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Anselm Kiefer à la BNF et Beaubourg : la mémoire, le bruit et la fureur

Agathe Lautréamont 21 décembre 2015

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Peintures et sculptures monumentales, créations saturées de matières diverses, fascination pour les matières grossières et pour le livre, Anselm Kiefer est considéré comme faisant partie intégrante des grands noms de l’art depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La BNF et le Centre Pompidou lui dédient tous deux, en cette fin 2015, une exposition.

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Anselm Kiefer au Centre Pompidou

Il semble bien loin, le temps où l’allemand Anselm Kiefer se taillait une place de choix dans le monde  de l’art contemporain à grand renfort de provocation et de coups de pieds dans la fourmilière mémorielle, en posant sur une série de photographies où il mimait le salut nazi. Depuis 1993, le plasticien crée, peint, sculpte, colle, et son succès ne va que croissant. Il était temps que Paris lui dédie une rétrospective, et c’est désormais chose faite… dans deux accrochages différents !

Là où le Centre Pompidou a décidé de placer l’accent sur le monumentalisme du travail de Kiefer (qui représente la majeure partie des 150 œuvres du parcours), exploration de la thématique de la destruction sur fond d’une critique d’un monde qui ne cesse d’être la proie de la guerre et du chaos, la BNF a opté pour l’intimité d’une part d’un travail plus méconnue, dédié à la production de livres du plasticien allemand.

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Anselm Kiefer au Centre Pompidou

À Beaubourg comme sur le site François Mitterrand, l’excursion dans les abîmes ardents et méphitiques de l’âme humaine demeure toujours le voyage escompté ; mais là où Pompidou l’offre via la démesure, la monumentalité et la désespérance, la bibliothèque nationale propose un cheminement plus intériorisé, où l’unicité de chaque « livre » fait de plomb, cendres et végétaux séchés, pèse, lui aussi, comme un couvercle sur l’esprit gémissant de Kiefer.

Né en 1945, l’artiste intériorise depuis toujours une culpabilité prégnante face à l’Histoire européenne et plus largement du reste du monde suite aux méfaits de l’Allemagne nazie. Or, là où beaucoup de créateurs ont fait le choix du minimalisme pour proférer des mea culpa réservés, humbles et feutrés, Kiefer prend le contre-pied de cette retenue pudique, et bataille avec l’atrocité du totalitarisme : ses œuvres grises, noires, beiges, constellées de myriades de détails permettent une catharsis violente.

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Anselm Kiefer à la BNF

Dans un autre pan de sa créativité, les livres et bibliothèques de métaux, de terre et de rouille traduisent son besoin compulsif de défendre l’accès au savoir, et surtout son exigence perpétuelle, voire compulsive, de concilier, noter, préserver tout ce qu’il pense, lit et comprend : un rempart extatique et farouche contre les forces obscures qui chercheraient à détruire l’accès au savoir et à l’imaginaire ayant traversé les siècles.

Par d’épaisses couches de peintures mêlées à diverses matières organiques rappelant les terres enneigées et désolées de la Pologne lointaine ou par des amoncellements compulsionnels, par des accumulations de manuscrits ornés de tout ce qui pouvait tomber sous la main de Kiefer (feuilles mortes, cheveux, vieilles photos…), l’artiste ouvre un dialogue flamboyant, sans concession et torrentiel avec une histoire brocardée, honnie, que nombre s’empresseraient volontiers de cacher sous le tapis ; au risque de voir un jour les monstres ressurgir, plus puissants encore, transmutés par le années passées et les enjeux mais toujours animés de mêmes intention délétères.

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Anselm Kiefer au Centre Pompidou

Par son art brutal, par ses livres qui s’incrustent dans ses tableaux ou s’entassent sans plus jamais bouger d’indénombrables étagères, le plasticien jette à la face des aveuglés volontaires la fin des mensonges, proclamant que sans mémoire, l’Histoire ne saurait aller au-devant de jours meilleurs et glorieux.

Fasciné par les parts d’ombres de l’Histoire, ébahi par l’éternelle propension des pouvoirs extrémistes à vouloir annihiler la connaissance, la culture, nier la valeur de l’écrit et les réceptacles de celui-ci, Anselm Kiefer rappelle –et c’est une constante obsédante dans les deux expositions qui lui sont dédié- à quel point il est nécessaire à l’homme d’user de son pouvoir démiurgique pour contrer les esprits négateurs de tout bord.

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Anselm Kiefer à la BNF

Fascinant et repoussant à la fois du fait de ses thématiques clivantes, le travail de l’artiste allemand provoque par ses prises de positions fermes et inaltérables, mais hypnotise par son évidente puissance.

Photos : Agathe Lautréamont

ANSELM KIEFER, L’ALCHIMIE DU LIVRE

20/10/2015 > 07/02/2016

BnF - Bibliothèque nationale de France – site François-Mitterrand

PARIS

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Exposition terminée
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