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Barbara Hepworth au Kröller-Müller Museum : la sculpture au cœur

Agathe Lautréamont 5 février 2016

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Le musée néerlandais, trônant en plein cœur d’un jardin de 25 hectares et bordé de forêts, accueille la première rétrospective organisée en l’honneur de la sculptrice Barbara Hepworth depuis cinquante ans. Artiste ambitieuse qui aimait les courbes et les matières nobles, amie des plus grands (Alexander Calder, Naum Gabo…), son travail est emblématique de la mouvance abstrait. Visite d’un magnifique accrochage qui rend un hommage vibrant à une artiste qui gagne à être mieux connue.

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Tout a été magnifiquement pensé : la dominante de teintes blanches, les lumières délicates et diffuses, de larges vitrines offrant la possibilité de tourner autour des œuvres… L’accrochage du Köller-Müller Museum, aux Pays-Bas, laisse rêveur. Mais il fallait bien cela pour souligner et illuminer le talentueux travail de Barbara Hepworth, grande sculptrice de la première moitié du XXe siècle et figure immanquable du modernisme et de l’abstrait.

Créatrice complète, qui aimait les formes organiques et les rondeurs pleines, elle était également peintre, écrivaine et photographe. Au fil du parcours proposé par le musée néerlandais, nous partons à la rencontre d’une femme au tempérament d’acier, qui avait conscience de son talent et était bien décidée à l’exploiter et mener sa carrière comme elle l’entendait. Elle fut d’ailleurs une des premières artistes de la période moderne à autant prendre soin de son image.

Elle tenait en effet à prendre elle-même en photo ses sculptures afin de contrôler au mieux leur mise en scène et en lumière, et n’hésita pas non plus à se mettre elle-même « en scène », se faisant filmer au travail dans son atelier ou en plein air ; jouant ainsi de son image pour mieux entériner sa célébrité qui arriva dès les années 30.

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Celle qui, de son vivant, fut comparée à Pablo Picasso ou Georges Braque, n’aimait rien de plus que le contact direct avec la matière, la réalisation de l’œuvre sans intermédiaire, afin de mieux la « sentir », mieux percevoir entre ses mains sa résistance et son poids. Aussi, afin que son art fasse au mieux corps avec le matériau de son choix, elle sculptait ce dernier directement. Aucune esquisse préparatoire, encore moins de premiers jets en terre glaise ou en plâtre.

Hepworth déclarait souvent qu’elle ne pouvait pas vivre sans sculpter.  Ressentir la dureté du bois ou de la roche sous son ciseau était ce qui la rendait heureuse par-dessus tout. Lorsque l’artiste ressentait un trop plein d’émotion, elle formulait ce dernier dans le bois. Si elle souhaitait formuler le résultat d’une expérience sensorielle ou intellectuelle, elle optait pour la pierre et projetait son effervescence dans le minéral résistant mais qui, selon elle, remplissait parfaitement ce rôle.

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Son style, généralement, fait peu de cas de la symétrie. Aimant les formes toutes en courbes, les sphères, les ovales, elle opte davantage pour des représentations en trois dimensions, creusées pour que le curieux puisse contempler l’intérieur du bois, du bronze, ou de la pierre. Parfois, elle peint l’intérieur du matériau de sorte à ce que l’œuvre accroche et renvoie au mieux la lumière.

Quelques cordelettes tendues entre deux points, ici ou là, évoquent les lyres antiques sur lesquelles les dieux et jeunes éphèbes jouaient de délicates mélopées. Ainsi, quand bien même la matière de base est d’une couleur sombre, la sculpture finale semble s’illuminer, briller d’un doux éclat, et les conservateurs du musée ont parfaitement saisi cet aspect : le travail sur la lumière est parfaitement maîtrisé, du début à la fin du parcours.

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Pour définir son œuvre, Barbara Hepworth évoquait l’idée de rythme. Comme si une musicalité coulait de ses mains, elle trouvait un réel plaisir mais aussi un équilibre de vie dans la production artistique : créer lui permettait d’atteindre une unité mentale et physique. En cadence, elle creusait, taillait, polissait, suivant un tempo ineffable mais qu’elle avait l’impression de suivre malgré elle.

Et cette cohésion, Hepworth tenait aussi à la recréer lorsqu’elle exposait ses sculptures. Soucieux de créer des ensembles harmonieux, elle travaillait presque autant la création que sa présentation ; réfléchissant à comment la présenter, de quel côté la tourner, comment la mettre en lumière….

Au fil des années, ce goût d’une création totale lui plaisait tellement qu’elle se mit à abandonner les sculptures uniques pour créer de plus en plus de groupes, souvent des duos, parfois des trios, qu’elle coordonnait scrupuleusement, imaginant avant de commencer le travail de sculpture ce que rendrait un éclairage sur telle ou telle face.

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Que Barbara Hepworth livre des créations de petite taille ou des œuvres de grande envergure en boit peint, chaque sculpture est une surprise, un univers en soi, un mystère qui demande à être dévoilé. Nous sommes là face à une très belle exposition montée par le Kröller-Müller Museum, qui célèbre une grande sculptrice et un univers plein de grâce.

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Photographies : © Agathe Lautréamont

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