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Street-art VS haute-couture : Rime poursuit Moschino et ses robes-graffiti

Agathe Lautréamont 19 janvier 2016

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C’est l’histoire d’un street-artiste américain, Rime, qui décide de porter plainte contre Moschino, géant de la mode italienne. Ce dernier a utilisé sur sa dernière collection de haute-couture des motifs d’une fresque en graffiti réalisée par l’artiste de rue en 2012. Une œuvre réalisée dans l’espace public, donc, pour laquelle Rime réclame des royalties

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Kary Perry et Jeremy Scott portant les fameuses tenues inspirées par Rime © J. McCarthy – Getty Images

Graffiti is the new chic

L’histoire remonte à août 2015, mais ne sera finalement jugée que dans le courant du mois de mai prochain. Le street-artiste Joseph Tierney, plus connu sous le nom de Rime, vient de traîner devant les tribunaux américains la marque de haute-couture italienne Moschino, en la personne de son directeur artistique Jeremy Scott.

La pomme de la discorde ? La marque a utilisé pour sa collection automne-hiver 2015 des motifs issus d’une fresque peinte par le graffeur en 2012. Intitulée Vandal Eyes, la fresque représente deux grands yeux surmontant un lettrage rouge, et est visible dans les rues de Los Angeles.

Ici donc, pas de collaboration entre un artiste influent et une grande marque de luxe. Les robes et costumes de la collection auraient été créés sans l’autorisation de l’artiste et pire ! sans le créditer. C’est pourquoi Joseph Tierney a décidé de porter de l’affaire devant les tribunaux, cette reproduction portant atteinte aux droits d’auteur, en niant la paternité de l’œuvre par l’artiste, et en lui refusant ses droits d’exploitation.

rime vandal eyes 2012

La fresque en question, Vandal Eyes © jerseyjoeart.com

Devant la justice

D’autant que la robe de la discorde avait été portée lors d’un gala organisé par le Metropolitan Museum of Art par la célèbre chanteuse pop Katy Perry, celle-ci portant une bombe de peinture aérosol en guise de sac à main, comme si la marque voulait faire croire que la starlette était la créatrice de la robe.

Un déni de droits d’auteur qui fait fulminer Joseph Tierney. Devant la cour de justice, la marque Moschino et le directeur artistique Jeremy Scott avaient demandé un non-lieu, demande qui vient d’être déboutée par le tribunal américain, estimant de fait la plainte de Tierney comme recevable. Le procès suit donc son cours en Californie, et la prochaine audience se tiendra le 23 mai prochain.

Dans sa demande de non-lieu, le couturier Scott avait avancé que Joseph Tierney n’avait pas prétendu de façon adéquate son implication dans la plainte pour atteinte au droit d’auteur, et de se décharger de toute responsabilité : le motif des robes aurait été sélectionné par un artiste de la marque totalement indépendant de Scott (directeur artistique de la marque, rappelons-le), sans pour autant livrer le nom de ce mystérieux designer à qui cette grande décision serait revenue.

Une explication qui paraît cependant peu plausible aux yeux du juge, estimant que dans une entreprise aussi influente que Moschino, il est difficile d’imaginer que le directeur artistique n’ait pas eu le moindre regard sur le motif-phare des robes qui allaient composer la collection 2015…

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Rime au travail © jerseyjoeart.com

Le street-art bankable ?

D’aucuns cependant pourraient lever un sourcil circonspect face à la démarche du street-artiste Rime. En effet, il peut paraître paradoxal de la part d’un créateur peignant des graffitis à la bombe, dans les rues de la ville (des espaces, rappelons-le, public), de réclamer aussi férocement des droits d’auteur ; quand on sait qu’à l’origine, l’art dans lequel il s’illustre est essentiellement une pratique vandale, réalisée en toute illégalité sur des supports (murs, bâtiments, rames de métro…) qui ne lui appartiennent pas, et donc techniquement qu’il dégrade.

Comme beaucoup d’artistes de rue, Rime se laisse-t-il charmer par les sirènes du commercial et de l’embourgeoisement, alors qu’il fait partie d’un mouvement qu’il serait logique de voir rejeter farouchement tout ce qui touche à la monétisation et l’exposition ostentatoire ?

Pour aller plus loin, quid du statut juridique d’une création de street-art ? En France, le statut de l’art urbain est des plus complexes, et pour de très nombreuses raisons.

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Liberté de panorama

En effet dans la grande majorité des cas, l’œuvre a été exécutée sans l’accord du propriétaire du support de cette dernière. Ainsi, l’artiste peut légalement parlant être privé de droits d’auteur dans le cas où la peinture a été réalisée de manière illégale, sans l’accord du propriétaire du support.

Ainsi si une telle affaire juridique avait lieu en France, il n’est pas du tout certain que Rime pourrait obtenir gain de cause, alors qu’en Californie, les avocats semblent insinuer que l’artiste a toutes les chances de faire valoir ses droits. Pourtant aux États-Unis, le fameux « droit de panorama » (qui permet de reproduire une œuvre se trouvant dans l’espace public) s’étend aux bâtiments, le support précisément, sur lequel Rime peignit sa fresque « Vandal Eyes ».

Le bâtiment recevant la fresque de Rime étant privé, l’artiste de rue peut se voir opposer par Moschino l’argument comme quoi la marque de luxe peut exploiter en toute liberté la fresque, celle-ci entrant dans le cadre de la liberté de panorama. Il est donc encore possible de connaître quelques rebondissements dans l’affaire Rime VS Moschino !

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