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La plus vieille représentation de la vierge Marie est-elle syrienne ?

Agathe Lautréamont 5 février 2016

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La vierge Marie est sans doute l’un des motifs les plus récurrents de l’Histoire de l’art. Qu’elle soit seule ou accompagnée de l’enfant Jésus. Récemment, la galerie d’art de l’Université de Yale vient cependant de faire une curieuse découverte dans ses fonds. Et si était en leur possession, depuis des décennies, la plus ancienne représentation de ce personnage biblique connue à ce jour ?

© Tony de Camillo - Yale University

La mystérieuse fresque © Tony de Camillo – Yale University

Dans les collections de l’institution figurent en effet des fresques issues d’un des plus vieux monastères au monde, celui de Doura Europos, dans la région de Deir ez-Zor, construit sur le sol syrien au milieu du IIIe siècle après J-C.

Cette modeste église renfermait dans ses murs des représentations de Jésus, de l’apôtre Pierre et du roi David. À côté de ces trois figures bien identifiées, une autre fresque est exposée,  représentant une femme penchée au-dessus d’un puits. Tenant la corde de la poulie, semblant puiser l’eau, elle tourne la tête vers le spectateur, mystérieuse.

Jusqu’à présent, le musée de Yale estimait que ce fragment de fresque représentait une scène biblique où le Christ rencontre la femme de Samaria (évangile selon Saint Jean). Problème : dans le texte religieux, la femme est décrite comme conversant avec Jésus, or sur cette peinture, elle est bel et bien seule.

© Wikimedia Commons

Vestiges de Doura Europos © Wikimedia Commons

Des ruines millénaires

Situées à l’est de la Syrie, les ruines du site archéologique de Doura Europos ont été mises au jour en 1920 par une expédition britannique. Très vite, suite à la richesse de ces vestiges parfaitement conservés, le site fut surnommé la « Pompéi du désert » par les archéologues enthousiasmés de leur découverte.

Le site fut enterré intentionnellement par ses habitants à la fin du IIIe siècle afin d’empêcher les armées sassanides (qui prenaient peu à peu le contrôle de la région) de mettre la main sur ses richesses, ou pire, de les détruire. Ce recouvrement fera le bonheur des chercheurs du XXe siècle, qui purent ainsi révéler un témoignage historique exceptionnel. Entre autres, des peintures réalisées par les premiers chrétiens d’Orient qui, avec les fresques des catacombes de Rome, livrent un rare et donc précieux témoignage sur le développement de ce culte au début de notre ère.

Une annonciation près d’un puits, manuscrit du XIIe siècle © Bibliothèque Nationale de France

Une iconographie bien différente

Or, chez les premiers chrétiens d’Orient, la Vierge Marie était déjà un personnage très important. Dans leur art, le personnage est souvent représenté dans le cadre de l’épisode de l’annonciation, où un ange envoyé par Dieu vient annoncer à la jeune femme sa grossesse.

Les quatre évangiles ne précisent pas le lieu de l’annonciation mais si l’on en croit le Protévangile de Jacques, Marie aurait entendu la voix de l’ange lui parler de son état alors qu’elle se trouvait près d’un puits. Tout concorde ! Sans compter que les archéologues peuvent également s’appuyer sur des photographies de la fresque réalisées lors de l’exploration archéologique du début du XXe siècle. Sur ces images à l’argentique, il est possible de distinguer quelques lignes de texte au-dessus de l’épaule de la femme au puits (disparues aujourd’hui).

Selon les chercheurs, ces écritures coïncident avec l’iconographie religieuse d’Orient, où il n’était pas rare d’ajouter du texte pour souligner des événements importants de la scène peinte. Enfin, une forme d’étoile peut être discernée sur le ventre de la femme, appuyant encore davantage la thèse d’une annonciation.

Porte principale de la cité © Wikimedia Commons

Porte principale de la cité de Doura Europos © Wikimedia Commons

Une découverte d’envergure

Si l’hypothèse se trouvait validée, nous serions là face à la plus ancienne représentation de la Vierge Marie connue à ce jour : et elle serait originaire de Syrie. Une idée pour le moment toujours sujette à caution, mais qui permet aux archéologues et historiens de l’art de mieux connaître l’expansion du christianisme dans cette région du globe,  et plus particulièrement quels personnages étaient très importants dans leur iconographie.

Ainsi, on  constate que leur art se centrait davantage sur les miracles, les figures féminines et les célébrations de la vie (annonciation, nativité…) et non sur le sacrifice de Jésus sur la croix, qui n’est pas représenté une seule fois dans le site de Doura Europos.

Cette piste ne fait que renforcer la nécessité de la préservation du patrimoine syrien, érigé par diverses civilisations, comptant plusieurs religions, mais qui est aujourd’hui méthodiquement rasé par l’Organisation État Islamique. De récentes images satellites montrent d’importantes dégradations sur les vestiges de Deir ez-Zor, ainsi que d’indénombrables trous creusés dans le sol (réalisés par les terroristes à la recherche d’éventuels trésors à revendre pour financer leurs sinistres actions). L’urgence est réelle, tant les destructions se multiplient depuis maintenant trop d’années.

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