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Pour l’anniversaire de la mort de Giacometti, Gérard Gartner détruit toutes ses œuvres à la tronçonneuse

Jéremy Billault 19 janvier 2016

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A 81 ans, le sculpteur Gérard Gartner a pris la décision de réduire a néant toutes les pièces qu’il avait pu créer tout au long de sa vie. A coups de massue et de tronçonneuse, devant un public curieux et médusé, l’artiste, qui  a toujours refusé de vendre ses œuvres, a détruit et dé-construit ses 260 pièces le jour de l’anniversaire de l’enterrement de Giacometti, qui était son ami.

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L’artiste, son oeuvre et sa tronçonneuse. Capture d’écran d’un reportage de France 3 ©culturebox

En l’espace de trois jours, il a tout détruit. Tout. A 81 ans, Gérard Gartner, artiste, sculpteur d’origine tzigane a décidé de réduire à néant l’intégralité de son œuvre, soit les 260 pièces qu’il a pu produire tout au long de sa vie . Si l’acte peut paraître surprenant, il ne s’agit pas vraiment d’un coup de tête : la destruction des œuvres était organisée sous la forme d’un grand spectacle à Douarnenez dans lequel l’artiste lui-même a pulvérisé ses œuvres à grands coups de tronçonneuse, le tout devant un public médusé et amusé. Le message est donc clair : l’objet ne compte pas (il n’a jamais vraiment compté) et seul prévaut le processus de création, le travail de la pensée sur la matière.

Néanmoins, tout de même, cette cérémonie dévastatrice intitulée «Ultima Verba» (qui ne constitue en rien une négation de l’oeuvre, on l’aura compris) a été organisée en grandes pompes, dans une sorte de jubilé totalement autoproclamé (mais largement mérité), programmé à une date loin d’être anodine. Alors que la majorité des œuvres (200) a été détruite en usine quelques jours avant qu’interviennent les outils de jardinage, les créations les plus emblématiques de l’artiste (dont certaines étaient encore exposées récemment) ont attendu l’anniversaire de la mort de Giacometti, ami d’un Gérard Gartner à l’hommage surprenant, pour connaître leur funeste destin. Mais si, à l’époque, Giacometti avait manifesté un véritable rejet envers toute une partie de ses œuvres, la démarche de Gérard Gartner est différente.

Dé-construction

Là où Giacometti avait eu une sorte de révélation esthétique, de virage à 180° dans sa façon de représenter le réel, sans pour autant ne jamais désirer détruire son travail passé, Gérard Gartner poursuit une logique, cette logique qui l’a toujours poussé à créer. Depuis ses débuts, l’homme travaille la matière dans la continuité, il lui donne une forme nouvelle sans vraiment vouloir créer de toute pièce : il récupère son matériau (souvent du plastique) dans des déchetteries et le travaille, fusionne, représente; la matière lui apporte, il apporte à la matière. L’objet existait avant sous une autre forme, il existera après, il n’a pas vocation à être éternellement figé.  

Evidemment (mais la question devait être posée), Gérard Gartner a toujours refusé de vendre son travail et d’appartenir au marché de l’art. Il a beaucoup exposé, partout dans le monde, mais s’est toujours écarté du délire du marché. Pratique, pourrait-on dire, quand il a fallu rapatrier les 260 œuvres pour les détruire : on sait où chaque pièce se situe et, surtout, il n’a pas été nécessaire de convaincre un collectionneur de bien vouloir exploser à coup de massue sa sculpture à 10 millions. Il ne reste donc plus rien de l’oeuvre de Gérard Gartner, réduite en morceau avec une violence jubilatoire  et un pincement au cœur, chez le spectateur plutôt que chez l’artiste qui, dans le fond, a décidé depuis longtemps qu’il allait être maître du destin de son oeuvre.

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