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Ai Weiwei au Bon Marché : l’entente (légitime ?) entre l’art et la communication

Jéremy Billault 18 janvier 2016

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Quelques jours après être allé sur l’île de Lesbos exprimer le souhait d’ériger un monument en l’honneur des migrants disparus, Ai Weiwei a bifurqué vers la France pour exposer dans un cadre différent. Au Bon Marché, l’un des temples du luxe de la capitale, l’artiste a été invité à exposer une vingtaine d’œuvres créées pour l’occasion. A la fois coup de communication et travail sur un espace original, l’événement intitulé Er Xi, Air de jeux ne s’étend que jusqu’au 20 février. Et ça vaut le coup d’œil.

weiwei2

On attendait de voir, et on a vu. De l’art dans un magasin, Ai Weiwei au Bon Marché. D’un côté, Ai Weiwei est en France, a travaillé sur une vingtaine d’œuvres pour une exposition exceptionnelle et originale : bonne nouvelle. De l’autre Ai Weiwei, l’as de la com’, roi d’Instagram, celui dont on parle une semaine sur deux, est invité au Bon Marché, dans une galerie (marchande, attention) ravie de faire de lui une égérie éphémère : son nom est écrit partout là où il peut l’être et même son visage fait office de visuel de l’exposition.

Certains attendaient le meilleur, d’autres le pire (« L’artiste est une marque ! Son œuvre une marchandise ! Où est donc passé son côté tourmenté, rebelle et engagé ?! »). Il fallait donc attendre de voir. Et on a vu.

Shanhaijing

Alors oui, à l’intérieur du Bon Marché, on est entouré de boutiques, de publicités et d’un name dropping de grandes marques à n’en plus finir : c’est le principe. Le tout était de savoir comment l’artiste allait s’approprier cet espace, sans trop faire slalomer le visiteur/client entre deux magasins.

Dans cette optique, Ai Weiwei a donc opté pour une exposition d’œuvres suspendues pour ne pas porter préjudice à la circulation inter-commerciale de la population : mis à part un immense dragon à même le sol, toutes les œuvres sont suspendues.

weiwei3

Face à l’espace aérien dont il dispose, l’artiste chinois a choisi une forme qui puisse se fondre quasi naturellement dans le magasin : le cerf-volant. Structures de bambou, toiles en papier de soie, Ai Weiwei utilise les matériaux traditionnels des cerfs-volants (toujours très populaires en Chine) pour un résultat à la fois simple et très technique, compte-tenu de la précision des figures qu’il représente. Ces figures ont un point commun :  elles appartiennent toutes au Shanhaijing, le Livre des monts et des mers : un recueil ancestral (lui aussi toujours très populaire), qui est une sorte de recensement de mythes, créatures et personnages légendaires de l’antiquité chinoise.

A la fois massives et extrêmement fragiles, élégantes, comiques et parfois presque ridicules, les créatures de ce bestiaire mystique de la culture chinoise cohabitent sans s’encombrer dans le ciel du Bon Marché. Au rez-de-chaussée, on lève les yeux ; au premier étage, on fait face ; au deuxième, on surplombe. Le visiteur se déplace, les cerfs-volants se déplacent si bien que l’œuvre se découvre, encore et encore, se dévoilant sans cesse sous un jour nouveau. Dans les airs, les sculptures sont nombreuses mais uniques : un renard à neuf queues, des oiseaux, des chimères, tous flottent dans une harmonie apaisée, mystique et symbolique.

Carte blanche

Cette association a le mérite d’y aller à fond : là où on aurait pu jouer sur l’effet d’annonce en présentant quelques petites œuvres par-ci, par-là, on a laissé carte blanche à Ai Weiwei qui a donc décidé d’investir un immense espace sans perdre le moindre centimètre carré.

Outre la puissance et la qualité esthétique de ses cerfs-volants, il faut saluer une chose : Ai Weiwei sait à qui il s’adresse. Exposer dans l’espace public est toujours une opération compliquée : malgré les cartels et autres armées de médiateurs au speech bien travaillé, l’exposition a parfois du mal à dialoguer avec le badaud. Ici, pour son terrain de jeu, l’artiste a préféré aborder des références populaires et travailler un objet familier, presque quotidien. Pas d’hermétisme, pas d’élitisme : les créatures interpellent, interrogent, attendrissent et font sourire, chacune à sa façon.

weiwei4

Si, au lendemain du vernissage, l’expo a surtout fait parler du partenariat entre l’artiste et le grand magasin (la présence de Paris Hilton n’étant probablement pas due à sa seule amitié pour l’artiste, qui sur le moment a suscité plus de demandes de selfies que de félicitations), le fait est que le résultat est bluffant.

Beau, accessible, monumental (ça plait toujours), le travail d’Ai Weiwei parvient à s’emparer naturellement du décor commercial dans lequel on lui a proposé de s’installer. Le lieu jouit d’un grand potentiel que l’artiste a largement su exploiter en créant une atmosphère délicieusement onirique et un panthéon de chimères qui, paradoxalement, nous conduisent à lever les yeux au ciel, vers un autre plan que celui de la société de consommation dans laquelle nous sommes plongés.

Toutes images © Ai Weiwei.

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