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Syrie : Daesh gagnera-t-il vraiment la guerre du patrimoine ?

Jéremy Billault 30 décembre 2015

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En 2015, l’Etat Islamique a accéléré de façon significative les destructions de sites archéologiques situés en Irak et en Syrie. Temples, statues, monuments, nombreux sont les trésors du patrimoine local à avoir été réduits à néants. Parmi les nombreuses démarches entreprises dans le monde entier pour lutter contre le trafic et la destruction, une idée portera ses fruits en 2016 : la reconstitution à taille réelle des structures détruites et leur diffusion dans le monde entier. Entre hommage et conservation à long terme, cette solution pourrait, si elle est bien réalisée, devenir un véritable avantage dans la lutte contre l’Etat Islamique. 

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Le temple de Baalshamin, détruit par l’Etat Islamique © Manuel Cohen / AFP

Elle a disparu à Palmyre, elle réapparaîtra à Londres et à New York aux yeux du monde entier. En Irak comme en Syrie, l’Etat Islamique s’attaque avec de plus en plus de véhémence au patrimoine local, aux temples, monuments et statues antiques, détruisant tout sur son passage sans laisser la moindre chance de restauration aux archéologues sur place. La deuxième moitié de l’année 2015 a été particulièrement intense à ce niveau : à Palmyre, cité antique, « perle du désert » classée au patrimoine mondial de l’Unesco deux immenses temples, plusieurs statues (dont celle d’un lion emblématique) et plusieurs monuments (des arches, des portes et un sublime arc de triomphe) ont été réduit en poussière à grands coups d’explosifs.

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Le Lion de Palmyre © Marco Paolo Giuliano

Face à ces atrocités archéologiques, plusieurs réactions et le début d’une solution commune : la reconstitution par la technologie. Si de son côté le British Museum s’apprête à former les archéologues irakiens sur le terrain (pour que tout ce qui est possible à restauré le soit rapidement), Fleur Pellerin, le musée du Louvre et l’Institut pour l’archéologie numérique accueilli par les universités d’Oxford (Royaume-Uni) et de Harvard (Etats-Unis) font confiance à la technologie et à la reconstitution d’un patrimoine disparu. Et les résultats, satisfaisants ou non, se présenteront dès 2016.

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La Grande Colonnade sur le site de Palmyre en Syrie © BGag

Détruit en août dernier, le temple de Baal sera l’objet de la première tentative de reconstitution grandeur nature grâce à une imprimante 3D. Si le temple ne sera pas immédiatement reconstitué dans son intégralité, c’est malgré tout sa grande arche qu’il sera possible d’admirer sous forme de copies (conforme ou pas) dans le cadre d’un événement consacré à la sauvegarde du patrimoine mondial.

Deux exemplaires seront installés au cours de l’année 2016 là où beaucoup pourront les voir : la première sera à Trafalgar Square, à Londres, la seconde à Times Square, l’une des attractions touristiques les plus visitées au monde avec près de 50 millions de visiteurs par an (classement du magazine américain  Travel + Leisure). Comme l’a indiqué à l’AFP Alexy Karenowska, directrice technique de l’Institut pour l’archéologie numérique, d’autres reconstitutions, à plus petite échelle, seront exposées aux quatre coins de la planète.

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Le temple de Baal à Palmyre ©Wikimedia Commons

Initialement et au vue des méthodes utilisées, Daesh n’avait qu’un seul but : anéantir. Littéralement. Au-delà de l’émotion internationale provoquée par ces actes barbares, les explosions massives sont la marque d’une volonté purement destructrice : plus qu’endommager, il faut faire disparaître. D’un côté on détourne ce qui peut l’être (et la Syrie n’a pas que des alliés sur le plan international pour lutter contre ce trafic), de l’autre, on détruit les symboles, on détruit la fierté d’une région dont la richesse culturelle s’est imposée pendant plusieurs milliers d’années.

C’est là qu’intervient le côté positif des reconstitutions 3D. Moins d’un an après sa destruction, l’arche du temple de Baal resurgit, virtuellement certes, et rayonne à travers le monde entier. Avant l’arrivée de l’Etat Islamique, 150 000 visiteurs arpentaient les ruines bien conservées de la cité antique de Palmyre. En 2016, ils seront plusieurs dizaines de millions à lui rendre hommage et à en apprécier les moindres détails, en face à face avec ce qui ne cesse d’être détruit. Pas de date précise en ce qui concerne ce grand mouvement de soutien à un patrimoine devenu universel mais, si les reconstitutions sont convaincantes, la démarche pourrait ne plus se réduire à une simple façon de limiter la casse.

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