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« SolarWind » : sur le périph, un monument de lumière retransmet en direct la vie des étoiles

Magali Lesauvage 20 janvier 2016

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 Attention, à partir de lundi 25 janvier 2016, la physionomie de Paris va changer. Du moins son versant sud. Ce jour doit être inaugurée l’œuvre monumentale SolarWind de l’artiste Laurent Grasso, installation lumineuse à la lisière du boulevard périphérique. Un gigantesque baromètre qui transmettra en direct aux Parisiens la météo de l’espace. Rencontre avec l’artiste qui nous raconte ce projet astronomique.

Laurent Grasso, preview de SolarWind, 2016 © ADAGP, Semapa Paris Rive Gauche, Ciments Calcia, Eva Albarran & Co. Photo : Romain Darnaud.

Le Soleil est situé à une distance de 149,6 millions de kilomètres de la Terre, mais bientôt il ne sera qu’à 800 mètres de la Bibliothèque François-Mitterrand. Ou plutôt ses effets (vents, tempêtes, éruptions), et les éléments qui constituent la météo de l’espace : météorites, éclipses, champs magnétiques à l’origine des aurores boréales, supernovas célébrant en feux d’artifice immenses la fin de vie des étoiles.

Tous les jours, un million d’automobilistes (et les Franciliens bénéficiant d’une belle vue) découvriront l’activité perpétuelle des vides insondables grâce à Solarwind. Laquelle sera, avec la Tour Eiffel, l’installation lumineuse la plus visible dans la skyline parisienne. Ses diaprures colorées animeront sur 40 mètres de hauteur la surface courbe des silos Calcia, dans le XIIIe arrondissement, en bord de Seine et de périphérique. Futuriste, cette commande publique pérenne de la Mairie de Paris devrait changer la physionomie du sud de la capitale.

Sous le soleil exactement

Animé lui-même par de multiples projets annexes, également en lien avec la science (notamment des modules mathématiques en marbre pour l’Ecole de Statistique de Saclay), Laurent Grasso tient à ce que son œuvre soit bien comprise. L’artiste, que l’on avait découvert avec son étrange nuage avançant dans les rues de Paris, et dont on saluait ici l’exposition d’un sombre éclat au Jeu de Paume en 2012, est dans ce qu’on pourrait appeler sa « période solaire ». C’est le motif de l’éclipse que l’on trouvait dans son exposition Soleil double en 2014 à la galerie Perrotin, c’est celui du Soleil noir qu’il développe actuellement à la Fondation Hermès, à Tokyo.

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Laurent Grasso © DR.

Qu’en est-il de Solarwind ? Laurent Grasso : « C’est comme un baromètre. Nous avons créé une bibliothèque visuelle grâce aux données fournies par des laboratoires, que l’on a paramétrées en divers mouvements, vitesses et couleurs qui apparaissent en temps réel sur les silos. La météo de l’espace et l’activité du soleil sont visibles en direct ». Scientifiques du Centre national d’études spatiales et ingénieurs optiques ont été sollicités : « Il fallait éclairer suffisamment pour que l’œuvre soit visible du boulevard périphérique, et créer un outil sur-mesure capable d’éclairer cette surface de manière dynamique. Les ingénieurs ont conçu des boîtes d’un mètre de hauteur striées de rangées de LED, et il a fallu créer un rythme, une musicalité, une partition à partir des différentes données ».

Pourtant, « le soleil n’est pas mon obsession, nous confie-t-il. Ce qui m’intéresse, ce sont les ressorts de fiction qu’on trouve dans le réel. Du point de vue de la narration, certaines niches dans le réel sont beaucoup plus porteuses de fiction que la simple imagination. Dans le cas de SolarWind, il y a un jeu entre des données réelles et une animation qui correspond à la volonté de proposer quelque chose qui déborde de la simple mise en lumière d’un bâtiment ».

Rite météo

Laurent Grasso, preview de SolarWind, 2016.

Une manière de répondre aux angoisses contemporaines concernant le climat ? « L’œuvre élargit notre conception du climat de manière métaphysique. L’espace c’est plus lointain, incontrôlable. Même si certains phénomènes peuvent nous affecter directement, comme les tempêtes solaires qui provoquent des black out électriques, contre lesquels la Maison Blanche vient de mettre en place un plan de prévention. SolarWind remet en question notre capacité à maîtriser le réel, dans une vision poétique de la météorologie de l’espace ».

On revient à la charge sur l’idée de peur contemporaine : « C’est en effet au coeur de mon travail, comme celle de catastrophe qui met en jeu la science. J’investis des blocs de réalité en reprenant des codes connus de l’inconscient collectif, en les modifiant pour y injecter de l’étrangeté et du sens. Avec SolarWind, le spectateur, même s’il ne sait pas ce qu’il voit, se rend compte qu’il n’est pas devant une simple animation décorative en mouvement, mais qu’il y a une forme de langage. C’est une rumeur, une mythologie de signes à comprendre, un mystère ». Un mystère qui sera bientôt visible par des millions de personnes chaque jour.

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