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L’origine du monde de Courbet VS la pudibonderie de Facebook

Agathe Lautréamont 7 janvier 2016

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C’est une histoire abracadabrante qui dure maintenant depuis le mois de février 2011. L’histoire d’un instituteur qui s’attaque au géant californien pour avoir vu son compte censuré et fermé. La faute ? Avoir publié sur son profil le sulfureux tableau du peintre Gustave Courbet…

Gustave Courbet, L’origine du monde, 1866 © Musée d’Orsay

Pas de nu, même artistique !

Un bras de fer qui dure depuis cinq longues années, et qui ne semble d’ailleurs pas encore en passe de se terminer de sitôt… Le 6 janvier dernier, la Cour d’Appel de Paris a examiné une affaire opposant un enseignant français et l’entreprise de Mark Zuckerberg ; une histoire à base d’art, d’algorithmes idiots, de pruderie excessive et de droit pénal.

Tout commence donc le 27 février 2011, lorsqu’un instituteur passionné de Beaux-Arts décide de poster sur son profil Facebook un reportage télévisé analysant le fameux tableau de Gustave Courbet, L’Origine du Monde, peint en 1866 et trônant aujourd’hui au musée d’Orsay. Le lien de la vidéo est accompagné d’une photographie de l’œuvre bien connue, figurant le sexe d’une femme alanguie sur un drap blanc qui, cette fois-ci en histoire de l’art, n’est pas subtilement placé où il faut pour cacher ce qu’on ne saurait voir.

C’était cependant sans compter sur les strictes règles et conditions d’utilisation du réseau social américain (mais si, vous savez, ces fameuses petites lettres, tout en bas, et qu’on ne lit jamais !), qui interdisent catégoriquement toute représentation de nu masculin ou féminin. Et bien évidemment, le tableau provocateur de Gustave Courbet tombe sous le coup de ces lignes iniques.

Aussitôt, les algorithmes made in California se mettent en branle, et le compte de l’utilisateur se trouve aussitôt suspendu pour violation des règles d’utilisation. Outré, le professeur y voit immédiatement une atteinte à la fondamentale liberté d’expression, et décide d’adresser un courrier à Facebook y exprimant ses doléances qui, bien sûr, demeure lettre morte. Face au mutisme du géant américain, l’instituteur engage des poursuites judiciaires.

sirene

Edvard Eriksen, La petite sirène, 1913 © DR

Pas de nu, même mi-femme mi-poisson !

Seul souci : Facebook rejette l’action en justice en revendiquant que seul le tribunal de Santa Clara, en Californie (où le réseau social a son siège, donc) est habilité à trancher la question du litige avec cet utilisateur. Réponse du tribunal de Grande Instance de Paris : l’affaire sera tout de même jugée, ce dernier se déclarant compétent pour juger cette histoire.

Peu importe ! L’empire Facebook contre-attaque alors, en se cachant derrière une clause de son contrat d’adhésion stipulant l’exclusive compétence du tribunal californien pour traiter de tout litige. C’est donc sur cette clause que s’est penché le 6 janvier dernier le tribunal parisien, dont le délibéré devrait être rendu le 12 février 2016.

Ce n’est pas la première fois que le réseau social s’illustre de cette façon navrante. Récemment, c’est le cas de la sculpture de la Petite Sirène, créature imaginée par le conteur danois Hans Christian Andersen, qui trône dans le port de Copenhague. La photographie, postée par une femme politique danoise, s’était vue illico censurée par Facebook, pour cause de « nudité ».

nude

Laure Albin-Guillot, Étude de nu, 1940 © Jeu de Paume

Pas de nu… tout court !

Sentant le « bad buzz » venir à grands pas, le réseau social s’était défendu en arguant que la petite sculpture de bronze, une des œuvres les plus photographiées dans le monde, est toujours sous le joug d’un copyright, ce qui empêcherait toute reproduction de la statue jusqu’en 2029. Croira à cette explication qui le voudra bien… Quelques temps en arrière, en 2013 précisément, c’était au tour du Musée du Jeu de Paume d’être victime des règles liberticides de Facebook.

L’institution parisienne avait en effet diffusé sur sa page officielle une photographie de Laure Albin-Guillot, une étude de nu réalisée en 1940, où l’on voit une femme à la poitrine dénudée poser dans le plus pur style des marbres grecs. Ces abus réguliers et autres censures absurdes font régulièrement la une des journaux, tandis que d’autres ne cessent de pointer l’aberrant paradoxe du site internet : là où Facebook part en croisade contre les seins, il laisse tranquillement se diffuser des contenus violents, comme des vidéos de meurtres, viols et autres propagandes terroristes.

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