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Censure : quand Nikon tente d’annuler une expo sur les « femmes de réconfort »

Agathe Lautréamont 30 décembre 2015

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Quand bien même le Japon et la Corée du Sud sont parvenus à un accord historique dédommageant les « femmes de réconfort », ces esclaves sexuelles livrées par le Japon à son armée, le sujet semble encore tabou, au point que la marque Nikon tenta de censurer une exposition photo à ce sujet.

Une victime tenant un permis de résidence qui lui fut délivré au moment de son placement dans une maison close © Ahn Sehong 2

Une victime tenant le document qui lui fut remis lors de son internement dans une maison close © Ahn Sehong

Étrange euphémisme que celui de « femmes de réconfort » utilisé par le Japon, lorsque l’on sait qu’il désigne les victimes, pour beaucoup mineures, d’un système de prostitution de masse organisé par l’archipel nippon afin de livrer en pâture à son armée des esclaves sexuelles coréennes, chinoise ou indonésiennes.

Le photographe et photoreporter coréen Ahn Sehong, qui centre depuis deux décennies son travail sur les questions de société asiatiques, avait réservé un espace du Salon Nikon de Tokyo afin de monter une exposition de trente-sept de ses photographies de femmes de réconfort encore en vie, pour la plupart aujourd’hui octogénaires et nonagénaires.

Un travail en noir et blanc, émouvant et à fleur de peau, où l’on voyait ces dames, ici pour la plupart chinoises, dans leur quotidien et témoignant à l’aide de documents d’époque de leur passé d’esclaves sexuelles à la botte des soldats japonais de la Seconde Guerre Mondiale.

© Ahn Sehong

© Ahn Sehong

Ahn Sehong commença ce reportage en 2001, et le poursuivit pendant onze ans. Plus d’une décennie donc, pour aller à la rencontre de ces femmes âgées, visitant de petits villages retirés dans la campagne chinoise, écoutant leur terrible histoire d’esclaves forcées d’avoir des rapports sexuels avec les soldats, et les prenant en photo tandis qu’elles évoquent pour lui ces effroyables souvenirs.

Ce ne fut pas toujours tâche aisée, la plupart étant, tant d’années après, toujours terriblement honteuses de cet épouvantable passé. Mais à force de patience, d’humilité et de discrétion, le photographe parvint toujours à gagner leur confiance. Sa nationalité coréenne aida peut-être aussi. Son travail, espère-t-il, fera peut-être que la honte changera de camp.

Lorsqu’ils entendirent parler de ce projet d’exposition via un article paru dans la presse, de nombreux japonais se plaignirent auprès de Nikon, arguant que le sujet était bien trop sensible pour être présenté de la sorte, dans un grand salon international. Ni une, ni deux, le fabricant d’optiques et d’appareils photographiques japonais annula l’exposition, se pliant aux demandes des plaignants ; mais en fondant officiellement sa décision sur des « raisons de sécurité ».

© Ahn Sehong 4

© Ahn Sehong

Révulsé par ce qui n’est ni plus ni moins qu’un acte de censure de la part de la marque japonaise Nikon, dans un pays où la question des « femmes de réconfort » est encore terriblement taboue, Ahn Sehong décida de porter l’affaire devant les tribunaux. Et il gagna son procès. La Cour Pénale du district de Tokyo ordonna en effet à l’entreprise Nikon de verser 1,1 million de yen (environ 8300 euros) au photographe en guise de dédommagement pour son exposition annulée.

En effet, la cour estima que l’argument de Nikon, comme quoi le salon n’avait pas pour but d’accueillir des sujets politiques, n’était pas recevable. L’accrochage pourra donc avoir lieu, tandis que le reporter coréen s’est félicité de cette affaire, qui aura permis de mettre en lumière son émouvant travail sur ces anciennes esclaves sexuelles. Il salua également la justice nippone qui prit une décision ferme contre cette tentative de musellement de la liberté d’expression.

Différents chercheurs (coréen, chinois, japonais) ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le nombre précis de jeunes (voire très jeunes) femmes qui furent ainsi réduites en esclavage durant la Seconde Guerre Mondiale. Les chiffres varient entre 200 000 et 410 000 victimes, dont la majorité était des coréennes. Le 28 décembre, un accord historique est conclu entre la Corée du Sud et le Japon, stipulant qu’un montant d’un milliard de yens (environ 7,5 millions d’euros) sera versé aux femmes de réconfort. Le Premier Ministre japonais, Shinzo Abe, a exprimé aux victimes ses « excuses et son repentir, du plus profond de son cœur ». Quarante-trois femmes de réconfort sont encore en vie aujourd’hui.

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