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Deux Bosch du Musée du Prado ne seraient pas… de Bosch !

Agathe Lautréamont 2 février 2016

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Coup de tonnerre au Musée du Prado ! Alors qu’une nouvelle œuvre de Jérôme Bosch a été  authentifiée hier à Kansas-City, le Bosch Research and Conservation Project vient d’ôter la paternité de deux peintures du Prado au maître hollandais. Une annonce qui fait tache alors que l’institution espagnole prépare une grosse exposition sur le peintre de Bois-le-Duc pour le mois de mai…

saint antoine prado

Atelier de Jérôme Bosch ? La tentation de Saint Antoine, après 1490 © Musée du Prado

Le Bosch Research and Conservation Project fait figure d’autorité en ce qui concerne le peintre néerlandais. Composé d’une vingtaine d’enseignants, historiens de l’art et scientifiques, ce collectif travaille depuis 2010 sur l’oeuvre complet du célèbre primitif hollandais.

Depuis six ans maintenant, il travaille à l’étude, l’authentification et la numérisation en très grande qualité des travaux de Jérôme Bosch, et est donc particulièrement écouté en cette année où l’on s’apprête à fêter les 500 ans de la mort du maître. Or, sa dernière annonce a fait trembler les murs du petit monde de l’art : deux œuvres attribuées à Bosch et conservées au Musée du Prado, La tentation de Saint Antoine et La lithotomie ne seraient pas de la main du peintre, mais de son atelier…

Déjà en novembre 2015, le même institut avait émis quelques doutes au sujet de l’authenticité de l’huile sur bois Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines. Mais pourquoi tant de revirements ? (Rassurez-vous, on en découvre aussi de temps à autres…)

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Atelier de Jérôme Bosch ? La lithotomie © Musée du Prado

Le Prado dément

Il faut savoir que toutes les œuvres de Jérôme Bosch que nous avons en notre possession sont en réalité des attributions suite à des expertises, étant donné que le mystérieux peintre, dont on ne sait au bout du compte que peu de choses, ne signait presque jamais ses travaux ! Et en l’absence de dessins préparatoires ou de témoignages écrits décrivant les œuvres, le travail des historiens de l’art s’avère des plus délicats… Toujours est-il que ces reclassifications sont tout sauf négligeables, chaque « perte » amenuisant le nombre d’œuvres de Jérôme Bosch passées à la postérité et qui ne sont que… quarante-cinq.

Or, comme on l’imagine, le Musée du Prado n’a pas tardé à monter aux créneaux pour défendre ses deux possessions ! Pour le moment, il se contente de rejeter les conclusions du Bosch Project, et annonce qu’il livrera une contre-expertise en mai, à l’occasion de l’ouverture de son grand accrochage dédié à l’artiste. Et ce sera une grosse exposition ! Plus grosse même que celle organisée à partir de la mi-février par la ville natale de Jérôme Bosch, Bois-le-Duc. Le Prado a en effet montés son propre événement en l’honneur du primitif néerlandais, réunissant le plus grand nombre de tableaux de l’artiste dans un même événement.Et le musée madrilène pourra, en sus, s’enorgueillir d’exposer une pièce maîtresse du peintre néerlandais, Le jardin des délices, qu’il a refusé de prêter à Bois-le-Duc pour des raisons obscures

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Atelier de Jérôme Bosch ? Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines © Musée du Prado

Une expertise minutieuse

Face à la fronde du Musée du Prado, l’historien de l’art et directeur du Bosch Research and Conservation Project Koldeweij Jos, n’a pas tardé à répliquer et défendre les affirmations du groupe de recherche. Il avance ainsi la grande qualification des scientifiques et historiens faisant partie du collectif à l’origine de la conclusion polémique, et explique que plusieurs années de recherches et d’analyses ont été nécessaires avant d’en arriver à cette explication qui, on le comprend, déplaît fortement au Prado.

Les chercheurs se sont ainsi penchés sur les petites créatures monstrueuses peuplant les deux tableaux ayant perdu leur attribution, et les ont comparées avec d’autres, présentes sur des œuvres formellement authentifiées. Des études très poussées sur la lumière, sur la dendrochronologie (datation du support en bois des peintures) et à l’aide de microscopes ont aussi été mises à contribution. Quant à l’imagerie infrarouge, elle a permis de vérifier la présence (ou l’absence) d’esquisses préparatoires sous les couches de peinture.

Toutes ces minutieuses recherches ont aidé le Bosch Project à définir si la touche était bien du maître, ou de ses suiveurs. Et leur constat est sans appel : La tentation de Saint Antoine et La lithotomie ont été peintes par les suiveurs de Bosch.

saint antoine kansas

Jérôme Bosch, La tentation de Saint Antoine © Musée de Kansas-City

Une annonce qui tombe mal

En attendant, le Prado voit rouge face à cette nouvelle qui vient quelque peu entacher son grand événement Bosch prévu pour le mois de mai prochain. En effet, perdre deux peintures du maître à quatre mois d’une rétrospective majeure non seulement est exceptionnel, mais jette indéniablement une ombre au tableau (sans mauvais jeu de mot).

Pire ! Voir un « Saint Antoine » déclassé et un autre authentifié la veille est encore plus incroyable ! Sur le tableau portant ce titre appartenant au Musée de Kansas-City, on voit le saint agenouillé au bord d’une rivière, puisant de l’eau à l’aide d’une cruche, tandis qu’une armée de petits monstres s’apprête à fondre sur lui. Sur le panneau appartenant au Prado, Saint Antoine est présenté recroquevillé dans sa cabane d’ermite, des monstres en arrière-plan s’amusant à vider la cruche qu’il venait de remplir.

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Jérôme Bosch, Le chariot de foin © Musée du Prado

Un communiqué lapidaire

Dans un communiqué publié hier, le plus célèbre musée espagnol balaye d’un revers de la main l’expertise, assurant que celle-ci ne repose sur aucune donnée tangible ni recherche sérieuse, mais elle s’appuierait au contraire sur des analyses qualifiées de « subjectives » par l’institution.

Le Musée du Prado, qui se targue de posséder le plus grand nombre d’œuvres de Jérôme Bosch (Le jardin des délices, Le chariot de foin, L’adoration des mages…), et qui fut une des premières institutions à se pencher sérieusement sur le travail de ce mystérieux artiste, déclare en conclusion du communiqué qu’il « maintient l’authenticité de ses œuvres ». Il annonce également revoir la composition de son catalogue d’exposition, qui contiendra dorénavant un long texte de contre-expertise, en guise de réponse au Bosch Research and Conservation Project.

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