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Grotte d’Altamira en Espagne : retour sur une gestion qui fait polémique

Agathe Lautréamont 1 février 2016

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En Cantabrie, dans le nord de l’Espagne, une idée du secteur culturel fait grincer des dents… Le gouvernement de cette petite région autonome prévoit d’instaurer un système d’enchères afin de vendre des tickets d’entrée pour visiter la grotte d’Altamira, équivalent ibérique de Lascaux. Une décision polémique qui ravive les tensions autour de la gestion du site préhistorique…

Groupe d'animaux © Musée d'Altamira

Groupe d’animaux d’Altamira © Musée d’Altamira

Découverte en 1879, la grotte d’Altamira renferme l’un des ensembles de peintures rupestres les plus importants de la Préhistoire. Mobilier préhistorique, bijoux et bien sûr représentations animalières constituent le trésor de cet ensemble de grottes souterraines inscrites depuis 1985 au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Lorsqu’on évoque ce haut-lieu de l’art pariétal, la comparaison avec la grotte de Lascaux revient souvent, et à juste titre. Leur importance historique est similaire, tout comme le bestiaire représenté sur les parois de pierre.

Or, là où Lascaux est fermée aux visites depuis 1963 (sur décision du ministre de la Culture d’alors, André Malraux), l’Espagne a décidé de laisser à une poignée de chanceux, cinq par semaine, l’opportunité de descendre dans ces grottes pour admirer ce témoignage exceptionnel de l’art du Paléolithique supérieur. Les heureux élus sont sélectionnés par tirage au sort.

Or, ce ne sera peut-être bientôt plus le cas. Le gouvernement de la région de Cantabrie, autonome, aurait en effet dans l’idée d’abandonner ce principe de tirage au sort de cinq entrées gratuites, pour instaurer à la place un système de vente aux enchères. Les entrées, dès lors, ne seraient plus distribuées selon le fruit du hasard, mais remises aux plus offrants. Auparavant, ceux qui tentaient leur chance devaient s’inscrire au tirage au sort lors de leur visite du Musée d’Altamira, qui contient une réplique grandeur nature de la grotte.

Un bison © Musée d'Altamira

Un bison © Musée d’Altamira

Mais cette perspective a d’emblée provoqué des remous en Espagne. Tout un chacun ne sera, de fait, plus libre de rêver pouvoir pénétrer dans la célèbre grotte, puisque le critère de sélection reposera exclusivement sur les moyens financiers des éventuels visiteurs.

Ainsi, le parti politique de gauche radicale Podemos a qualifié l’initiative de « grand pas en arrière » dans les colonnes du journal El País, estimant que les enchères instaureront logiquement une grande inégalité dans le choix des visiteurs d’Altamira. José María Lassalle, secrétaire d’État à la culture, a de son côté fustigé l’idée défendue par la région de Cantabrie, la qualifiant de non-sens et d’anti-démocratique.De plus, cette décision entre en totale contradiction avec la politique de prix publics pratiquée par les musées nationaux en Espagne.

Sentant venir la mauvaise presse, les responsables du tourisme de Cantabrie n’ont pas tardé à répliquer afin d’éclairer leur proposition. Selon eux, cette initiative n’a pas pour but d’instaurer une inégalité parmi les visiteurs, mais bien d’attirer l’attention des touristes  internationaux sur la grotte, dont la réplique est boudée par les visiteurs. Quant aux fonds récoltés par les enchères, ils seront directement réinvestis pour la conservation d’Altamira, mais également pour améliorer sa copie, notamment grâce à la technologie d’impression 3D qui a été utilisée en France pour dupliquer la grotte de Lascaux et ses fameuses peintures.

Bison © Ramessos - Wikimedia Commons

Un bison © Ramessos – Wikimedia Commons

L’histoire de la grotte d’Altamira est des plus mouvementées, et symptomatique d’une gestion hésitant entre profit touristique et préservation du patrimoine. Ouverte au public à partir de 1960, les très nombreux visiteurs attirés par ce joyau préhistorique ne tardèrent pas à altérer le microclimat régnant à l’intérieur des boyaux souterrains, mettant en péril la préservation des fragiles peintures. La fermeture au public de la grotte se fit après des débats houleux, en 1977.

En 1982, un comité scientifique estima que le lieu pouvait à nouveau être visité, mais par un nombre limité de curieux : 8000 par an au maximum. À nouveau, les touristes affluèrent, et l’histoire se répéta. En 2002, des moisissures furent découvertes sur les parois, rongeant peu à peu les œuvres millénaires. La grotte est alors à nouveau fermée, et la création d’une réplique est entreprise.

Mais cette fermeture, encore une fois, ne dure pas : en 2014, les autorités de Cantabrie décident de rendre l’accès de la grotte à nouveau possible, créant ce système de tirage au sort pour cinq chanceux, chaque semaine. Une décision qui déjà à l’époque, avait provoqué des remous dans l’opinion publique.

Reproduction d'un des bisons de la grotte © Wikimedia Commons

Reproduction d’un bison de la grotte, réalisée lors d’une fouille en 1901 © Wikimedia Commons

On reste en effet songeur quant à ces incessants changements de décision de la part de la Cantabrie, et ses hésitations au sujet de l’exploitation de ce patrimoine inestimable. On sait que les peintures rupestres, réalisées à partir de divers minéraux broyés et mélangés à de l’argile, sont particulièrement sensibles aux changements de température, d’humidité, et au taux de dioxyde de carbone présent à l’intérieur de la grotte; dont l’atmosphère était restée inchangée pendant des millénaires avant sa découverte à notre époque moderne.

Cette décision de la part de la Cantabrie de préférer les enchères au tirage au sort s’ajoute donc à la longue liste de polémiques au sujet de la gestion d’Altamira par la région autonome du nord de l’Espagne.

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