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Mains d’Œuvres fête ses 15 ans : récit d’une « success story » culturelle dans le 93

Magali Lesauvage 21 janvier 2016

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À Saint-Ouen (93), Mains d’Œuvres fête ses 15 ans et c’est une bonne nouvelle. Car le pari de faire vivre et survivre un lieu pluridisciplinaire hors des zones de branchitude parisienne n’était pas gagné. Pour célébrer, un gala d’art contemporain est organisé le 30 janvier prochain. Récit d’une success story culturelle en Seine-Saint-Denis.

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Mains d’Œuvres © Vinciane Verguethen.

C’est une grande bâtisse de briques et de verre à laquelle on accède en traversant les Puces de Saint-Ouen, après être descendu au dernier arrêt de la ligne 4, porte de Clignancourt, à l’extrême nord de Paris. Un lieu de fête et de travail, un point de rencontres et de départ, un labyrinthe de 4000 m2 qui s’anime 7/7 et 24/24 du sous-sol au dernier étage, des caves où répètent les musiciens à la « salle Star Trek » où on débat et on projette.

L’éphémère qui dure

À Mains d’Œuvres, les Parisiens pourtant rétifs à passer le périph s’y donnent rendez-vous souvent, que ce soit pour assister à un concert, visiter une expo ou participer à un débat. À Mains d’Œuvres, on campe des week-ends entiers, à l’occasion d’un festival de rock indé (le MOFO, qui a couru sur douze années), de projections vidéo (Vidéo Palace en 2014-2015) ou d’un Open Bidouille Camp, où on apprend à tricoter des cartes mémoires et à gérer son potager. On y mange, on y boit, on y danse. On y réfléchit et on y crée.

Et cela depuis quinze ans. Le lieu, ancien site pour les employés de l’équipementier automobile Valeo, a été fondé par un trio de personnalités spécialistes de la réhabilitation de friches industrielles en territoires de création citoyenne : Christophe Pasquet (à l’origine également du Point Ephémère), Fazette Bordage (à laquelle on doit le Confort Moderne, à Poitiers) et Valérie Peugeot (spécialiste du numérique citoyen). Et le pari, très post-68, était un peu fou : créer un centre névralgique d’« imagination artistique et citoyenne » où se croisent les disciplines, dans un quartier éloigné des zones du cool parisien et des grandes institutions culturelles.

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Petrus Picnic © DR.

Vivant pour moitié sur ses fonds propres (location d’espaces, restaurant, concerts…), Mains d’Œuvres connait depuis septembre dernier une restructuration. Avec à sa tête une nouvelle directrice, Juliette Bompoint (ex co-directrice du Carreau du Temple, à Paris), il se donne de nouveaux défis : renforcer les actions à l’extérieur (notamment dans des lieux où la culture n’a pas forcément sa place, comme les hôpitaux ou les prisons), faire dialoguer les disciplines et les résidents, s’ouvrir aux écoles et à l’internationale, et rester avant tout un lieu de vie, sorte de maison de quartier à valeur culturelle ajoutée.

Mais si les Parisiens « connectés » continuent à venir nombreux à Mains d’Œuvres (un millier de personnes ont assisté à la soirée annuelle Bobollywood du 12 décembre dernier), le contact avec le public de proximité reste un objectif difficile. C’est par l’action vers les enfants et les ados, via des visites scolaires, que l’on espère générer des habitudes de visite.

Semer et essaimer

Se relevant à peine de difficultés financières, la mairie s’étant désengagée des subventions jusque là octroyées, Mains d’Œuvres se démocratise (aussi) en essaimant ailleurs. Ainsi en 2018, une bouture devrait être implantée à Saint-Denis : le projet, coordonné avec la Fabrique des Impossibles, se définit comme territoire, plus que comme bâtiment. Quatre mille mètres carrés non bâtis, des caravanes et des containers ouverts sur l’espace public, et toujours à manger et à boire.

Et pour soutenir ces divers développements, on a eu la bonne idée d’organiser du 30 janvier au 2 février prochains un « gala d’art contemporain » baptisé Petrus Picnic : une vente d’œuvres (déjà en ligne), ponctuée par une soirée de gala sur le modèle des benefit actions à l’américaine, réunissant 80 anciens résidents et artistes ayant exposé à Mains d’Œuvres, et dont les bénéfices seront partagés à part égale entre les artistes et l’association. Une étroite collaboration qui rappelle que les artistes et Mains d’Œuvres ne peuvent se passer les uns des autres.

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