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Au Musée de l’Homme, Nicolas Mingasson part à la découverte des peuples de Sibérie

Agathe Lautréamont 22 janvier 2016

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Jusqu’au 7 mars prochain, le Musée de l’Homme propose une belle exposition photographique dédiée au travail de Nicolas Mingasson, qui passa deux décennies à étudier les Dolganes, un peuple nomade vivant dans les régions glaciales du nord de la Russie.

© Nicolas Mingasson – Observatoire Photographique des Pôles

En détaillant ces portraits de populations pour qui braver le froid est ancré dans le quotidien, on frissonnerait presque. Partout, des étendues de neige à perte de vue, des cieux immaculés prêts à laisser choir sans fin des flocons qui viendront se perdre sur le sol déjà si blanc, des troupeaux de reine aux museaux couverts de cristaux de glace…

Le tout, sublimé par le choix du noir et blanc pour ces photographies pudique et merveilleuses, témoignage d’une culture dont la population tend à se réduire comme peau de chagrin au fil des décennies. Bienvenue dans la vie des Dolganes, une population méconnue, et parmi les plus isolées de l’Arctique russe.

Réalisés à l’argentique (bien pratique quand on sait que le grand froid décharge très rapidement les batteries des appareils numériques), les clichés pris par Nicolas Mingasson transmettent une force évocatrice concise, mais prégnante. Lorsque l’artiste cherche à capter l’intensité, l’éclat d’un regard, il optera pour le format carré, une faible profondeur de champ, plaçant ainsi le personnage dans un cadre restreint propice à l’intimité et à la création d’un lien resserré avec le spectateur.

Lorsqu’il s’agit de traduire, révéler l’isolement de cette peuplade d’à peine huit mille âmes, le format paysage et le panorama sont naturellement privilégiés, et on pardonnera au grain argentique ; après tout, il se mêle bien aux tempêtes de neige.

© Nicolas Mingasson – Observatoire Photographique des Pôles

Mais qui sont-ils vraiment, ces Dolganes ? Comme nombre de peuples sibériens, circulant entre les continents européens et asiatiques, leur mode de vie est essentiellement nomade, rythmant leur existence au fil des migrations de troupeaux de rennes ; ces animaux qui constituent la majeure part de leurs ressources.

Vivant de chasse, de pêche, de cueillette et des biens apportés par leurs troupeaux de cervidés, les Dolganes tendent cependant à se sédentariser de plus en plus, une attitude initialement amorcée (sous la contrainte) par l’Union Soviétique, qui n’hésita pas à les utiliser dans les kolkhozes. À l’effondrement du bloc de l’est en 1991, le mal était fait, trop ancré en eux, et rares furent les Dolganes à reprendre leurs transhumances hiémales, préférant adopter une vie moins rude, où la modernité pénètre progressivement.

Aujourd’hui, dans les poches des lourds manteaux en peau de rennes, il n’est pas rare de trouver un téléphone sans fil. Au sein de leurs maisons péniblement chauffées, on rentre un poste de radio voire un ordinateur pour les familles les plus en contact avec les populations citadines du nord de la Russie.

© Nicolas Mingasson – Observatoire Photographique des Pôles

Les destins Dolganes sont ceux d’un tiraillement sensible entre les générations. Les anciens, viscéralement accrochés à leurs traditions et mode de vie spartiate, ne se conçoivent pas exister autrement que selon les nuits hivernales de quatre mois et l’avancée des troupeaux de rennes.

Les plus jeunes, les yeux emplis d’espoir résolument tournés vers les villes du sud, se plaisent à s’imaginer se forgeant un destin parmi les populations urbaines, où les jours coulent plus doucement, où lutter contre le froid n’est plus une nécessité de chaque instant, où les paysages offrent autre chose que des étendues blanches. Qu’il se soit glissé dans l’intimité de leurs maisons, ou qu’il soit parti avec eux rabattre les troupeaux de rennes, Nicolas Mingasson offre un regard pertinent, généreux et fasciné sur cette peuplade de l’extrême.

DESTINS DOLGANES

20/01/2016 > 07/03/2016

Musée de l’Homme

PARIS

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Exposition terminée
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