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Le Louvre lance la restauration du Saint Jean-Baptiste de De Vinci

Agathe Lautréamont 14 janvier 2016

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Après les restaurations de La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne et de La Belle Ferronnière, le Musée du Louvre lance la restauration d’un troisième chef d’œuvre de Léonard de Vinci, probablement le plus mystérieux et le plus fascinant des trois : son Saint Jean-Baptiste.

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Léonard de Vinci, Saint Jean-Baptiste, 1513-1515 © Musée du Louvre

C’est un des visages les plus fascinants de l’Histoire de l’art, celui d’un sourire qu’on pourrait presque considérer comme taquin, et un regard franc, avenant, un brin espiègle. Saint Jean-Baptiste nous regarde avec beaucoup de malice, désignant d’un doigt mystérieux les cieux tout aussi énigmatiques ; mais au fil du temps, ses belles boucles châtain s’étaient ternies, sa peau de bête ne pouvait plus se distinguer, tout comme le long et fin crucifix de roseau qu’il serre contre lui.

L’obscurité semble avoir dévoré l’huile sur bois de Léonard de Vinci, comme si son saint était condamné à se retrouver happé par l’ombre au fil des siècles. Les apports de vernis successivement passés sur une couche de peinture posée en touches fines par le maître florentin ont effectivement jauni, le tout s’est considérablement oxydé, baignant l’œuvre dans un noir presque inquiétant et paradoxal face à l’attitude avenante du personnage central.  Le Louvre a décidé d’agir, et de décrocher l’œuvre majestueuse pour un coup de propre de quelques mois.

Il était en effet inconcevable de laisser dans un tel état cette œuvre centrale de la Renaissance italienne, produite par le génie De Vinci entre 1513 et 1516. Le tableau est en effet fascinant, par sa composition très serrée, par le corps de Jean-Baptiste formant une délicate spirale, et par sa représentation éclatante de la maturité artistique du peintre italien.

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Léonard de Vinci, Autoportrait, 1512-1515 © Bibliothèque royale de Turin

De Vinci était si attaché à cette œuvre qu’il l’emporta avec lui lors de son exil en France à partir de 1516. Font également partie du voyage La Joconde et La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1519, il garda cette œuvre près de lui ; il n’est en revanche pas certain qu’il la retoucha en France comme on peut le lire de temps à autres, De Vinci étant paralysé de la main droite (celle dont il se servait pour peindre) à cette époque.

Pourquoi un tel attachement à cette huile sur noyer de 69 × 57 cm ? Pour nombre d’historiens de l’art, la raison ne peut être qu’affective : le modèle ayant servi à la représentation du prophète-ermite de la tradition chrétienne étant Gian Giacomo Caprotti, plus connu sous le surnom de Salai (« diablotin » en italien), disciple et amant de Léonard de Vinci.

D’une beauté androgyne troublante, frôlant la perfection selon les canons de la Renaissance, De Vinci ressentit une fascination proche de l’adoration tout au long de sa vie pour le jeune Salai, qui entra dans son atelier à l’âge de 10 ans. Pourtant, les relations entre les deux hommes devinrent vite tumultueuses, Gian Giacomo se révélant un personnage égoïste, voleur et destructeur, qui n’hésitait pas à tourmenter son maître à loisir, conscient de l’emprise qu’il avait sur le génie universel.

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Léonard de Vinci et atelier, La Belle Ferronnière, 1495-1497 © Musée du Louvre

Mais Léonard lui passait tout, acceptait ses frasques et ses colères démesurées, réparant ses dégâts et fermant les yeux sur ses réguliers vols d’argent ; aveuglé par l’amour et par la perfection du visage du jeune homme qui resta sa muse jusqu’à leur brusque séparation, en 1518.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci a perdu de sa superbe. En s’altérant, le vernis a considérablement altéré le tableau, empêchant l’œil d’apprécier le soin infini apporté par le maître florentin à l’atténuation du passage de la clarté à l’obscurité (parfois travaillé du bout du doigt par le peintre), les jeux de sfumato adoucissant la peau du saint et les contours de son visage. Les pigments se sont ternis, là où les fines couches de glacis superposées permettaient de doter l’œuvre d’une vibrance et d’une brillance incomparable.

Espérons que la restauration du Louvre permettra de rendre toute sa grâce à ce saint beau comme un éphèbe, et pourquoi pas de lever quelques mystères sur sa conception, ses successives restaurations, et les diverses techniques utilisées par Léonard de Vinci pour son exécution étalée sur tant d’années.

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