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Grande rétrospective Jérôme Bosch : pourquoi le Prado ne prêtera pas le Jardin des Délices

Agathe Lautréamont 12 janvier 2016

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C’est une exposition exceptionnelle qui s’apprête à ouvrir ses portes à Bois-le-Duc, le 12 février prochain : pour commémorer le demi-millénaire de la mort de Jérôme Bosch, le Musée Noordbrabants (Pays-Bas) présente l’accrochage « Jérôme Bosch : Visions d’un génie », pour lequel la majorité des œuvres du maître seront de retour dans leur ville d’origine. Toutes ? Non. Car le Musée du Prado est bien décidé à jouer les trouble-fêtes…

délices

Jérôme Bosch, Le jardin des délices, 1501 © Musée du Prado

Cela fait 500 ans que le mystérieux artiste Jérôme Bosch s’éteignait dans sa ville natale de Bois-le-Duc, au sud des Pays-Bas.  Pour l’anniversaire de la disparition du maître au style inimitable, épris de figures cauchemardesques et grotesques, la municipalité et sa principale structure culturelle, le Musée Noordbrabants, s’apprêtent à donner le coup d’envoi à quatre mois de festivités en tous genres : conférences, débats, animations, mais surtout une rétrospective majeure, réunissant pour la première fois au sein d’un même musée la très large majorité des œuvres de Bosch.

Peintre fascinant, personnalité atypique dont on sait pourtant encore bien peu de choses, ses tableaux sont d’un fantasque singulier dans le monde de l’Histoire de l’art, représentant des personnages tourmentés et autres monstres aussi burlesques que terrifiants.

Une iconographie qui tranche radicalement avec une existence sédentaire, menée paisiblement aux Pays-Bas. Pourtant, depuis son atelier néerlandais, Bosch parvint à dépeindre comme personne les angoisses de son temps, entre menaces de guerre, superstitions religieuses et bouleversements géopolitiques.

anthony

Jérôme Bosch, La tentation de Saint Antoine, 1501 © Musée National de Lisbonne

Que ses œuvres traitent de sujets triviaux ou religieux, toutes ont en commun cet amoncellement insensé et angoissant de monstres, représentations diaboliques et autres anges déchus qui évoluent librement parmi les saints et les vivants. D’une touche colorée et d’un trait fin, il couchait en peinture ou en dessin des panoramas hallucinés, où l’illusion horrifiée se mêle à des éléments de la vie courante ; augmentant le sentiment d’inquiétante étrangeté ressenti face à ses réalisations.

Obsédé par les thématiques du péché, du désir et  de la tentation si sévèrement brimées par la morale religieuse, Bosch use de gnomes humanoïdes, figures lucifériennes et chimères bouffonnes pour mieux dépeindre les vices de son époque.

L’exposition sera donc indéniablement célèbre. Jamais encore, autant de pièces du maître hollandais n’avaient été réunies dans un même musée. La majorité provient bien sûr de la ville même de Bois-le-Duc, ou ’s-Hertogenbosch en néerlandais (d’où Jérôme Bosch, né Jheronimus van Aken, tire son surnom avec lequel il est passé à la postérité), car c’est bien dans cette petite ville des Pays-Bas qu’il a réalisé presque tous ses dessins et tableaux. L’exposition tiendra le rôle de point d’orgue d’un grand ensemble de festivités et événements pour commémorer la fierté de la ville, peintre des mondes impossibles et qui inspira nombre d’artistes jusqu’à aujourd’hui.

charrette de foin

Jérôme Bosch, Le chariot de foin, 1501 © Musée du Prado

De grands musées de par le monde ont donc accepté de prêter certaines pièces de leur collection à cette occasion. C’est ainsi que la Tentation de Saint Antoine sera prêtée par le Musée du Prado, tandis que la Nef des Fous (récemment restaurée) quittera les couloirs du Louvre.

