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Pompéi : état des lieux, entre riches restaurations et gestion catastrophique

Agathe Lautréamont 28 décembre 2015

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En fin de semaine dernière, six villas romaines magnifiquement restaurées ouvraient leurs portes aux visiteurs se pressant dans les ruines de Pompéi, dévastée par l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. Une ouverture dont Matteo Renzi, chef du gouvernement italien, s’est félicité, mais qui dissimule l’état catastrophique du site archéologique.

L’Italie mise sur Pompéi comme vitrine touristique, mais…

Une domus récemment ouverte au public à Pompéi © Mario Laporta – AFP.

Savamment restaurées depuis plusieurs mois, des domus (ces villas romaines urbaines, souvent luxueuses et habitées par les classes aisées) de Pompéi sont désormais ouvertes au public. Amphores, fresques et mosaïques admirablement conservées grâce aux cendres du volcan furieux sont aujourd’hui visibles de tous, permettant aux touristes de réaliser la richesse de certains dignitaires romains qui s’étaient établis au premier siècle de notre ère dans cette cité de l’Italie méridionale, tandis que les couleurs qui ornaient les murs de ces riches villas (bleu profond, rouge brique) ont été ravivées.

Une ouverture nouvelle dont s’est amplement félicité le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, qui sous les copieux applaudissements du public, a déclaré que l’Italie en avait enfin terminé avec « les choses faites à moitié ». Promettant des promenades émouvantes et époustouflantes, le président du Conseil des Ministres entend faire du très célèbre site archéologique une vitrine.

Alors que l’Italie mise sur la culture en réponse à la menace terroriste, Renzi espère-t-il redorer le blason du deuxième site touristique d’Italie (derrière le Colisée de Rome) qui attire chaque année 2,7 millions de visiteurs, en cherchant à faire oublier les déboires dont il est victime depuis plusieurs années ? Effondrements à répétition, glissements de terrain et pillage mafieux font en effet les choux gras de la presse italienne depuis 2010.

Les restaurations font plus de mal que de bien

domus 2

Une autre domus restaurée, Pompéi © Mario Laporta – AFP

L’alerte est donnée en 2010, lorsque la Schola Juventutis, une grande bâtisse dont les fresques peintes dataient de 62-70 de notre ère, s’effondre. Cette catastrophe archéologique permet de mettre en lumière les sérieux doutes quant à la qualité du travail de restauration des autorités italiennes sur le site de Pompéi ; ces dernières ayant en effet utilisé des matériaux comme le béton pour renforcer certaines villas, qui s’effondrent au bout du compte sous cette nouvelle charge bien trop lourde.

En réaction à cet effondrement, l’UNESCO a envoyé un groupe d’experts chargé de vérifier l’état réel du délabrement de la ville romaine. Malgré cette initiative, un autre effondrement a lieu en 2011 : une partie du mur d’enceinte, suite à une période d’intempéries.

Comme il semble à chaque fois qu’une catastrophe survienne pour que les autorités daignent réagir, un programme est lancé en 2013 en vue de créer un système de drainage des eaux pluviales pour préserver les ruines des ravages de l’humidité. Coût : 105 millions d’euros dont 42 versés par l’Union Européenne.

La mafia se sert dans les crédits de restauration

mur d'enceinte effondré

Le mur d’enceinte effondré, Pompéi © DR

Comme si les éboulements et les 2,7 millions de touristes par an ne suffisaient pas, la Camorra, organisation mafieuse et criminelle napolitaine tristement célèbre, est accusée d’avoir fait main basse sur une partie des fonds alloués pour la préservation du site de Pompéi.

La mafia aurait de fait tout intérêt à voir la ville antique continuer de se dégrader, afin de profiter des financements publics. C’est ainsi que l’ancien directeur du site, Marcello Fiori (nommé à l’époque par Silvio Berlusconi), fut arrêté après avoir été accusé d’avoir détourné de l’argent qui devait servir à la restauration de l’amphithéâtre de la cité figée dans la cendre.

Par ailleurs, la presse italienne s’est également faite le relais d’un devis de restauration dont le montant initial était de 500 000 euros, qui se serait transformé subitement en cinq millions d’euros. Une surfacturation dont les bénéfices iraient évidemment directement dans la poche de la tentaculaire Camorra.

Le gouvernement réagit un peu tard

villa vettii péristyle

La villa Vettii et son vaste péristyle, Pompéi © Wikimedia Commons

On pourra également pointer du doigt une autre raison, évidente, qui est celle de la crise économique frappant de plein fouet l’Italie à la fin des années 2000, et dont elle peine à se relever encore aujourd’hui.

Le pays qui se targue de posséder la moitié du patrimoine mondial de l’Humanité se désengage pourtant sensiblement depuis une demi-décennie de ce sujet, n’allouant presque plus de fonds pour la préservation de son patrimoine et de ses institutions culturelles.

Et Pompéi est un exemple flagrant de cette démission gouvernementale. Là où Matteo Renzi présentait en grande pompe six domus restaurées, le public n’est pas invité à voir les chiens errants, les fouilles clandestines, les pillages, et les 9 éboulements sur 10 qui ne sont jamais déclarés…

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