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Art et télépathie : esprit de la modernité, es-tu là ?

Magali Lesauvage 7 janvier 2016

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Dans une passionnante expo, le Centre Pompidou-Metz explore les liens entre l’imaginaire de la télépathie (et plus largement de la communication dématérialisée) et l’art des avant-gardes. 

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Vue de l’exposition Cosa Mentale au Centre Pompidou-Metz et de Bild mit rotem Fleck [Tableau à la tache rouge] de Vassily Kandinsky.

C’est une exposition qui fait mentir les préjugés et voler en éclat les certitudes. « Une œuvre d’art devrait toujours nous apprendre que nous n’avions pas vu ce que nous voyons », affirmait Paul Valéry. Et plus encore, apprend-on ici, elle devrait aussi nous montrer ce que nous ne voyons pas du tout.

Inaugurant le mandat d’Emma Lavigne à la tête du Centre Pompidou-Metz, Cosa Mentale est le fruit d’un travail titanesque mené par Pascal Rousseau, auteur également du volumineux catalogue. Son sujet : art et télépathie au XXe siècle, des avant-gardes postimpressionnistes aux artistes conceptuels des années 1970, avec une incursion dans le contemporain contemporain.

La beauté des ectoplasmes

Au programme : ectoplasmes, champs magnétiques et « formes-pensées ». Des notions en apparence absconses qui sont un prétexte pour revisiter l’histoire de l’art moderne sous l’angle d’une culture avide de paranormal comme de psychologie. On a un peu oublié aujourd’hui à quel point il y a un siècle, émanations psychiques et communication à distance fascinaient la population, à l’heure où naissait le téléphone mais aussi la notion de télépathie. On fait tourner les tables, on s’ébahit devant les premières radiographies de crânes qui donnent le sentiment de pouvoir pénétrer l’âme, on tente de capturer la pensée par la photographie, on s’extasie devant les transparences.

C’est pour les artistes, en particulier, un terrain d’expérimentation considérable. La dématérialisation de la communication s’accompagne du fantasme de l’immédiateté de la communication par l’art : pourrait-on se débarrasser définitivement de l’œuvre d’art matérielle, de l’objet, pour communiquer directement la pensée ? Au XVIe siècle, déjà, Léonard de Vinci prônait l’œuvre comme « cosa mentale », et la supériorité du projet sur l’objet. Le XXe va reprendre cette notion de manière littérale, jusqu’à l’art conceptuel qui affirme qu’une œuvre, dès lors qu’elle est pensée, existe.

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John Baldessari, Cigar Smoke to Match Clouds that are Different (By Sight – Side View), 1972-1973 © Courtesy l’artiste et Marian Goodman Gallery.

Vertigineux champ de recherches, que l’exposition fait débuter par une confrontation spectaculaire entre un bronze du Penseur de Rodin, et une œuvre de Nam June Paik de 1978, TV Rodin, qui installe la figure réfléchissante face à sa propre image, dans un circuit fermé de la pensée. Du sujet pensant émane l’aura, qui semble irradier des sujets que peignent autour de 1900 Odilon Redon, Egon Schiele et Max Oppenheimer, ou encore des corps immatériels de František Kupka.

Si on retrouve avec joie les grands noms de la modernité comme Kandinsky, dont La Tache rouge, provenant du musée national d’Art moderne, irradie dans une salle somptueuse, c’est aussi pour le commissaire de l’expo l’occasion de faire surgir de l’histoire de l’art des presque inconnus, comme la Néerlandaise Jacoba van Heemskerck ou l’Allemand Wilhelm Morgner. L’abstraction prend chez eux un tout nouveau sens, où le but de l’artiste n’est pas l’absence de représentation, mais au contraire la représentation d’une réalité bien réelle mais non-visible. Il s’agit alors plutôt pour Kandinsky ou Kupka d’étendre le champ de la visibilité, et non pas de dissoudre le réel dans une abstraction décorative. On retrouve là la réflexion menée alors depuis déjà plusieurs décennies sur la musique pure, permettant de conduire l’émotion de manière directe.

Plus tard, la surréalisme reste obsédé par la question : Miró capture les contours de la pensée, la bande à Breton pratique le cadavre exquis, qui réclame une certaine communauté d’esprits, mais aussi le « dessin communiqué » entre participants dessinant à distance le même objet.

Art fumeux

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Haus-Rucker-Co, Mind Expander 1, 1967, Paris, Centre Pompidou. Photo : Georges Meguerditchian.

Après-guerre, la télépathie prend un coup de vieux et dans les années 1960, John Baldessari comparant ses ronds de fumée à des nuages, ou Sigmar Polke, entrant en communication avec William Blake, démystifient les capacités télépathiques de l’artiste. La science-fiction a fait son entrée dans le jeu de l’art, et c’est plutôt du côté des architectes qu’on trouve des idées originales comme celle de cerveau collectif ou de cabine cybernétique. Ainsi avec l’étrange bulbe de « surperception » du groupe autrichien Haus-Rucker-Co baptisé Mind Expander, qui malgré tout le sérieux scientifique dont il se pare, évoque plutôt l’esthétique des nanars SF des 70’s.

Mais pour expérimenter la télépathie, rien de mieux que de tenter soi-même l’expérience, comme le propose en fin d’expo Fabrice Hyber dans sa grande installation, Télétest. Des cabines nous attendent pour tester nos dons, sorte de peep show spirite, à défaut d’être spirituel.

COSA MENTALE. ART ET TÉLÉPATHIE AU XXÈME SIÈCLE

28/10/2015 > 28/03/2016

Centre Pompidou-Metz

METZ

En 1968, le collectif autrichien Haus-Rucker-Co conçoit le Mind Expander sous la forme d’une capsule immersive propulsant le spectateur d...

Exposition terminée
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