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Quand le maire de Venise veut vendre des œuvres d’art pour combler le gouffre budgétaire de sa ville

Agathe Lautréamont 15 décembre 2015

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Vendre des œuvres d’art inestimables afin de corriger les erreurs des dirigeants qui se sont succédé à la tête d’une ville et donc renflouer les caisses ? Cette idée qui pourrait en faire bondir plus d’un est pourtant celle lancée, tel un pavé dans la mare, par le maire de Venise  dont la municipalité voit ses finances plonger dans le rouge.

Gustav Klimt, Judith II (détail), 1909, VeniseGustav Klimt, Judith II (détail), 1909, Venise

 

Il n’est pas certain que Gustav Klimt et Marc Chagall apprécieraient d’apprendre que leurs œuvres, en bonne et due place dans des musées gérés par la ville de Venise, allaient être littéralement bradées afin de glaner de l’argent pour éviter que la ville ne se déclare en faillite. L’idée, défendue par le maire de la cité des Doges, n’a pourtant rien d’une mauvaise provocation, et semble envisagée depuis le mois d’octobre 2015. Voilà qui détonne dans un paysage national qui mise sur la culture depuis la fin de l’année 2015.

Arguant que l’urgent pour une municipalité d’importance comme Venise, est bien d’assurer à ses citoyens des infrastructures en bonne état ou des écoles fonctionnant correctement, l’élu Luigi Brugnaro, à la tête de la ville depuis le mois de juin dernier, considère donc comme banal, voire normal, de se séparer d’œuvres inestimables pour pouvoir se payer un cantonnier ou de nouvelles salles de classe.  Cependant, rassurez-vous, bonnes gens de Venise qui pourraient sursauter à l’annonce de cette nouvelle ahurissante ! Les œuvres cédées ne seront pas de la main d’artistes vénitiens, ni à propos de l’histoire de Venise, mais « seulement » des Chagall (Russe établi en France) ou des Klimt (Autrichien). Au moins, le chauvinisme est sauf.

Luigi Brugnaro en 2011 © Alvyspera - Wikimedia CommonsLuigi Brugnaro en 2011 © Alvyspera – Wikimedia Commons

 

Luigi Brugnaro semble cependant oublier un menu détail : son projet ne pourra probablement jamais voir le jour, puisqu’il entre en complète opposition avec les lois italiennes, qui stipulent que les collections publiques ne peuvent en aucun cas être dispersées. L’élu très conservateur, ancien entrepreneur et homme d’affaire, se considère-t-il au-dessus des législations de son pays ? Après tout, ce dernier n’en est plus à une polémique près. On se souvient de sa sortie controversée au milieu de l’année 2015, lorsqu’il avait déclaré vouloir censurer des livres traitant de discrimination et de familles homoparentales, tandis qu’il interdisait à la cité des Doges, qui accueille chaque année le Carnaval de Venise, d’organiser une Gay Pride.

Brugnaro n’hésite également pas à brocarder, depuis qu’il a pris ses fonctions à la mairie de Venise, ses prédécesseurs; affirmant que leur supposée incompétence aurait amené Venise à une telle situation. Il est en effet tellement facile d’accuser les dirigeants passés pour éviter d’avoir à mettre le doigt sur ses propres torts, que c’en est devenu un poncif en politique. Installée dans une zone géographique peu propice à l’établissement d’une ville, on sait que Venise doit sans cesse lutter contre la lagune, l’élévation des eaux, renforcer les fondations de ses bâtiments et infrastructures publiques… Et ces travaux réguliers ont évidemment un coût exorbitant, qui fait que la municipalité crève régulièrement le plafond de son budget.

Painter Marc ChagallMarc Chagall en 1970 © Botti – Getty Images

 

De nombreuses œuvres sont donc sur la sellette, sur décision de Luigi Brugnaro, ce qui pourrait rapporter à la ville 400 millions d’euros via une vente aux enchères. La seule œuvre de Klimt, Judith II, conservée à la Galerie Internationale d’Art Moderne de Venise, pourrait rapporter 70 millions d’euros. On reste cependant profondément défiant face à cette étrange annonce, dont nous suivrons l’évolution scrupuleusement. La proposition sera bien sûr discutée parmi les plus hautes instances de Rome prochainement, et nous sommes curieux de voir comment la capitale italienne réagira face à une proposition de braderie artistique pour pouvoir nettoyer les canaux de Venise et entretenir les espaces publics.

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