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Hermann sacré à Angoulême, un prix au goût amer ?

Agathe Lautréamont 28 janvier 2016

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Au bout du compte, pas de femme. Succédant au mangaka Katsuhiro Otomo qui avait remporté le Grand Prix de l’année précédente, Hermann est considéré comme l’un des plus grands dessinateurs réalistes de la BD franco-belge. Focus sur le lauréat d’un cru 2016 que le Festival aimerait bien oublier au plus vite…

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Une planche de Comanche © Hermann Huppen

Des propres mots du dessinateur, c’est « une magnifique surprise ». À 77 ans, Hermann Huppen reçoit enfin la récompense bien méritée et la reconnaissance du Festival, après une carrière bien remplie et surtout après avoir vu le prestigieux prix lui échapper de peu l’an dernier : c’est le japonais Katsuhiro Otomo (Akira) qui lui avait été préféré au dernier moment.

Né en 1938 au Plat Pays, Hermann a débuté sa carrière alors que la tendance en France et en Belgique était à l’humoristique, à la caricature, au trait volontiers enfantin. Lui prend pourtant le contre-pied de la mode et choisit le réalisme, des personnages fidèles à ce qu’on voit et traite de thématiques sérieuses dans des volumes résolument tournés vers l’aventure.

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Jeremiah © Hermann Huppen

Il se fait connaître en 1966, en signant les dessins de la série de bandes-dessinées Bernard Prince, réalisées en collaboration avec le scénariste Greg (à qui on doit Achille Talon). Des traits extrêmement fins, un graphisme léché et fourmillant de détails, des visages et des musculatures parfaitement dessinées… Hermann impose bien vite sa « patte » et devient reconnaissable entre tous.

Curieux, cherchant à faire évoluer son style tout autant que sa carrière, le dessinateur belge n’hésitera pas à sauter du western au registre fantastique en passant par le thriller. Il réalisera également quelques incursions dans l’ère médiévale et dans la science-fiction.  Il faut bien varier les plaisirs !

Pour sa dernière parution, Old Pa Anderson, Hermann a travaillé avec son fils, Yves, qui a signé le scénario ; une belle histoire de collaboration entre père et fils pour un volume sorti la semaine dernière, et qui a su s’attirer les faveurs de la critique.

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© Hermann Huppen

Hermann a donc été couronné, les votes l’ayant préféré aux deux autres finalistes : Alan Moore (V Pour Vendetta, Watchmen) et Claire Wendling, illustratrice à qui on doit Les lumières de l’Amalou, et qui se demandait un peu ce qu’elle faisait dans cette sélection, n’ayant rien publié depuis… deux décennies.

À noter que Wendling ne faisait d’ailleurs pas partie de la refonte de la liste de début janvier, lorsqu’Angoulême avait reçu une volée de bois vert après avoir révélé une sélection de 30 personnalités en lice pour le Grand prix… toutes de sexe masculin. Malgré une nouvelle sélection, le mal était fait pour le Festival, et de nombreux dessinateurs déclarèrent ne pas souhaiter figurer dans un palmarès aux relents de sexisme, et ce bien qu’Angoulême avait fait son mea culpa.

Face à ce second revirement, l’organisation décida d’abandonner le système de liste de sélectionnés, laissant chaque professionnel de la BD voter librement pour le dessinateur qui lui plaisait. En parmi les tendances, se dégagèrent donc les noms de Wendling, Moore et enfin Hermann.

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© Hermann Huppen

C’est  donc à l’âge de 77 ans qu’Hermann reçoit, enfin, le 43e Grand Prix du Festival international de la bande-dessinée (FIBD) d’Angoulême. Une récompense dont il n’osait plus rêver, mais qui ne sera sûrement pas du goût des défenseurs de la parité qui, une fois de plus, voient un homme recevoir la prestigieuse reconnaissance.

Seulement, en guise de consolation, il faut reconnaître à Hermann d’avoir toujours représenté dans son art des femmes éloignées de toute caricature, préférant croquer des battantes plutôt que des clichés. Ainsi son héroïne Comanche fait-elle figure d’exception dans la BD franco-belge à une époque où les personnages principaux sont tous des hommes.

Parangon de la femme forte, aux épaules chargées de responsabilités, elle peut cependant avoir ses faiblesses et le scénariste Greg n’hésita pas de temps à autres à la rendre peu plaisante au lecteur de par son caractère emporté et intrigant, au point parfois d’en faire une anti-héros.

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