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Jesús Rafael Soto à Rodez : l’expo qui se traverse et se ressent

Jéremy Billault 21 décembre 2015

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Pour la quatrième expo temporaire de son histoire, le musée Soulages (Rodez, 12) accueille une rétrospective de l’artiste Vénézuélien Jesús Rafael Soto. Acteur incontournable des mouvements de l’art cinétique et de l’art optique, Soto est représenté à travers 45 œuvres symboliques de ses différentes expérimentations, parfois radicales. Immersion dans l’expérience captivante d’une exposition intense qui s’annonce déjà comme un grand succès.

Est-il cinétique ? Optique ? Aucun des deux ? Les deux à la fois ? Quand il s’agit de décrire le travail de Jesús Rafael Soto (1923-2005), beaucoup de notions s’agitent mais aucune ne convient. Ceux qui visiteront le musée Soulages à Rodez dans les prochaines semaines (jusqu’au 30 avril) s’en apercevront : l’expérience de l’exposition consacrée à l’artiste vénézuélien est absolument subjective et personnelle, impossible à exprimer. On a beau parler de choc esthétique, de déstabilisation, d’émotion pure, de relation intime et inédite entre l’oeuvre et l’être qui la ressent, on ne fera que toucher du bout des doigts ce qui rend le travail de Soto unique en son genre.

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Jesús Rafael Soto, Senegalés,1998,  © Centre Pompidou, photo G.Meguerditchian/ Adagp, Paris, 2015

Dialogue des sens

Concrètement, dans l’exposition présentée par le musée Soulages, se mélangent près de 45 œuvres, de différentes formes (peinture, sculpture, installation, tout à la fois) et de différentes époques, considérées par Matthieu Poirier, commissaire de l’exposition, comme « les plus novatrices et radicales » de l’artiste. On y croise des tableaux d’où surgissent des formes parfois géométriques, parfois plus anarchiques, on y croise un monochrome composé de quatre carrés bleus subtilement séparés par un espace qui révèle qu’ils sont, eux aussi, avancés au devant de leur cadre.

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Jesús  Rafael  Soto, Cube de Paris, 1990 © archives Soto/Adagp, Paris 2015

Mais on y croise surtout, d’emblée, un cube. Du moins, ce que l’on croit être un cube, rouge, entouré d’une sorte de halo noir. Ce cube, comme d’autres installations de la rétrospective, est composé de fils suspendus avec une précision d’orfèvre : la lumière joue et le cube, réel et virtuel à la fois, se matérialise au fil du mouvement. Oui, on parle bien de mouvement (d’où le « cinétique ») mais pas de n’importe quel mouvement : celui du visiteur (d’où le « pas tout à fait »).

On se déplace, on tourne autour de l’oeuvre, on tente des mouvements parfois ridicules pour jouer et s’approprier cette forme nouvelle qui nous apparaît d’abord ludique puis, après quelques secondes, se révèle envoûtante et incroyablement esthétique. Tout est là, dans ce cube à l’entrée de l’exposition : le début d’un voyage au cœur de la perception face à des installations qui semblent avoir été créées pour celui qui les admire.

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Jesús  Rafael  Soto, Penetrable BBL Blue, 1999

Expérience et stupéfaction

Évidemment, l’expérience va plus loin. Aux côtés de plusieurs expérimentations de l’artiste (des tableaux dont ressortent des « vibrations », des spirales ou des formes géométriques) deux œuvres monumentales se suivent et installent une atmosphère quasi-psychédélique dans la plus grande salle de l’expo. La première est un « pénétrable » : une installation monumentale composée de fils bleus suspendus dans laquelle il est possible (et nécessaire) d’entrer. À l’intérieur, le monde change.

Immergé dans une forêt infinie de fils bleus, on est émerveillé, ébloui par la sensation visuelle et tactile que provoque notre propre mouvement et, éventuellement, par celui de l’autre. C’est donc ça le cinétique selon Soto : le mouvement intérieur, l’instabilité provoquée par une oeuvre fixe, qui objectivement ne bouge jamais (l’assemblement massif des nombreux fils reste toujours solide même quand un curieux y pénètre) et qui, pour le sentiment subjectif, est un déferlement.

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Jesús Rafael Soto, Volume suspendu, 1968. Soto,  Atelier  rue  des  Blancs  Manteaux,  Paris, 1968 © Photo de Michel Desjardins

La seconde est installée à même le sol : des dizaines de tiges (peintes encore une fois avec une précision démesurée) forment une sorte de vague sur plusieurs mètres carrés au cœur de la pièce. À chaque pas, l’installation change, la vague se déplace, avance, recule, on y pénètre avec les sens plutôt que littéralement.

Arrivé à la fin de l’exposition, on revient sur nos pas et, génie de l’accrochage, les deux œuvres fusionnent : la seconde au premier plan, l’autre, massive, en toile de fond. Difficile de ne pas revenir à certaines œuvres, à ces souvenirs instantanés qui avaient été remplacés par les suivants ; en quelques instants, on traverse joie, surprise et nostalgie d’un sentiment qu’on a ressenti il y a quelques minutes.

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Jesús Rafael Soto, Doble progresion azul y negra, 1975 © photo B. Hatala archives Soto © Adagp Paris 2015

Soto, au delà de la photo

« Je fais un art de communication plutôt optimiste » disait Soto à propos de son travail. Cette communication intense entre l’oeuvre et le récepteur brille par son opposition à toute autre forme de communication. Difficile, n’est-ce pas, de transmettre ce que l’on a vécu, à l’oral mais aussi, même en 2015, avec la technologie. Quand un smartphone ou un appareil photo s’approche, il ne voit rien. Ce qu’il transmet est en quelques sortes la présence physique et objective de la transmission d’un sentiment : il diffuse l’instrument sans la musique, le matériel sans la création.

Si l’époque est à la plus objective des formes de communication, Soto est hors du temps, Soto est un sentiment, une relation, Soto est intemporel. « L’univers, je crois, est incertain et instable. La même chose doit être vraie de mon travail. » Par l’instabilité abstraite dont il se revendique, Jesús Rafael Soto parvient à toucher l’humain et, par extension, le monde, le vrai.

JESÚS RAFAEL SOTO, UNE RÉTROSPECTIVE

12/12/2015 > 30/04/2016

Musée Soulages

RODEZ

Du 12 décembre 2015 au 30 avril 2016, pour sa quatrième exposition temporaire, le musée Soulages présente une rétrospective consacrée ...

Exposition terminée
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