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Nudité, ego et toilettes : parodier pour mieux critiquer l’art contemporain ?

Agathe Lautréamont 25 janvier 2016

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L’artiste est humblement présente. C’est sous ce titre moqueur, en référence évidente à la performance de Marina Abramović (en 2010, au MoMa), que l’artiste Lisa Levy a décidé de donner un grand coup de pied dans la fourmilière de l’art contemporain. 

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© Christopher Stout Gallery

Abramović dans le viseur

Marina Abramović est très célèbre dans le paysage de l’art contemporain, en particulier pour ses performances très contraignantes en duo avec son ancien compagnon Ulay. Les deux amants n’hésitaient pas à mettre leurs corps à rude épreuve pour mieux repousser les limites de la création. Même si elle reste une grande source d’inspiration, Abramović est depuis quelques années très critiquée pour ses réalisations que beaucoup jugent égocentriques, et qui auraient donc perdu de leur intérêt.

Cela semble en tout cas l’avis de l’artiste Lisa Levy, peintre originaire de Brooklyn (et psychanalyste à ses heures perdues, ce qui n’est pas sans intérêt dans notre sujet), qui a décidé de parodier la performance d’Abramović datant de 2010, The artist is present. C’est ainsi que durant deux jours, elle restera assise sur une cuvette de toilettes, totalement nue, au sein de la galerie Christopher Stout de New York !

On saisit bien sûr la volonté de Levy de parodier Marina Abramović, qui demeura assise pendant 736 heures dans le MoMa face à de parfaits inconnus qui souhaitaient aller à sa rencontre. Mais pourquoi pousser la parodie jusqu’à se dénuder et s’asseoir, non sur une modeste chaise, mais sur un trône de porcelaine ?

The artist is present, 2010 © MoMa New York

Ego trip

Sur la page Facebook annonçant sa performance à venir (du 30 au 31 janvier prochain), Lisa Levy exprime son profond agacement face à ce que serait devenue la création artistique contemporaine. Selon elle, le milieu est gangrené par la prétention et cadenassé par quelques grands noms qui ne se soucieraient plus de l’acte créatif en lui-même, ne se focalisant que sur le profit et le potentiel « buzz » de la réalisation.

« L’égo et l’arrogance ont totalement fichu en l’air la qualité de la production d’art à travers le monde. Je suis également fatiguée par tout ce foutu discours à la mode comme quoi le monde de l’art est dirigé par des gens très riches qui veulent pour chez eux des œuvres bling-bling sans se soucier de leur sens ou leur portée. Mais au-delà de tout ça, je pense que ça peut étrangement drôle de se montrer toute nue en public. »

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Shia Labeouf durant sa performance #IAmSorry © DR

La moquerie comme meilleure arme

L’artiste espère ainsi, dans une performance qu’elle définit comme mi-blague mi-expérience sociologique, susciter une véritable réaction de la part du public, et moquer par la même occasion l’ego surdimensionné des artistes de nos jours.

Or, quoi de mieux que de se sentir totalement vulnérable, peu crédible et fragile que de s’asseoir sur des lieux d’aisance, et si possible, nue (l’artiste s’est tout de même octroyé un petit chauffage d’appoint, histoire ne pas trop grelotter) ? Selon Lisa Levy, la performance de 2010 de Marina Abramović représente la quintessence du narcissisme : proposer au public de l’admirer, elle, comme si elle était une œuvre incarnée.

Désireuse de descendre les artistes de leur piédestal, Levy a donc monté de toute pièce cette performance. Un clin d’œil à Shia Labeouf qui, critiquant aussi à sa façon l’art et le star-système, était resté assis dans une galerie pendant six jours, un sac en papier sur la tête, invitant le public à venir à sa rencontre ?

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La dernière boîte de nuit à la mode ? Non ! Art Basel Miami 2014 © Art Basel Miami

Trop de people, pas assez d’art

Face à Lisa Levy, une seconde cuvette de toilette attendra les visiteurs, qui pourront s’ils le souhaitent s’asseoir face à elle et réagir de la manière qu’ils le souhaitent.  Comme elle l’expliquait au magazine Art Net, la peintre a bien conscience de s’exposer à de très nombreuses critiques suite à sa performance ; aussi pour mieux étayer sa démarche, cite-t-elle souvent l’artiste vivant le plus cher d’Europe, Gerhard Richter.

Le peintre de 83 ans a en effet récemment défrayé la chronique suite à une interview donnée au journal Die Zeit, où il expliquait ne pas comprendre les prix astronomiques atteints par ses œuvres, tandis qu’il en profitait pour tacler la « peoplisation » de l’art contemporain.

Cependant, Lisa Levy elle-même ne tente-t-elle pas de faire parler d’elle suite à cette performance ? Ou est-ce une démarche totalement désintéressée de sa part, dans une authentique tentative d’éveiller les consciences ? On vous laisse juge…

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