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Art et architecture : un mélange savoureux au Pavillon de l’Arsenal

Jéremy Billault 7 janvier 2016

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Jusqu’au 17 janvier, le Pavillon de l’Arsenal laisse s’exprimer 56 artistes autour de ses thèmes de prédilection : l’urbanisme et l’architecture. Dan Graham, JR ou encore Anish Kapoor, tous sont présents à travers une oeuvre aux formes évocatrices ou en relation directe avec immeubles ou bâtiments. Esthétique et intelligent.

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© Pavillon de l’Arsenal

Pour la première fois, au Pavillon de l’Arsenal, on trouve de l’art contemporain. Beaucoup. Sur l’ensemble des espaces d’expositions d’un endroit qui est plus habitué à parler d’urbanisme, 56 artistes ont été invités à présenter leurs œuvres pour mettre au clair une relation qu’on soupçonne et qu’on devine : l’aspect artistique de l’architecture. Recréation, inspiration, réinterprétation, chaque oeuvre d’art porte en elle son propre rayonnement architectural, quel que soit sa forme (sculpture, peinture, installation, vidéo).

Dans l’espace vaste du Pavillon, cela se traduit par une expérience originale, un parcours dans lequel les étapes ne sont pas directement liée mais ont en commun leur architecturalité : on déambule, on traverse, on survole, le tout dans l’ambiance sonore métallique créée par une sorte d’échafaudage animé. Cette oeuvre, qui attire l’œil autant qu’elle occupe l’oreille, porte le nom intriguant de « maison du fada » est signée Alexandre Périgot et se dresse élégamment devant la grande vitre du Pavillon de façon à surplomber l’ensemble de l’exposition. Composée d’une structure de métal motorisée dont une rangée sur deux tourne, l’installation a l’air de danser, à travers un effet d’optique qui varie en fonction de la position du regard. En face d’elle, une grande série de portrait. On reconnait Hugh Laurie (Dr House), Brad Pitt dans Fight Club, Jack Nicholson dans Shining et beaucoup d’autres dont la particularité commune est claire : ce sont des fadas. Au gré du mouvement de l’oeuvre, tel ou tel visage apparaît dans l’un de ses espaces, son regard parfois perdu, parfois habité, toujours un peu fou. Pour comprendre ou l’artiste veut en venir, il faut préciser que cette maison du fada est inspirée de la cité radieuse du Corbusier dont quelques psychiatres ont estimé qu’elle pourrait rendre fous ceux qui y habitent. Et là tout fait sens, le mouvement nauséeux et psychédélique de la grande structure métallique et les visages qui apparaissent et disparaissent en partageant la folie qu’elle leur inflige en permanence.

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Alexandre Périgot, La maison du fada © Pavillon de l’Arsenal

On y est, donc, totalement. Des photos devant une structure, une structure devant nous, des effets d’optique, de forme de mouvement, l’architecture agit, et se pense. Dans une autre mesure, l’oeuvre d’Anish Kapoor (encore lui), surprend, elle aussi. Incroyablement esthétique, l’oeuvre est une petite sculpture miroir, dont la forme épurée évoque clairement les tentatives de l’architecture contemporaine. A son échelle, la sculpture déforme et reforme la réalité, on se regarde, on se voit sans tête, on admire l’espace différemment.

Mais, autre subtilité de l’expo, l’art marque sa présence avec d’autres formes, plus éloignées des considérations physiques de l’architecture, plus proches de ce qu’elle peut avoir d’esthétique, tout au long de son existence. A l’état de ruines, un immeuble devient un support remarquable sur lequel JR, l’artiste de rue, colle des portraits poignants. Alors que les immeubles allaient être rasés, JR, à qui on avait refusé l’accès, s’introduit avec un groupe de collaborateurs dans l’immeuble et colle ici et là ses portraits. La beauté de la chose se produit le lendemain : au fur et à mesure de la destruction, à chaque coup de grue, les portraits surgissent, des yeux se dévoilent. L’idée brillante donnera une série de photos dont l’une est présentée ici. L’ensemble des œuvres présentées, s’il est éclectique, reste égal en terme de qualité et parvient à présenter une réflexion aboutie sur la manière dont l’art peut se servir et saisir de l’architecture, de la ville et de la forme, dans une toute autre dimension.

 

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