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Une artiste américaine réunit dans une œuvre les 1000 mots les plus utilisés pour décrire la femme

Agathe Lautréamont 29 janvier 2016

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Aux États-Unis, la Flag Art Foundation de New York expose une œuvre d’art contemporain composée essentiellement d’un millier de mots, tous décrivant la femme, et résultant d’une enquête menée sur quatorze années. Le résultat, horrifiant, démontre (une fois encore) à quel point le sexisme est profondément ancré dans nos sociétés.

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Betty Tompkins devant son oeuvre © DR

Betty Tompkins est une artiste américaine connue pour ses prises de position en faveur de l’égalité homme-femme. En 2002, l’idée lui vint de monter une grande exposition sur le sexisme dans notre monde contemporain, qui résulterait d’une vaste enquête menée sur plusieurs années. Le résultat, baptisé « Femmes : mots, phrases et histoires » est exposé jusqu’au 14 mai prochain, et se compose de mille mots.

Pour collecter ces informations, la créatrice a tout simplement mené une campagne par mail, où elle demandait à de parfaits inconnus venus des quatre coins du monde de lui envoyer les mots qui, selon eux, décrivaient au mieux la femme, en les classant du plus plaisant au plus péjoratif.

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Détails de l’exposition © Betty Tompkins

Au fil des années, Betty Tompkins collecta près de 3500 réponses. Des hommes, des femmes, dans une dizaine de langues différentes (de l’arabe à l’anglais en passant par l’espagnol). Si l’artiste s’attendait à des résultats peu reluisants, elle était loin de s’imaginer l’ampleur de la chose. Les quatre premiers mots qui revinrent le plus souvent sont : mère, sa…., ch…. et p….

Prostituée arrive également en très bonne place. En somme, une déferlante de misogynie, effarante mais surtout effrayante. Suite à ce constat des plus alarmants, Betty Tompkins décida de monter un premier événement (en 2012) suite à la collecte de ces mots.

Accompagnée de deux actrices, elle organisa une performance artistique à Vienne où les trois femmes lurent, à voix haute, 1500 de ces mots, devant un public mi-amusé, mi-médusé selon les profils.

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Détails de l’exposition © Betty Tompkins

La même année, pensant que l’anonymat fourni par une simple adresse e-mail aurait pu pousser certaines personnes à se montrer particulièrement virulentes dans leurs propos, Betty Tompkins décida de réitérer l’expérience, mais cette fois ci en passant par le réseau social Facebook.

Elle passa ensuite l’année suivante à rassembler, traduire et classer toutes les réponses reçues, afin d’en extraire encore une fois mille mots qu’elle prévoyait cette fois de peindre sur des toiles de différentes couleurs, espérant que le texte écrit serait encore plus frappant qu’une performance à voix haute. La nouveauté résidant dans cette exposition étant que les œuvres ne contiennent plus seulement des mots, mais parfois de courtes phrases ou périphrases.

Lors d’interviews données à la presse anglophone pour la présentation de l’accrochage, Tompkins confessa que les réponses obtenues sur Facebook furent en vérité tout aussi violentes que celles précédemment collectées par mail. Ce qui signifie que la violence des premiers retours ne furent nullement exacerbées par l’anonymat de l’e-mail, et tendent à penser que le sexisme est résolument un mal ancré dans les esprits, et non une simple frustration dont on se décharge lorsqu’on ne risque pas d’être découvert.

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Détails de l’exposition  © Betty Tompkins

De la part des hommes, les retours étaient soit insultants, soit renvoyaient spécifiquement la femme à son rôle de mère ou de femme au foyer. Et, peut-être le pire, quand ils émanaient de femmes, Tompkins obtint des termes comme mignonne, sexy ou encore bébé.  Un résultat qui en dit donc long sur le regard tout aussi dévalué que les femmes portent sur elles-mêmes.

Au bout du compte, l’artiste américaine entend démontrer grâce à cette étude-exposition que si les hommes doivent bien sûr œuvrer à faire évoluer leurs mentalités, un gros travail est également à réaliser du côté des principales intéressées. En effet, comment réclamer sérieusement plus de respect et de reconnaissance si le premier terme qui nous vient à l’esprit pour nous définir est « sexy » ?

C’est en transformant la vision de leur propre genre que les femmes pourront seulement espérer un véritable changement de paradigme du côté des hommes.

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