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Patrimoine contre tennis : retour sur la bataille des serres d’Auteuil

Agathe Lautréamont 21 décembre 2015

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En fin de semaine dernière, le TGI de Paris a ordonné la suspension des travaux débutés par la Fédération Française de Tennis pour l’extension de Roland-Garros sur le jardin des serres d’Auteuil, un énième rebondissement dans une « bataille » qui s’étire sur de longs mois. Retour sur l’affaire.

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Retour en 2010

Si l’on regarde suffisamment loin dans le projecteur, on se rend compte que le bras de fer entre les défenseurs du jardin des serres d’Auteuil et le projet d’extension du complexe de Roland-Garros dure en vérité depuis plusieurs années, 2010 pour être précis. Construites en 1897 par l’architecte Jean-Camille Formigé, les serres représentent un exceptionnel patrimoine naturel dans Paris, accueillant de nombreuses espèces de plantes exotiques ou rares, tandis que l’architecture en elle-même est un magnifique exemple d’armatures en fonte typiques de la fin du XIXe siècle. Le site est classé aux Monuments Historiques depuis 1998.

La première étape date donc de 2010, lorsque le maire de Paris de l’époque, Bertrand Delanoë a choisi de céder le terrain à la FFT qui souhaite étendre le site de Roland Garros afin de conserver sa place dans le tournoi du grand chelem. Et pour ce faire, il lui faut soit empiéter sur le bois de Boulogne (ce qui lui a été refusé), soit sur les serres d’Auteuil. Ce qui place donc les serres chaudes du jardin (qui servent à la culture des plantes les plus fragiles) et les bâtiments techniques (pour le travail des jardiniers préposés à l’entretien de l’espace vert) sur la sellette.

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Patrimoine VS gros sous

Immédiatement, des pétitions se sont mises en place, tandis que de nombreuses associations, alertées par l’héritier direct de Jean-Camille Formigé, sont bien sûr montées au créneau pour dénoncer cette destruction d’un site classé. Pourquoi ? Pour permettre à Roland Garros, un tournoi de tennis qui se tient pendant deux semaines une fois par an, d’augmenter son nombre de cours et de construire de nouveaux gradins. Des personnalités publiques diverses, allant de Nicolas Hulot à Françoise Hardy, y sont allées de leur coup de gueule sur cette décision motivée par l’appât du gain.

Du côté de la politique, on n’est pas en reste non plus, puisque certains membres du parti EELV, comme Cécile Duflot, se sont engagés pour la préservation du lieu, à l’époque en profitant pour pointer au passage quelques mensonges proférés par Bertrand Delanoë afin de soutenir les destructions, comme celui portant sur la date de construction des serres chaudes. Érigées en 1905, l’ancien maire affirmait de son côté qu’elles avaient été construites entre 1980 et 2000, leur ôtant par là toute valeur historique, ce qui adoubait donc leur démolition.

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Une affaire qui s’enlise

S’en sont suivies depuis le début de cette « bataille » d’interminables luttes entre la mairie de Paris, et les actions en justice menées par les associations écologiques et de sauvegarde du patrimoine. En 2012, c’est au tour du Comité Scientifique International pour les Paysages Culturels de l’ICOMOS d’entrer dans l’arène, et de publier un communiqué expliquant que la destruction des serres serait une catastrophe d’un point de vue patrimonial, mais surtout que le projet de reconstruire d’autres serres après l’extension de Roland Garros ne serait qu’un cache-misère, puisque ces nouvelles constructions ne rempliraient pas les conditions nécessaires à la culture de plantes rares et fragiles.

En mars 2013, une première victoire est remportée par les associations, dont la tête de file est la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, une des plus anciennes associations de sauvegarde du patrimoine : le Tribunal administratif de Paris ayant trouvé quatre motifs à l’annulation de la convention passée par la ville de Paris avec la Fédération Française de Tennis.

Cinq mois plus tard, la Mairie de Paris demandait un nouveau permis de construire. Nouveau bras de fer, nouveaux cris poussés par les associations. L’histoire s’enlise, et personne ne semble vouloir céder ne serait-ce qu’un pouce de terrain, au sens propre comme au figuré. Durant l’année 2014, c’est le statu quo, et seule la tenue d’une enquête publique sur la bataille est à signaler.

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Des solutions ignorées par Paris

C’est avec l’arrivée de 2015 que la lutte reprend de plus belle. Ségolène Royale, actuelle ministre de l’Écologie, a pris le contrepied de la position de la mairie de Paris, en critiquant l’entêtement de la capitale à vouloir démolir une partie des serres, alors qu’il existe un autre projet permettant d’agrandir Roland-Garros tout en préservant le jardin classé : cela consisterait à partiellement recouvrir l’autoroute qui longe le site sportif, et ce pour un coût équivalent.

Cependant, le son de cloche du côté d’Anne Hidalgo, devenue maire de Paris, est sensiblement différent de celui de la ministre, puisque si on en croit une interview donnée sur France Inter au mois de mars, les démolitions ne seraient pas « au détriment » des serres d’Auteuil. Détruire des serres séculaires placées sur un site classé aux monuments historiques, cela n’aurait rien de dommageable, donc…

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Dernier round ?

En juin 2015, c’est au tour de Manuel Valls de céder aux exigences de la Fédération Française de Tennis, le Premier Ministre affirmant vouloir signer les permis d’extension de Roland-Garros. La réaction ne s’est pas fait attendre, et les descendants de l’architecte des serres portent l’affaire en justice. Jusqu’au dernier acte en date, survenu le week-end dernier : le Tribunal de Grande Instance saisi en référé au nom du  droit d’auteur, a ordonné la suspension des travaux. Mais c’est là un maigre sursis et une mince victoire pour les associations, les démolitions n’étant en effet stoppées que pour trois mois. Du côté de la FFT, toujours aussi obstinée, on a annoncé vouloir faire appel de cette décision.

Il y a fort à parier que le feuilleton risque de durer encore longtemps, à grands renforts d’actions en justice, de tribunes publiées et autres arrangements entre personnalités politiques et grandes fédérations sportives.

Photos : Agathe Lautréamont et Nicolas Vaeremans

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