Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

« Charlie Hebdo » : après l’hommage, que doit faire la culture face à l’Histoire ?

Jéremy Billault 6 janvier 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Le 7 janvier 2015, la rédaction de Charlie Hebdo était la victime d’une attaque sans précédent. En janvier 2016, Paris, la France et le monde débattent encore au sujet des hommages et des commémorations, sur la forme comme sur le fond. Se pose alors la question essentielle de la réaction, à long terme, de la culture qui, plus que jamais, doit transmettre aux générations futures un véritable moment d’Histoire.

charlie

Place de la République © Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images.

Un an après les attentats qui ont touché la rédaction de Charlie Hebdo, les hommages se bousculent et se cherchent encore. Entre le WolinskY d’une plaque commémorative devenue célèbre, l’intervention (qui s’annonce émouvante) d’un Johnny Hallyday plus ou moins dans l’esprit, et la décroissance du nombre de « Charlies » proportionnelle à la parution de nouveaux numéros du journal satirique (« parce que cette fois-ci ils vont trop loin »…), difficile de trouver une place pour s’émouvoir correctement. Face à des artistes, face à ce qu’ils représentent, face à un état d’esprit, les plaques et les chansons ne suffisent pas, l’hommage ne peut pas se permettre d’être insignifiant.

C’est ici que la culture intervient : pendant l’année 2015, quelques expositions s’improvisent et s’installent, couronnées par l’hommage de la BnF (dont la sélection comprend aussi des dessins professionnels et amateurs créés en réaction au 7 janvier). Mais les différentes manifestations vont parfois jusqu’à s’écharper : on rend hommage tantôt aux artistes, aux hommes, à la presse, à la liberté d’expression, à la France, certains pleurent, d’autre préfèrent rire.

Reste à savoir ce que sauvera la postérité. Sans aucun doute, on est dans l’Histoire avec un grand H et cette Histoire, ce drame inimaginable, il faudra le représenter, à long terme. Alors qu’on parle de la création d’un « café du 11 janvier » place de la République (on préfère célébrer l’engouement plutôt que le drame), plusieurs projets font surface.

Charlie va voyager

Parmi ceux-là, le projet un peu flou de Bee Breeders, une organisation basée à Hong-Kong, spécialisée dans les concours d’architecture et qui « se concentre sur des idées progressistes ». Intitulé « le pavillon itinérant de Charlie Hebdo », le projet compte exposer les travaux du journal à travers le monde via un musée mobile créé par le gagnant d’un appel à candidature. « Si le pavillon est créé pour être temporaire, les candidatures seront jugées sur leur capacité à laisser une empreinte sociale et politique durable », déclare l’une des responsables de Bee Breeders.

A l’heure qu’il est le projet reste une initiative isolée, l’organisation n’est pas (encore) en contact avec la rédaction de Charlie Hebdo, mais cette idée pourrait en donner d’autres et conduire à quelque chose de permanent, d’objectif, d’officiel mais incroyablement désinvolte. Difficile d’en imaginer la forme sans pourtant ignorer la nécessité : un musée, ou du moins un espace dans lequel on peut déambuler, aller, venir, revenir, plus qu’une simple plaque commémorative. Il faut de l’immersion pour ne pas oublier un seul des éléments de cette période trouble.

2.17.2.2

Affiche de l’appel à projet « Charlie Hebdo Portable Pavilion » © BeeBreeders.

Une expo à Carnavalet ?

Cette idée, la Mairie de Paris a commencé à la mettre en place, plus tard, après les attentats du 13 novembre. Pendant plusieurs semaines, des agents ont soigneusement récolté le plus grand nombre possible de réactions spontanées venues d’un peu partout : des drapeaux, des messages, des dessins, des lettres qui, reproduites, exposées ou numérisées, devront accomplir la lourde tâche de transmettre l’effroi et l’émotion d’un moment d’Histoire aux générations futures.

Comme l’a envisagé Bruno Julliard (premier adjoint à la Maire de Paris) au moment de récolter et sécher les morceaux de l’Hommage, l’ensemble « pourrait être exposée au musée Carnavalet (musée consacré à l’histoire de Paris ). Ces attentats font désormais partie de notre histoire commune ». Reste à savoir quelle place on lui donnera ensuite.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE