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Delacroix et l’Antique : entre héritage et émancipation

Agathe Lautréamont 4 janvier 2016

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Niché dans le VIe arrondissement, derrière l’ombre imposante de l’église Saint-Germain-des-Prés dont il avait été chargé de décorer la chapelle, Delacroix a aménagé un atelier d’artiste intimiste, fonctionnel et lumineux. Devenu musée national, l’espace accueille jusqu’au 7 mars une courte mais belle exposition qui jette une lumière bienvenue sur les liens étroits entre le peintre et l’antique.

Étude d'homme nu (Le Polonais) © RMN - Grand Palais

Eugène Delacroix, Étude d’homme nu (Le Polonais) © RMN – Grand Palais

Une découverte esthétique

Pour monter cette exposition, il aura fallu au Musée Delacroix tout le concours du département des antiquités étrusques, romaines et grecques du Louvre. Grâce à des prêts d’œuvres exceptionnelles, bien que généralement de formats réduits, le parcours proposé par l’institution du VIe arrondissement de Paris permet de lever un coin de voile sur le rapport passionné et comme envoûté que le maître du Romantisme en peinture entretenait avec la période de l’Antiquité.

Jeune homme, l’artiste eut l’occasion de visiter le musée du Louvre, mais aussi le très influent British Museum, se nourrissant des marbres épurés qui ornaient leurs galeries, et recevant un véritable choc esthétique lorsqu’il contempla pour la première fois les frises du Parthénon exposées en bonne place dans l’institution londonienne.

Par la suite, Delacroix focalisa une part de son attention artistique sur la numismatique. S’intéressant aux médailles et aux gravures représentant ces dernières, il trouva dans ces petites pièces une source d’inspiration intarissable ainsi qu’un formateur exercice de style. Reproduisant dans ses carnets un vaste répertoire de modèles, son imaginaire et son talent s’en trouvèrent aiguillonnés.

Étude de torse d'après l'antique © RMN - Grand Palais

Eugène Delacroix, Étude de torse d’après l’antique © RMN – Grand Palais

Sublimer l’anatomie

La seconde étape de l’exposition du Musée Delacroix s’attarde d’ailleurs sur cette étape formatrice du peintre, le parcours insistant sur l’importance formatrice des médailles, qui le guidèrent ensuite vers un intérêt grandissant pour le corps tel que l’Antiquité l’idéalisait ; mais ce goût immodéré n’empêcha cependant pas le peintre de s’affranchir de cette influence pour mieux développer son propre style.

Idée directrice de l’accrochage du musée : le corps, et sa représentation. Grâce à une exposition riche où l’on croise aussi bien des œuvres de Delacroix, bien sûr, mais également des travaux signés Jean-Baptiste Louis Gros ou Théodore Géricault, le visiteur prend la mesure des nombreuses inspirations du peintre romantique.

S’il rend bien sûr hommage aux maîtres antiques et à leur penchant tout naturel pour la représentation de sujets issus de la  mythologie grecque et latine, ses études démontrent pourtant qu’il admirait ce travail, mais jamais sans se départir de son œil critique et de sa touche personnelle. Dans ses œuvres, telle son Étude d’homme nu, dite aussi Le Polonais, Delacroix se jette à corps perdu dans une tâche ardue, une pratique complexe mais qui encourage sa créativité. Il voit les antiques comme un véritable défi du respect de l’anatomie, qui se trouve sublimée.

Feuille de 6 médailles antiques © RMN - Grand Palais

Eugène Delacroix, Feuille de six médailles antiques © RMN – Grand Palais

L’imagination reprend le dessus

Un défi dont il se détache néanmoins, ne se laissant pas aller à la simple imitation des maîtres des temps anciens qui n’aimaient rien de plus qu’exagérer la musculature et forcer un peu sur l’idéalisation des traits du visage. Dans ses propres nus, Eugène Delacroix représente bien sûr des corps avec un soin inégalé du détail, mais ne dénature par ses modèles en en faisant des parangons d’un certain idéal esthétique.

Dans la représentation des visages et des expressions faciales, il entérine la personnalité de ses sujets, leurs émotions au moment de poser ; en somme, il les dote d’une âme, là où les marbres grecs peuvent paraître figés dans leur perfection qui ne tolère aucune incorrection.

Ainsi, Eugène Delacroix appréciait dans l’Antique ce rejet constant des facilités artistiques, tandis que les créateurs de cette période prônaient un constant dépassement de soi dans l’exécution des œuvres. Sachant imiter sans être imitateur, puiser ce qui allait servir sa palette sans tomber dans le pastiche, Delacroix honore son rang de pourfendeur des règles strictes de l’Académie, de révolutionnaire qui n’hésitait pas à écorner Jacques-Louis David dont il disait de la pratique que « l’épiderme manque partout ». Son art, c’est celui où l’influence de l’antique est notable, mais dotée d’une dimension charnelle, plus humaine, où l’imagination reprend ses droits.

DELACROIX ET L’ANTIQUE

09/12/2015 > 07/03/2016

Musée national Eugène Delacroix

PARIS

Delacroix s’installa rue de Furstenberg en 1857 ; il eut la possibilité d’y faire construire un atelier de belles dimensions. Il choisi...

Exposition terminée
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