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La Turquie accusée de s’approprier les objets d’art syriens pillés par Daesh

Jéremy Billault 16 décembre 2015

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En Syrie, Maamoun Abdulkarim, responsable du patrimoine, accuse la Turquie de s’approprier les objets d’art que les membres de Daesh tentent d’exporter en Europe. Alors qu’en quelques années le pillage du patrimoine syrien s’est largement développé, les relations diplomatiques tendues entre la Syrie et la Turquie finissent par faire le jeu du système très organisé mis en place par l’État Islamique.  

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Le temple de Baalshamin, détruit par l’Etat Islamique © Manuel Cohen / AFP

C’est l’une des principales sources de revenus de l’État Islamique. Le patrimoine syrien, détruit, réduit à néant et soumis à un trafic massif pouvait, croyait-on, compter sur la vigilance des pays voisins pour intercepter chaque objet qu’on tenterait d’extirper frauduleusement du territoire. Et bien non. Selon Maamoun Abdulkarim, chef des antiquités en Syrie dont le nom commence a être bien connu, la Turquie joue un rôle difficile à cerner dans la lutte contre le trafic d’artefact. Alors que, mis à part Israël, tous les pays limitrophes arrêtent les potentiels trafiquants à la frontière et restituent les objets qu’ils trouvent, la Turquie récolte sans prévenir, sans informer et conserve ce qu’elle intercepte : «Le gouvernement turc refuse d’enregistrer les objets confisqués, a t-il déclaré dans un entretien accordé à Reuters. Il ne donne aucune information, aucune photo. Il prétend ne rien pouvoir faire car leur loi interdit de déclarer quoi que ce soit».

Toujours selon les estimations de Maamoun Abdulkarim, la Turquie détiendrait plus de 2000 objets syriens confisqués à la frontière. Ces objets sont majoritairement issus de deux sites : celui de Mari (près de la frontière Irakienne) et celui de Palmyre, frappé par les destructions massives autant que par le pillage quasi-industriel de son héritage archéologique. En Syrie, 6500 objets ont déjà été saisis par les autorités locales, 300 en Jordanie et 90 au Liban. Tous ont immédiatement été référencés et rendus à la Syrie. Seule la Turquie (dont les relations ont toujours été extrêmement tendues avec le régime syrien en place) refuse donc de coopérer et de communiquer ne serait-ce que la moindre indication.

De son côté, la Turquie a réagit via le porte-parole du ministère de la culture qui estime que ces allégations sont infondées. «Quelques antiquités venues de Syrie ont pu entrer frauduleusement sur le territoire Turc. Nous faisons de notre mieux pour lutter contre la contrebande. À chaque fois que de tels objets sont interceptés, nous les retournons aux institutions des pays d’où elles proviennent. Nous pensons que ces accusations ont une motivation politique.»

La Grande Colonnade sur le site de Palmyre en Syrie © BGag - Wikimedia Commons

La Grande Colonnade sur le site de Palmyre en Syrie © BGag – Wikimedia Commons

Permis de piller

Sur place, le chef des antiquités et des musées de Syrie ne peut que constater l’augmentation ahurissante du trafic d’artefacts à destination du monde entier. Ce trafic très organisé est devenu l’une des principales sources de revenus de l’État Islamique, mais aussi de ses sujets, à titre personnel. Maamoun Abdulkarim est récemment tombé sur un document étrange, un permis de piller octroyé par « le département d’archéologie de Daech » (?!) qui permet à n’importe qui de fouiller à grand coups de bulldozer une zone précise du territoire. Reste à exporter et vendre sans se faire attraper. Depuis 2013, le nombre de fouilles a fortement augmenté et même le plan de protection instauré par l’ONU en février dernier ne semble pas être de taille à lutter efficacement. « Il faut que les pays européens, les Etats-Unis et le Japon (entre autres) fassent l’effort de convaincre ceux qui achètent nos artefacts de les refuser, ajoute-t-il. Si vous achetez nos objets, vous soutenez Daesh. »

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