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Concours d’illustrations : quand Luc Besson fâche les artistes

Agathe Lautréamont 18 décembre 2015

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Le cinéaste français Luc Besson a fièrement dévoilé, le 14 décembre dernier, les grands gagnants du concours qu’il avait organisé en vue de concevoir les costumes de son prochain film de science-fiction, Valérian. Une initiative qui fait grincer des dents du côté des illustrateurs…

Pascal Casolari

© Pascal Casolari

Ils étaient 3350 à s’être bousculés à l’annonce de l’ouverture du concours lancé par le réalisateur Luc Besson, qui déclarait chercher les perles rares qui créeraient les costumes de son long-métrage à venir. Lundi dernier, ils étaient vingt heureux élus à voir leurs images retenues par le réalisateur du Cinquième Élément et de Léon. Organisé par la société de production de Besson, Europacorp, en partenariat avec Yahoo Style, ce concours espérait récolter tous les suffrages, et faire émerger pourquoi par quelques talents qui allaient travailler sur un film de grande envergure.

Sortie en 1967, la bande-dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, Valérian et la Cité des mille planètes, fait figure d’œuvre culte dans la sphère de la BD française. Une scène clé de l’album, dans laquelle une réception diplomatique réunit un grand nombre de voyageurs spatiaux, sera évidemment transposée à l’écran. Mais pour donner corps à ce passage important et aux très (très) nombreux protagonistes, Luc Besson s’est dit qu’il pourrait bien demander un petit coup de main à des illustrateurs de tout bord. D’où le concours en question.

Karolina Luisoni

© Karolina Luisoni

Sur son fil Twitter, le cinéaste s’est enthousiasmé du grand nombre de participant, mais aussi de la qualité des dessins qui lui ont été fournis. Il se dit « très heureux de la sélection que nous avons faite », affirmant avoir « personnellement étudié chaque participation ». Idyllique ? Pas vraiment, car une telle opération a fait pousser des cris d’orfraie à la profession d’illustrateurs et designers qui n’ont pas du tout vue l’idée d’un bon œil.

Le dessin doit-il donc devenir un jeu-concours, et non plus un travail ? C’est en tout cas l’inquiétude qui ressort des réactions suscitées par l’idée de Besson. Ce dernier est en effet accusé de passer par ce système de jeu via le web afin d’éviter d’engager un illustrateur, lui produire un contrat, et surtout le rémunérer normalement, à hauteur de son travail. Au lieu de cela, le réalisateur serait en train de placer l’accent sur un gros coup de communication, au détriment du respect dû aux métiers artistiques. Plus que jamais, designers et illustrateurs peinent en effet à tirer leur épingle du jeu, décrocher des contrats et faire reconnaître leurs talents.

Abiola Onabule 2

© Abiola Onabule

Autre sujet d’aigreurs d’estomac : la récompense promise. Besson a ainsi annoncé tambours battants que chaque designer toucherait une gratification de 1000 dollars, environ 923 euros donc. Les artistes seraient-ils corvéables à souhait, pour un gain dérisoire, tandis que la compagnie du réalisateur se refuse à engager un artiste après avoir étudié son book, et le payer décemment ? Malheureusement, le réalisateur français n’est pas le premier à user de ce genre de méthode d’appel d’offre où, malheureusement, beaucoup sont prêts à solder leur travail afin de pouvoir afficher un nom prestigieux dans leur CV. Créer des rivalités, casser les prix au lieu d’opter pour des tarifications honnêtes et la valorisation d’un travail ; est-ce là un système pérenne ?

Du côté des admirateurs du réalisateur du Grand Bleu, on crie au « Besson-bashing ». Depuis quelques années en effet, le cinéaste serait la cible d’une véritable campagne de dénigrement, systématique et intraitable, mais qui surprise ! semble endémique à la France. Dernière illustration en date avec son film Lucy, qui a été chaleureusement accueilli du côté des États-Unis, mais copieusement conspué et descendu en flèche par le public et la critique française. L’hexagone aurait-il un problème avec la conciliation de valeurs économiques et valeurs culturelles ? Ou plus largement avec les frenchies qui parviennent à réussir professionnellement en vendant leurs talents à l’étranger ? (On notera que les actrices Marion Cotillard et plus récemment  Léa Seydoux ont également fait les frais de ces critiques). À méditer.

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