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Sexisme dans le marché de l’art : une tendance lourde ?

Agathe Lautréamont 22 janvier 2016

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Il suffit de se pencher un peu sur la question pour obtenir ce constat : dans le marché de l’art, les grands noms vendeurs sont pour la majorité ceux d’hommes, et encore plus majoritairement blancs. Les salles de vente auraient-elles des efforts à faire en termes de diversité et d’égalité entre les genres ? On fait le tour de la question.

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Une vente Bonhams, 2014 © Bonhams

Des chiffres éloquents

En 2015, la conservatrice américaine Maura Reilly rendait publique une étude-fleuve, tendant à savoir si les femmes artistes étaient sous-représentées dans le monde de la culture au XXIe siècle, et si oui, à quel point. Le bilan de cette recherche est éloquent. Depuis 2007, 25% des rétrospectives de la Tate Modern de Londres étaient dédiés à des artistes femmes. En 2012 au Metropolitan Museum, quelques maigres 4% des artistes présentés dans les collections étaient des femmes (un chiffre plus faible que les collections du même musée analysées en 1989). Enfin, en avril 2015, 7% seulement des pièces exposées au MoMa étaient signées de la main d’une femme.

Du côté des salles de vente, même constat d’un déséquilibre flagrant dans la balance. Une minorité de privilégiés (souvent morts, soit dit en passant) figurent systématiquement dans le haut du panier en matière d’enchères, et ils ont en commun d’être des hommes blanc. C’est suite à ce constat que le groupe britannique de ventes aux enchères Bonhams a décidé de tenter de renverser la vapeur, en changeant ses critères de sélection et en ajoutant de plus en plus d’œuvres de la main de femmes artistes dans ses catalogues.

Spécialisée dans les enchères de voitures de collection, de bijoux et de céramiques chinoises, la maison a récemment décidé de dédier une section aux femmes artistes dans sa prochaine grande vente d’art moderne et contemporain qui devrait se tenir dans le courant du mois de février prochain.

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Infinity Mirrors Room © Yayoi Kusama

Une tendance très enracinée ?

Ces chiffres, toujours ces chiffres, ces données, ces statistiques édifiants  en disent long sur le malaise qui domine depuis tant (trop ?) d’années le marché de l’art. Selon de grands organes de presse comme le Financial Times ou The Economist, parmi les 500 artistes les mieux vendus de l’année 2014, 19 sont du sexe féminin ; et 3% des œuvres vendues pour plus d’un million de dollars étaient des créations d’artistes femmes.

Dans cette vente qui fait déjà beaucoup parler d’elle outre-Manche, des créatrices telles que la sculptrice française Germaine Richier, les peintres italiennes Dadamaino et Carla Accardi, l’artiste japonaise Yayoi Kusama et l’américaine Louise Nevelson seront promues. En ce qui concerne le reste des artistes représentés dans la dispersion des lots, on compte tout de même 38 créateurs de sexe masculin.

L’équilibre est loin d’être rétabli donc, mais Bonhams se défend en disant que c’est déjà bien mieux que toutes les autres salles d’enchères qui dédaignent systématiquement les artistes femmes.

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Germaine Richier, Grand cheval à six têtes, 1954-1956 © Sotheby’s

L’Histoire, grande coupable ?

Beaucoup pourraient avancer l’argument que l’Histoire mondiale était intrinsèquement sexiste, et conservait scrupuleusement les femmes dans leur rôle de ménagères écartées de tout type de décision ou libre-arbitre : le contexte ne leur permettait pas de développer leurs talents, de s’installer dans un atelier et promouvoir ainsi leurs créations. Si de potentielles De Vinci ou Michel-Ange naquirent bien sûr dans le monde, l’époque les brida et leur talent inexploité disparut avec elles.

Cependant, l’analyse ne s’applique pas nécessairement à l’époque contemporaine. Beaucoup de femmes peintres ou sculptrices furent ainsi les contemporaines de grands personnages de l’art. Ainsi, Berthe Morisot fut amie avec Claude Monet, tandis que Germaine Richier étudia sur les mêmes bancs d’université qu’Alberto Giacometti. Or, soit elles sont peu connues (qui admire encore les toiles de Morisot ?), soit elles parviennent à pénétrer les salons feutrés des salles des ventes, mais sont dévaluées. En guise de comparaison, une sculpture de Richier atteindra péniblement les 1% du prix de vente d’un Giacometti, alors qu’ils évoluèrent ensemble durant les années 20.

Le cas de Richier est particulier. Si aujourd’hui, elle est célébrée pour son talent et son regard moderne sur la sculpture, elle ne parvient pas vraiment à se vendre. Or, de nos jours, la reconnaissance marche de concert avec d’excellents résultats lors de ventes publiques dans de prestigieuses salles.

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Le Cri d’Edvard Munch vendu aux enchères, 2012 © Sotheby’s

David contre Goliath

Pourtant, des femmes sont présentes sous les cimaises des grands musées du monde, et des créatrices de sexe féminin eurent un impact sur des noms bien plus fameux. Hélas, ces critères qui devraient être décisifs dans la reconnaissance d’un artiste ne sont pas assez pris en compte, et tendent à s’effacer sous les millions amassés par des Picasso ou des Munch.

Face à ces pointures, la sculpture « Grand cheval à six têtes » de Richier est décidément à la traîne avec son estimation haute de 394 000 euros. Dans la même vente organisée par Bonhams, passera sous le marteau passera l’œuvre «14 chaises électriques » d’Andy Warhol. Son estimation ? 7.8 millions d’euros…

Cependant, il est évident que la vente de Bonhams du 11 février prochain ne réglera pas à elle seule le problème, trop entériné pour être déraciné ainsi du jour au lendemain. Le but ici est plutôt de pointer du doigt le malaise, pour que les consciences s’éveillent sur le sujet ; une façon honorable d’exploiter l’influence d’une grande maison de vente pour une cause qui doit être saluée.

 

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