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Street-art, braille et calligraphie arabe : mélange réussi à la Manufacture 111

Jéremy Billault 17 décembre 2015

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A deux pas de la Porte de Vincennes, la Manufacture 111, centre d’art consacré à la création urbaine, présente l’expo Calligraffi, fruit du travail commun de quatre artistes issus de différents milieux et différentes pratiques. L’association surprenante de street-art et de calligraphie traditionnelle qui parvient à créer une harmonie aussi logique qu’inattendue. Retour sur une expo coup de coeur.

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Hors de la rue et dans les galeries. On commence à le savoir et à le remarquer, le street-art n’est plus uniquement réservé à la jungle urbaine et à l’illicite : il a la cote, on le commande, on le subventionne, on l’expose et on va même jusqu’à l’acheter. C’est ce qu’a compris la Manufacture 111, un établissement unique qui, pour la deuxième exposition de son histoire, renforce son positionnement et sa réflexion autour des cultures urbaines en exposant le travail de quatre artistes en résidences.

Deux artistes de rue rencontrent deux figures emblématiques de la calligraphie arabe et proposent des œuvres communes dans une exposition brillamment intitulée « Calligraffi », un savant mélange ultra-créatif fruit de plusieurs semaines  d’expérimentation très productive. Au total, une quarantaine d’œuvres se côtoient, vacillant subtilement entre la noblesse quasi-religieuse de la calligraphie traditionnelle et la frivolité esthétique d’un street-art qui découvre les murs (les murs intérieurs évidemment), les cadres et l’atmosphère solennelle (on y reviendra) d’une exposition.

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D’un côté, il y a Larbi Cherkaoui et Nourredine Chater : deux artistes marocains expérimentés et internationalement reconnus pour leur pratique de la calligraphie traditionnelle libérée devenue extrêmement contemporaine, lourde de sens et purement esthétique. De l’autre, il y a SoemOne et The Blind : deux artistes de rue, habitués à pratiquer leur art dans l’illégalité la plus totale. Quatre artistes donc, que beaucoup semble séparer. Pourtant (pour parler un peu étymologie), tout est là : le kalos (beau) , le graphein (écrire), le travail rigoureux du signe en dehors de sa signification, de la lettre, de l’alphabet comme un ensemble de formes  pure. Les artistes se rencontrent comme se rencontrent leurs pratique : deux artistes rebelles et indépendant travaillent avec deux artistes plébiscités et respectés aux quatre coins du monde.

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A ce niveau-là, l’idée de Guy Weladji, directeur artistique de la manufacture 111, est déjà pertinente et audacieuse. Mais, dans le cas précis de The Blind, le résultat dépasse les attentes. Car cet artiste nantais a une particularité : son alphabet n’est pas latin, il n’est pas exotique ou historique. Son alphabet, c’est le braille. The Blind (ceci explique cela) présente au publique des grandes fresques (qu’on pourrait plutôt apparenter à des installations) composées de bulles qui forment des signes en braille sur les bâtiments. Difficile de lire in situ ce qui est inscrit, les signes sont en général monumentaux : on est donc dans le street-art pur, esthétique, dans la calligraphie.

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Pour les quatre artistes en résidence, il a fallu composer en fonction de ce que propose chacun et trouver une atmosphère, un état d’esprit général pour que l’exposition collective n’ait pas l’air de l’être, pour que les arts a priori différents entre en harmonie. Car harmonie il y a. Exemple et symbole, une oeuvre, l’une des quatre œuvres communes. Sur cette oeuvre, une toile, The Blind a fait l’effort de diminuer ses billes de braille, réduite à taille lisible. Sur cette oeuvre, les billes sont de braille sont transparentes, elles deviennent des loupes. Et là, ils surgissent : les caractères traditionnels, la bonne vieille calligraphie comme on sait encore la faire. La force des symboles et les générations s’entrechoquent, le solennel et le rebelle s’associent pour former un tout esthétique, une calligraphie nouvelle.

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Si le street-art a dû faire l’effort de s’insérer dans l’espace restreint d’un cadre ainsi qu’un effort d’adaptation à un nouveau support (toiles, peaux), les calligraphes ont, eux aussi, dû innover. Une expo, un cadre, beaucoup de solennel à première vue. Mais le street-art et le braille, c’est autre chose, le braille ça se touche. Et oui (on a posé la question), les œuvres de The Blind sont tangibles, il est possible (nécessaire ?) de les toucher pour pouvoir lire les symboles inscrits, même lorsqu’ils recouvrent la calligraphie et ses traits fins et subtiles.  Alors que le street-art est en pleine crise identitaire (Shepard Fairey en a fait les frais), ce type d’expérimentation prouve que, sans renier ses origines, il peut être l’objet d’expérimentations profondes et s’imposer dans le paysage artistique international.

Toutes les photos : © Manufacture 111

CALLIGRAFFI

17/10/2015 > 31/01/2016

La Manufacture 111 - Centre de créations urbaines

PARIS

Pour sa seconde exposition, la Manufacture 111 se lance un nouveau défi de taille : réunir quatre artistes d’horizons et de cultures dif...

Exposition terminée
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