citizenfour, 2014

L’art pour alarmer

Lauréate du Prix Pulitzer pour son travail sur la surveillance gouvernementale, Laura Poitras semble avoir décidé d’explorer un nouveau registre, mais toujours dans le même objectif d’alerter les populations sur l’espionnage institutionnalisé.

Son exposition au Whitney Museum de New York prend la forme d’une installation artistique immersive, où elle mêle esthétique et documents numériques ou papiers, tandis que les visiteurs prennent peu à peu conscience qu’ils sont constamment, irrémédiablement, surveillés par leur propre gouvernement.

The Observer

Un visiteur de l’exposition Astro Noise, 2016 © The Observer

Un espionnage bien ficelé

Les documents exposés sont sensibles, éloquents. En dévoilant les outils de surveillance utilisés par la CIA, puis en jouant avec ces derniers, Poitras déconstruit une mécanique bien huilée, cachée aux yeux de la population tandis qu’elle fait la lumière sur une vérité dérangeante : nos outils de communication (portable, ordinateur…) peuvent très facilement se retourner contre nos libertés fondamentales.

La cinéaste joue également sur les contrastes, en confrontant des réactions de familles de victimes des attentats du 11 septembre à des suspects arrêtés et interrogés dans les geôles de Guantanamo. Des documents supposément classifiés ornent également les murs et sont présentés en bonne place dans le parcours.

Laura Poitras au New York Film Festival, 2015 © Astrid Stawiarz – Getty Images

Un parcours frappant

L’exposition est également en partie biographique. Car Poitras n’a découvert que très récemment (en 2014), que les services secrets américains s’intéressaient à elle depuis…. 2006, c’est-à-dire l’année de sortie de son premier documentaire. Écoutée, surveillée, espionnée, Laura Poitras a également été arrêtée à de nombreuses reprises sur le sol étasunien, les autorités voyant d’un mauvais œil ses investigations sur la guerre en Irak ou sur Edward Snowden.

À la fin du parcours, les curieux passent dans une ultime salle, où des écrans leurs révèlent que non seulement ils ont été filmés et enregistrés pendant toute leur visite de l’exposition (grâce à des micros et des caméras infrarouges) mais qu’en plus, l’activité de leur téléphone portable a été intégralement captée. Coups de fil, SMS, applications installées… tout a été saisi par les systèmes de surveillance installés par Poitras dans son accrochage. Une révélation glaçante.

Images satellites datant de 2009 © Laura Poitras via The Observer

Images satellites datant de 2009 © Laura Poitras via The Observer

Aux USA comme en France

Ce genre d’événement, entre art contemporain et action citoyenne, a le mérite de poser des questions, à une époque où en France, l’Assemblée Nationale et le Conseil Constitutionnel ont validé une nouvelle loi sur le renseignement. Cette loi, adoptée en juin 2015, octroie de larges et intrusifs pouvoirs de surveillance aux services de renseignements de l’Hexagone et ce, sur la base d’objectifs très vastes et mal définis.

Désormais, c’est le Premier ministre, et non plus un juge, qui pourra décider de la surveillance d’un individu sans regard de la part du pouvoir judiciaire ni contrôle des mesures de surveillance utilisées. La loi permet également l’utilisation d’outils de surveillance de masse, comme la saisie des appels téléphoniques directement via les fournisseurs internet. Ces derniers, en effet, collectent et analysent des données personnelles de millions d’utilisateurs. Des outils justement dénoncés avec force par Poitras dans l’exposition Astro Noise

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