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« Villa Flora » à Marmottan : Bonnard, Van Gogh et Manet sous la loupe

Agathe Lautréamont 29 décembre 2015

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Si les noms d’Hedy et Arthur Hahnloser se sont un peu perdus dans les inextricables méandres de l’Histoire, leur goût immodéré pour l’art de leur époque est passé à la postérité ; tout comme leur riche collection allant de Redon à Van Gogh en passant par Pierre Bonnard. Aperçu en trois toiles de l’exposition-hommage Villa Flora au musée Marmottan-Monet, reflet de l’amour d’un couple pour les couleurs et pour les artistes impressionnistes, symbolistes et coloristes.

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Pierre Bonnard, Effet de glace, 1909 © Hahnloser – Jaeggli Stiftung

Pierre Bonnard, Effet de glace (ou Le Tub)

Par une construction très originale qui place le spectateur depuis un point de vue auquel il n’est pas habitué, cette toile de Pierre Bonnard semble un tableau dans un tableau, une construction à tiroirs où la représentation partielle d’un pan de mur incliné permet de faire se détacher le reflet dans un miroir d’un intérieur intime.

Inversion et retournements brouillent les repères du spectateur, qui se sent soudainement un peu voyeur, face à cette jeune femme nue s’apprêtant à faire sa toilette. Bonnard se montre de fait doublement malicieux, non seulement en surprenant une dame dans le plus simple appareil, mais en nous proposant à notre tour de l’apercevoir grâce à cet habile jeu de reflet.

Atmosphère joyeux et estival, espace baigné de lumière, rien n’est abandonné au secret jaloux de l’ombre dans cette œuvre de l’artiste postimpressionniste. Et surtout pas le corps de la jeune femme, qui se révèle subtilement alors qu’elle semble en train de se relever. Le visage légèrement tourné vers le miroir semble nous indiquer que la mystérieuse inconnue paraît nous avoir vus, nous tous, en train de l’admirer. Se joue-t-elle également de cette intrusion dans son moment intime, ou est-ce une invitation au visiteur à s’approcher davantage de la toile afin de mieux en comprendre la structure, faisant songer à une intéressante mise en abyme ?

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Vincent Van Gogh, Le Semeur, 1888 © Hahnloser – Jaeggli Stiftung

Vincent Van Gogh, Le Semeur

On ne présente plus l’inclassable et novateur artiste néerlandais qui termina sa vie à Auvers-sur-Oise. Dans le cas de l’œuvre exposée dans le parcours de l’exposition Villa Flora, c’est une toile réalisée dans le sud de la France qui occupe notre attention. Élément central de la toile, qui en occupe la quasi-totalité, le sol aride, rocailleux et couleur de soleil du sol septentrional.

Parmi les sillons creusés péniblement par la charrue, un paysan anonyme, dont nous ne connaîtrons jamais les traits, se livre à un travail de semailles, son sachet de graines porté en bandoulière conte son torse. Il tourne ostensiblement le dos à la beauté du paysage que l’on devine au loin, pour se concentrer sur son travail sous un soleil de plomb.

Van Gogh semble fasciné par ce personnage, qu’il esquisse pourtant à peine, représentation très symbolique de la vie des petites gens des régions du Sud. C’est à cette époque que le peintre hollandais centre ses représentations sur les vastes champs des environs d’Arles, s’attardant sur les champs de tournesols, les grands espaces couverts de blé doré, et la période des moissons. La sècheresse du sol, si peu avenante, se trouve ici sublimée par les touches épaisses et les liserés colorés du pinceau du maître.

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Édouard Manet, Amazone, 1883 © Hahnloser – Jaeggli Stiftung

Édouard Manet, Amazone

Qui est-elle, cette fière dame, aussi roide que la Justice, posant dans un bel habit noir de cavalière ? Dans cette simple esquisse préparatoire, c’est ce léger sentiment d’inachevé qui confère tout le charme et l’originalité à cette représentation d’Édouard Manet, l’une des dernières exécutées par le peintre vieillissant (réalisée en 1883, il devait décéder la même année).

La taille magnifiquement corsetée laissant deviner une fine silhouette, cette dame chapeauté et gantée en impose par sa prestance et son charisme ; un sentiment qui se trouve d’autant plus renforcé lorsque l’on note la présence d’une cravache fermement tenue dans la main droite. L’identité du modèle demeure mystérieuse, même si le nom d’Henriette Chabot, fille d’un libraire grand ami de l’artiste impressionniste, fut soufflé un temps.

Mais est-ce là l’important ? Non, semble nous dire Manet. En choisissant de charger le moins possible la composition, en n’optant que pour un décor très succinct constitué d’une discrète balustrade de bois agrémentée de quelques touches de verdure, l’artiste nous invite à nous focaliser sur la noble femme qui se dresse face à nous, et nous regarde droit dans les yeux. Elle nous invite à la considérer comme une personne fière, à l’aise dans son costume contraignant qui la dote d’une prestance indéniable et tranche radicalement avec les traditionnelles toilettes toutes de falbalas et dentelles, à la mode à la fin du XIXe siècle.

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