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Ellsworth Kelly est mort (et pourquoi l’art minimal, ça n’est pas si simple que cela)

Magali Lesauvage 28 décembre 2015

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Le grand artiste américain Ellsworth Kelly est mort ce dimanche à l’âge de 92 ans. Auteur d’un œuvre peint intransigeant, il était l’un des pères de l’art minimal, auteur de grandes toiles composées de blocs colorés. Simple, voire simpliste l’art minimal ? Loin de là…

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Ellsworth Kelly, Spectrum, 1969.

On peut voir l’une de ses œuvres installée de manière permanente dans l’auditorium de la Fondation Vuitton, inaugurée fin 2014 à Paris. Ellsworth Kelly était l’un des artistes vivants les plus révérés, honoré par Barack Obama lui-même, une living legend de l’art abstrait américain, et plus précisément de l’art minimal.

Mais au fait, l’art minimal (celui de Kelly et ses pairs Sol LeWitt ou Frank Stella), c’est quoi ? Certains diront qu’il est aisé de juxtaposer des plages de couleurs, de les soumettre à de grands formats et d’installer le tout dans l’espace immaculé du white cube des musées d’art moderne pour obtenir un maximum d’effet. Simple, voire simpliste, l’art minimal ? Pas si sûr.

Partir du quotidien

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Ellsworth Kelly, Grape Leaves II, 1974.

Tout art abstrait part du réel. Facile à dire, mais pas si facile à démontrer. Si Kandinsky lui-même partait de sensations et de visions spirituelles qu’il « lâchait » sur la toile, Ellsworth Kelly s’inspire notamment à ses débuts de la peinture de camouflage militaire grâce à laquelle il fait ses classes d’artiste abstrait pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais le peintre regarde aussi du côté du dessin automatique des surréalistes pour faire émerger à la surface des formes enfouies dans l’inconscient.

Tout ce qui l’entoure l’inspire : les reflets de l’eau, les formes des villes qu’il arpente, les corps. « Je ne voulais pas composer des tableaux, déclare-t-il rétrospectivement. Je voulais les trouver. Mon idée était de choisir des objets dans le monde et de les présenter. La recherche de la perception était le plus important ». Pour autant, ses œuvres ne représentent pas des objets, mais sont « en eux-mêmes des objets, comme perceptions fragmentées des choses ».

Grâce, joie et harmonie

 

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Ellsworth Kelly, Green relief with blue, 2011, courtesy Matthew Marks Gallery, New York.

Exercice : prenez du papier coloré, des ciseaux, et tentez de faire aussi bien que ça. Facile, vous pensez ? Pas tant que cela. Et encore il s’agit là d’une huile sur toile, nécessitant une certaine technique permettant d’atteindre cette perfection abstraite. Grand observateur des oiseaux, de la nature (voir ses merveilleux dessins de plantes), mais aussi (et surtout) des papiers découpés de Matisse ou encore des sculptures de Brancusi, Arp et Calder, Ellsworth Kelly aura consacré une partie de ses recherches à trouver la forme parfaite.

Ici deux plages colorées se juxtaposent, un vert gazon et un bleu piscine (le réel n’est jamais loin, voir plus haut), dans un mouvement qui marie la courbe et l’angle droit. Les formes et les couleurs s’épousent dans une sensation de plénitude dynamique, la courbe du vert rejoignant la ligne droite du bleu. Ainsi le peintre a-t-il l’idée de composer une toile à partir de simples panneaux de couleurs juxtaposés, dans une jouissance simple de la sensation colorée. C’est ce que l’on nomme le hard-edge painting (la « peinture de bordure »). Le style Ellsworth Kelly est né.

Fana d’architecture, Ellsworth Kelly regarde notamment, lors des sept années qu’il passe en France dans l’après-guerre, les églises romanes. C’est cette puissante simplicité de construction que l’on retrouve dans la plupart de ses œuvres : formes nettes et franches, cercle épousant le carré ou rectangles se heurtant. L’abstraction géométrique de l’artiste américain est faite de cette douceur dans le monumental propre à l’architecture romane.

Un art anti-ego

Par son apparente simplicité, sa référence explicite aux objets industriels, son caractère sériel et sa reproductibilité, l’art minimal fait un terrible croche-pattes à l’expressionnisme abstrait qui atteint son apogée dans les années 1950. A rebours d’une pratique qui donne la primauté à la sacro-sainte subjectivité de l’artiste, le minimalisme prône le retrait de l’auteur. Une forme de modestie que l’on retrouve à la même époque en musique chez un ami d’Ellsworth Kelly, le compositeur révolutionnaire John Cage. La beauté dans la simplicité, c’est là la grandeur de l’art minimal.

 

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