Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Aux Archives Nationales, les secrets bien gardés de l’État dévoilés

Agathe Lautréamont 20 janvier 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Quoi de plus passionnant que le monde nimbé de mystère des espions, agents-doubles et autres dossiers classés qui ne doivent jamais être révélés au grand public ? Avec l’exposition Le secret de l’État : surveiller, protéger, informer, les Archives Nationales exposent en pleine lumière l’espace invisible et dématérialisé de ce qui ne doit pas se savoir. Exploration !

19. EXPO-20

Le kit du parfait espion ! © Archives Nationales

Le silence est d’or

Jusqu’au 28 février prochain, un coin de voile est levé sur près de quatre siècles de mystères et dissimulations, sur cet interstice obscur, cette zone de silence et de non-dits où le secret est institutionnalisé, où les « affaires » dorment et où les documents ne doivent pas être déclassifiés.

Dans un parcours thématique qui plonge ses racines dans l’Ancien Régime, l’exposition des Archives Nationales décrypte comment la France parvient à garder un œil sur sa situation intérieure et internationale, grâce à des rouages administratifs parfaitement huilés et des espaces politiques dédiés (ambassades, ministères, bureaux de renseignement…).

Cheminant à travers les époques, le parcours met en exergue le fil rouge de tout régime politique : le secret. Entre connivences, réunions à huis-clos et ordonnances scellées, la première étape revient sur les origines des services du secret en France. Le confidentiel, singularité de l’histoire de l’État français, n’a pas tardé à prendre son essor dès l’Ancien régime, comme en témoignent de nombreux manuscrits et documents écrits datant des années 1600.

15. DGSE_Enigma_1939

Une machine de cryptage Enigma, utilisée par les forces nazies © Archives Nationales

Montre-micro et carnet de recettes

Un véritable arsenal administratif et un ensemble de normes législatives permettent une codification stricte de ces engrenages opérants. Dans des vitrines placées en écho à ces documents écrits, on retrouve l’évolution du matériel du parfait petit espion : du texte codé cachant un tout autre message que celui qu’il veut bien laisser paraître à l’invention du cylindre chiffrant.

La suite démontre la progressive mais inéluctable construction d’une bureaucratie dédiée au secret, mais surtout à sa protection, que ce soit en politique intérieure ou extérieure. Sphères policières et militaires sont intrinsèquement appliquées au secret étatique, et au service de la géographie du pouvoir ; tandis qu’elles participent activement au développement de la technologie dédiée au mystère, à ce qui est tu.

Au fil des pièces de l’exposition, les Archives Nationales illustrent avec grand renfort de machines à écrire, grilles de déchiffrage et montres dotées de micros les techniques utilisées par les espions, agents et résistants pour faire avancer leurs informations à visage masqué et pour les transmettre de la manière la plus sécurisée possible. On notera par exemple la présence émouvante d’un « carnet de recettes » ayant appartenu à Germaine Tillion, en fait une liste de noms d’agents de la Gestapo dissimulés dans les ingrédients du gigot d’agneau !
20. Plantu_2005-07-10 et 11-GREENPEACE-MITTERRAND

Caricature de Plantu sur l’affaire du Rainbow Warrior © Archives Nationales

De James Bond à Edward Snowden

Enfin, une part très intéressante de l’expo des Archives Nationale analyse comment l’imaginaire lié à l’espionnage s’est très vite développé à partir du XIXe siècle. Grâce à la littérature (Maurice Leblanc, Ian Flemming), la figure de l’espion fugace, aux mille visages et astucieux en tout, s’est fichée dans notre imagination populaire comme un cliché à la vie dure, mais que l’on considère aujourd’hui avec plus de tendresse que de véritable sérieux.

Le thème est devenu très rapidement une manne inépuisable pour la fiction, comme en témoignent des extraits de films français (avec l’inénarrable Jean Gabin dans les rôles titres). Les images liées à ce personnage de l’ombre ont bien sûr évolué, ses attributs caractéristiques s’accommodent à l’époque, mais demeure la fascination perpétuelle pour ce personnage, tout autant que pour ce qu’il incarne : l’occulté, le silence, l’information qui doit demeurer dans les hautes-sphères, les arcanes décisionnelles, loin de la portée du « petit peuple ».

Cette fascination pour le monde du secret explique que les opinions se passionnent dès qu’une « affaire » éclate en France : écoutes de l’Élysée sous François Mitterrand, enlèvement de Mehdi Ben Barka sous le Général De Gaulle… Un parcours incroyablement riche donc, qui a le mérite de fouiller en profondeur un sujet passionnant, séculaire, des « Secrets du Roy » aux whistleblowers que sont Julian Assange et Edward Snowden.

LE SECRET DE L'ÉTAT. SURVEILLER, PROTÉGER, INFORMER.

04/11/2015 > 28/02/2016

Archives nationales

PARIS

Du chevalier d'Éon aux agents secrets des Présidents de la Ve République, l'exposition « Le secret de l'État. Surveiller, protéger, in...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE