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Cartes, migrations et territoire : quand les mondes se croisent au Frac Franche-Comté

Jéremy Billault 15 décembre 2015

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Alors que les régions (et leurs frac) sont en pleine mutation, le Frac Franche-Comté présente l’exposition Le monde selon… qui regroupe les œuvres de quinze artistes, majoritairement empruntées à d’autres Frac à travers la France. Quinze artistes et quinze visions du monde (ou de sa représentation) dans une expo protéiforme, diverse, cohérente et propice à la réflexion. Jusqu’au 17 janvier.

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Fayçal Baghriche, Souvenir, 2012 (détail) © Galerie Jérôme Poggi  Adagp, Paris

Ça y est, c’est fait ! Depuis quelques jours la France a une nouvelle carte, les régions ont fusionné. Si les élections sont encore fraîches, la question de ces nouveaux espaces, ces nouvelles communautés voire-même ces nouvelles identités se pose déjà et, notamment, par et pour les Fonds Régionaux d’Art Contemporain. Cette problématique, le Frac Franche-Comté a décidé de s’en inspirer pour son exposition d’hiver, un accrochage qui connaîtra l’avant et l’après fusion (des régions donc des Frac). Intitulée Le Monde selon… l’exposition interroge et remet en question les notions de territoire (et de sa représentation), d’identité, de communauté mais aussi de dialogue, notamment avec les autres Frac dont les œuvres présentées sont majoritairement issues.

Conscient d’expérimenter le changement, la mutation et même la disparition de certaines frontières au sein même de sa région, le Frac présente les œuvres de quinze artistes, toutes empruntées à des fonds publics,  qui font du territoire (au sens large) et de la représentation du monde leur sujet de prédilection. Sujet vaste, ambitieux, pour une exposition qui parvient malgré tout à conserver une certaine cohérence et un état d’esprit rafraîchissant en cette période de trouble.

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Kimsooja, Bottari Truck – Migrateurs, Collection du Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris.

© Kimsooja/Kimsooja Studio

La carte et le territoire

Qui dit territoire dit, évidemment, carte, mappemonde et globe. Pour représenter le monde, certains artistes se sont donc attaqués à la représentation de représentation du monde : logique, mais pas très clair… Un exemple : l’Atlas de Wim Delvoye. Situé dans la première grande salle de l’exposition, l’atlas en question est monumental : il recouvre un mur entier et déborde sur ses voisins, comme le faisaient les cartes immenses des palais de la Renaissance. De loin, cet atlas est familier, évidemment : les codes, les couleurs, les formes, les lieux… il est clair qu’on a affaire à la représentation d’une représentation du réelle, à la carte d’un lieu identifiable. Dans le détail, l’oeuvre se démasque progressivement : les noms de lieu sont fictifs (mais presque évocateurs au point qu’on scrute désespérément l’atlas de part en part dans l’espoir de dénicher un endroit familier auquel se référer, un point qui justifierait à lui seul l’ensemble des autres lieux mystérieux), les territoires sont fictifs (mais totalement évocateurs car inspirés de formes d’objets du quotidien -marteau, escarpins…- qu’on se prend à essayer de déterminer) et, pour couronner le tout, la plaine et les reliefs sont fictifs (ce sont des tranches de jambon !)

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Wim Delvoye, Atlas. La Salle des cartes, collection du Frac des Pays de la Loire © ADAGP, Paris, 2015

On représente, donc, on interroge parfois avec un certain second degré (qui en dit long sur la réception du territoire et de sa représentation dans l’imaginaire collectif), parfois plus littéralement quand un globe tourne à une telle vitesse que les délimitations disparaissent (Souvenir par Fayçal Baghriche) ou quand des voyageurs clandestins racontent leur v
oyage dans une vidéo concentrée sur la carte et sur les frontières. Dans cette exposition, le spectateur est donc amené à prendre du recul vis-à-vis des représentations de l’espace, parfois rapproché de la réalité difficile et concrète, parfois démarqué via un paysage utopique ou une carte qui ne se réfère à rien de géographique.

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David Renaud, Mêgo Aroug, Abyssinie, Collection FRAC Champagne-Ardenne, Reims © droits réservés

Mais, encore une fois différence et cohérence, certaines œuvres immergent, éloignées dans la proximité, proches malgré leur éloignement. D’un côté, on retiendra Mêgo Aroug, Abyssinie, une installation monumentale signée David Renaud composée de lamelles de bois qui reconstitue le relief du désert d’Abyssinie en hauteur (à la hauteur des yeux) et plonge les regards dans un paysage réaliste dessiné et sculpté. De l’autre, les étoiles de Renaud Auguste-Dormeuil, profondes, puissantes, autour desquelles ne sont inscrites que des dates : chaque image représente la position précise des étoiles à un moment dramatique, au jour d’un bombardement ou d’un attentat. On est loin, dans les étoiles et, soudain, on est là, dans la réalité.

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