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La petite-fille de Picasso vend son héritage chez Sotheby’s : cupidité ou thérapie ?

Agathe Lautréamont 12 janvier 2016

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Voilà une vente aux enchères qui s’annonce déjà comme un événement majeur de l’année 2016. L’événement, intitulé « Picasso en privé : œuvres de la collection de Marina Picasso » se tiendra le 5 février prochain, et les estimations sont déjà faramineuses. Une vente présentée par la principale intéressée comme une façon de se défaire d’un lourd passé. Vraiment ?

marina art actualité

Marina Picasso, 2015 © Art Actualité

Issue d’un héritage touché à la mort de l’artiste en 1973, cette exceptionnelle collection de près d’une centaine d’œuvres en possession de Marina Picasso, petite-fille du génial artiste espagnol, est sur le point d’être dispersée, pour le plus grand bonheur des collectionneurs prêts à tout pour mettre la main sur un Picasso. L’héritière, dont on connaît les relations tumultueuses avec son grand-père, n’en est pas à sa première dispersion, puisque à l’image des autres légataires, celle-ci se déleste très régulièrement d’œuvres de la main du maître afin de vivre, et mener à bien ses projets personnels.

Ainsi, en juin 2015, Marina Picasso s’était-elle séparée d’un incroyable lot de 126 œuvres en céramiques que son illustre parent collectionnait, ce qui rapporta la coquette somme de 16 millions d’euros. Quant à la vente qui aura lieu dans un mois, elle comptera une centaine de travaux (majoritairement des peintures et des dessins) s’étendant tout au long de sa carrière, ainsi que 70 sculptures qui datent des années 1940 aux années 1960.

Pablo Picasso, 1954 © Arnold Newman – Getty Images

Se défaire d’un lourd passé ?

Parmi les pièces maîtresses de la dispersion, on compte un dessin datant de 1962 intitulé « Visage de femme » estimé (en fourchette haute) à 332 000 euros, tandis qu’une céramique peinte par le maître, « Femme portant une robe ouverte » devrait atteindre les 46 000 euros. On notera également la présence d’une photographie de Pablo Picasso en compagnie de l’architecte Jacques Couëlle, que la maison d’enchères espère vendre pour près de 80 000 euros.

Comme le veut la tradition pour les ventes aux enchères exceptionnelles, une exposition des pièces les plus  exceptionnelles se tiendra dans les locaux new-yorkais de Sotheby’s jusqu’au 17 janvier prochain, avant qu’elles ne soient dispersées suite à la vente aux enchères. Aucun regret ? Manifestement non. Pour les proches de Marina Picasso, cette volonté de dilapider son patrimoine viendrait d’une volonté de se défaire de son lourd passé en lien avec son célèbre grand-père.

Un passé qu’elle a pourtant ressassé dans un ouvrage intitulé Picasso : mon grand-père, paru en 2001, où elle livre des détails et autres souvenirs d’enfance liés à la personnalité de la peinture. Un besoin de thérapie pour se défaire du poids de l’héritage, probablement. Il semble donc logique que le détachement se poursuive par la fructueuse vente d’œuvres de l’artiste espagnol.

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Pablo Picasso, 1949 © Life Magazine

Une famille « en or »

Celle qui déclarait avoir retourné face contre mur tous les tableaux dont elle hérita en 1973, alors qu’elle n’était âgée que de vingt ans, n’aura eu de cesse de rappeler à quel point elle avait grandi sans grand-père. Née du fils que Picasso avait eu avec sa première compagne, la danseuse Olga Khokhlova, Marina affirme qu’elle ne lia ni avec sa figure paternelle, ni avec son grand-père, dont elle ne vit aucune des réalisations de son vivant.

Selon la petite-fille éplorée, il lui arrivait de voir le grand Pablo dessiner des fleurs à même des nappes en papier ou sur des feuilles volantes, mais on ne la laissait pas admirer le trait de son célèbre parent. Pour quelle raison ? Mystère…

Toujours est-il qu’à son décès, à l’âge de 91 ans, Pablo Picasso laisse derrière lui une famille comptant quatre enfants et huit petits-enfants, autant de concubines, muses, et une cargaison de 50 000 œuvres que tout ce petit monde n’allait pas tarder à réclamer, s’entre-déchirant dans une saga familiale qui pourrait se résumer à une succession de procès, attaques et droits patrimoniaux.

marina guardian

Marina Picasso,  2015 © The Guardian

40 milliards d’euros : l’héritage du siècle

En effet, Pablo Picasso ayant eu la lumineuse idée de disparaître sans laisser de testament, il y avait fort à parier que la situation allait dégénérer. Ainsi, les trois enfants nés hors mariage firent valoir leurs droits dès 1974 grâce à un procès retentissant, et glanant ainsi leur droit à l’héritage. La disparition du fils de Pablo Picasso, Paulo, provoqua une seconde querelle pour un héritage estimé à 40 milliards d’euros. Un chiffre qui s’explique quand on sait que la moindre petite esquisse du maître se monnaie pour des sommes qui peuvent très vite s’envoler (Picasso s’arrache de plus en plus dans les salles de vente)

La famille fut également touchée par des drames, comme le suicide de Pablito, frère de Marina Picasso, suite à l’interdiction proférée par Jacqueline Roque, seconde épouse de l’artiste, de laisser le jeune homme assister aux obsèques de son grand-père.

Toujours est-il que Marina Picasso voit sa part d’héritage comme un don dépourvu d’amour, dénué de tout véritable lien familial et qui ne lui suscite donc aucune émotion, justifiant ainsi sa progressive dispersion au fil des années. Se défendant de toute avidité face à l’appât du gain, l’héritière explique à quel point elle est impliquée depuis nombre d’années dans des actions sociales et caritatives. Ainsi en 2014, fit-elle don à la Fondation Hôpitaux de Paris d’une somme de 1.5 millions d’euros.

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