D’autres musées comme ceux de Rotterdam, le Palazzo Grimani de Venise, le Metropolitan de New York ou encore la National Gallery of Art de Washington ont accepté de laisser pendant quatre mois leurs pièces si précieuses à Bois-le-Duc, afin de monter une exposition en tous points exceptionnelle, et qui fera probablement date. Les visiteurs pourront ainsi profiter d’une occasion unique de se délecter d’un panorama complet du travail de Jérôme Bosch, tout en étudiant l’inventivité révolutionnaire de cet artiste à cheval entre le Moyen-âge et la Renaissance.

Sauf que. Lorsque l’on évoque le nom de Jérôme Bosch, une œuvre apparaît d’emblée dans l’imaginaire : celui du Jardin des Délices, magnifique triptyque à la thématique complexe, généralement lue comme une représentation du Paradis et de l’Enfer, mais qui est encore le sujet de nombre d’interprétations. Actuellement conservé au Musée du Prado, à Madrid, l’œuvre y est en dépôt depuis 1936. Or, la réalisation la plus célèbre du peintre de Bois-le-Duc ne s’envolera pas pour sa ville natale, à l’occasion de l’exceptionnelle rétrospective, et restera en Espagne, le Prado ayant tout bonnement refusé de prêter l’huile sur bois de chêne.

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Jérôme Bosch, La lithotomie, 1494 © Musée du Prado

Pourquoi une telle décision ? On pourrait penser que la raison est toute simple : pour les 500 ans de la mort de l’artiste, l’institution madrilène a en effet prévu sa propre exposition Bosch, qui bénéficiera également de nombreux prêts de musées internationaux, et qui se tiendra à partir du 31 mai 2016. Cependant, celle de Bois-le-Duc s’achève le 8 mai 2016, ce qui signifie qu’on ne peut pas blâmer le calendrier, les deux événements ne se télescopant pas. Alors, qu’est-ce qui a motivé un tel refus de la part du Prado ?

Les arguments sont à peu près les mêmes que ceux invoqués lorsque le musée ne souhaita pas prêter Les Ménines de  Vélasquez pour l’accrochage du Grand Palais, l’année dernière ; à savoir que les œuvres les plus emblématiques du Musée du Prado ne sortent pas du Musée du Prado, quitte à ce que cela rende incomplète une exposition rarissime dédiée à un artiste de légende.

En effet, certaines œuvres mondialement célèbres font figure de joyaux au sein des institutions muséales qui les exposent, à tel point que les deux noms deviennent indissociables l’un de l’autre, à l’image de La Joconde et du Louvre. Et ces œuvres représentent un attrait indéniable pour les touristes affluant dans les couloirs des musées, tant et si bien que certains refusent de se séparer de ces tableaux, même le temps de quelques mois, tant l’œuvre en question fait leur renommée et est partie intégrante de leur image.

Un musée ne pourrait donc pas courir le risque de décevoir ces visiteurs venus des quatre coins du monde, tout particulièrement pour une seule œuvre, qui serait hélas absente au moment de leur venue.

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Jérôme Bosch, Le Portement de Croix, 1515-1516 © Musée des beaux-arts de Gand

Bien sûr, cet argument touristique n’est que rarement avancé par les institutions culturelles, qui préfèrent avancer des raisons de préservation de l’œuvre. Certaines seraient de dimensions trop importantes pour être transportées, d’autres seraient trop fragiles, certaines déjà abîmées par le temps et risquant de souffrir encore davantage d’un transport vers un autre pays…

Parfois, ce sont plus simplement les ayants-droits qui freinent des quatre fers, se défendant par une clause interdisant au musée de faire voyager l’œuvre déposée.

Des raisons qui font légitimement lever un sourcil, à l’heure de la mondialisation et de la diffusion en masse de l’art et plus largement de la culture. Le Prado souhaiterait-il simplement garder jalousement pour lui Le Jardin des Délices, œuvre emblématique de Bosch, et tant pis pour l’incroyable rétrospective qui ouvrira ses portes dans un mois ? Peu importe l’importance de l’accession de l’art à tous, pourvu que la manne financière soit préservée.

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