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Les artistes du DOC seront-ils expulsés de leur laboratoire créatif ?

Agathe Lautréamont 23 décembre 2015

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Si Paris est bien la capitale de la culture, il est souvent délicat pour les jeunes artistes de se doter d’espaces de création afin d’expérimenter et promouvoir leur travail. Et lorsqu’ils parviennent à trouver d’un tel lieu, ils risquent l’expulsion. Illustration avec le laboratoire d’artistes DOC.

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Les artistes Lauren Coullard, César Chevalier, Justin Meekel et Alicia Zaton © DR

Un laboratoire dynamique

Il y a encore quelques mois, au 26 rue du Docteur Potain dans le XIXe arrondissement de Paris (arrondissement particulièrement créatif, s’il en est) se dressait un ancien lycée désaffecté, bâtisse décrépie où les déchets s’accumulaient au sol, et les tags recouvraient les murs à la peinture écaillée et tachés de moisissure. Si pourtant vous décidez de mettre les pieds aujourd’hui dans le bâtiment, vous trouverez un laboratoire d’artiste propret, entièrement nettoyé et rénové par un groupes de jeunes créateurs de la capitale qui ont trouvé dans ces vieux locaux oubliés de tous un espace où ils pourraient laisser libre cours à leur imagination.

Baptisé DOC, en clin d’œil au nom de la rue, le lieu est loin d’être un squat anarchiste mis sens dessus dessous par des personnes peu soigneuses. En moins de neuf mois, le groupe de quarante-huit artistes à l’origine de ce projet n’a pas ménagé ses efforts pour rendre le lieu confortable et idéal à recevoir leurs créations.

Espace d’expositions, pôles techniques, studio photo, ateliers d’artistes… Ils ont tout rénové de leurs mains, armés seulement de leur patience et de leur courage. Justin Meekel, porte-parole du DOC, défend les efforts considérables fournis par le collectif pour retaper l’ancienne annexe du lycée technique. Des mètres cubes de déchets ont ainsi été évacués scrupuleusement, avant de mettre un coup de propres aux murs, sanitaires et éclairages.

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Le bâtiment avant et après nettoyage par le collectif © DOC

Faire du neuf avec du vieux

L’espace fonctionne aujourd’hui comme une véritable petite école d’art, et revendique un lieu idéal de création et de production de tous types. Très débrouillard, le collectif d’artistes entend bien montrer sa grande créativité dans le cadre d’expositions temporaires, tandis qu’ils se sont organisés seuls pour se doter d’une existence propre, d’une légitimité à investir les lieux.

Des efforts qui ont commencé à payer, puisque le DOC est très connu et soutenu dans le XIXe arrondissement de la capitale. Malheureusement, le conseil général, propriétaire de ce bâtiment de 3000 m², semble en avoir décidé autrement, puisqu’il a saisi le juge des référés, qui a annoncé que les artistes devaient quitter les lieux, puisque d’un point de vue juridique, ils occupent l’espace « sans droits ni titres ».

Ces derniers sont bien sûr écœurés par la nouvelle. L’immeuble est en effet destiné à être racheté par Paris Habitat qui souhaite en fait des logements sociaux doublés d’un équipement sportif. Les créateurs ont donc décidé de faire appel à la nouvelle présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, pour qu’elle décide de maintenir les jeunes gens dans leur laboratoire. Ils estiment en effet avoir parfaitement prouvé leurs bonnes intentions, et leur volonté de prendre soin du bâtiment pour y faire naître un lieu de culture attractif de l’arrondissement parisien.

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Le bâtiment avant et après nettoyage par le collectif © DOC

Épée de Damoclès

La cinquantaine de jeunes artistes ont lancé une pétition, qui a recueilli 2500 signatures en l’espace de deux semaines. Ils sont également soutenus par des élus de l’arrondissement du nord de Paris, le FRAC, des écoles d’art parisiennes ainsi que par les influents Daniel Buren et Pierre Huyghe.

Le commissaire d’expositions et enseignant aux Beaux-Arts de Cergy-Pontoise Guillaume Désanges s’est également rangé aux côtés du groupe d’artistes, dont il défend la créativité et l’initiative, qu’il qualifie d’intelligente et professionnelle. Espérons qu’une décision positive arrivera avant le 26 décembre prochain, date à laquelle les jeunes gens seront déclarés comme expulsables.

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