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Banksy, Serralongue… : quand les artistes s’emparent de la question des migrants

Agathe Lautréamont 15 décembre 2015

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Le chaos au Moyen-Orient pousse chaque jour sur les rives européennes canots pneumatiques, embarcations de fortune et familles éplorées en quête d’une vie meilleure, loin de leur terre d’origine. Entre souffrance, devoir citoyen et critique de l’immobilisme des pouvoirs en place, nombre d’artistes ont choisi de traiter de ce sujet délicat dans leur art.

Série Calais © Bruno Serralongue

 

Banksy, Géricault et Steve Jobs

C’était ce week-end, dans la jungle de Calais et dans les rues même de la petite ville du nord de la France. L’artiste de la rue et de l’ombre Banksy laissait les passants et la presse découvrir ses œuvres, de nouveaux pochoirs qui rendent hommage à ces milliers d’anonymes prêts à prendre tous les risques pour atteindre un eldorado européen, au risque de se voir séparés de leur famille ou pire, d’y perdre la vie.

On reconnaîtra sans peine dans cette image une reprise de l’œuvre de Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, montrant ces naufragés qui, dans un ultime sursaut d’espoir, brandissent un chiffon dans la direction d’une embarcation à peine perceptible sur la toile originale, un simple point qui suggère la présence d’un navire.

Mais pour Banksy, époque contemporaine oblige, la silhouette fugitive qui serait peut-être l’Argus du XIXe siècle s’est mué en un imposant et moderne ferry. La référence est évidente, et la critique des plus acerbes. Cette gigantesque embarcation faisant quotidiennement la navette entre la France et les falaises blanches de Douvres pourrait transporter des milliers de migrants dans ses flancs. Mais en attendant, ces derniers doivent continuer de tenter le passage clandestinement, et certains décèdent, électrocutés ou renversés par des camions, des trains…

À quelques encablures de là, directement sur un mur de la « jungle » de Calais, un collage représentant l’homme d’affaires disparu en 2011 Steve Jobs, portant baluchon dans une main et ordinateur dans l’autre. Pourquoi ce symbole du self-made man américain ? Parce que le fondateur d’Apple eut pour père Abdulfattah « John » Jandali, né en Syrie et ayant grandi à Homs.

banksySteve Jobs dans la jungle de Calais © Banksy

 

Le poids et le choc de photos

Quand certains optent pour les bombes de peinture, d’autres choisissent la photo. Banksy n’est en effet pas le seul à nourrir son art de la question de ces populations déplacées et forcées à abandonner familles et biens pour protéger leurs vies. C’est ainsi que le photographe Bruno Serralongue a fait de la défense des populations migrantes le fer de lance de son travail, travaillant depuis 2007 à la représentation de ces personnes que l’on ne veut pas voir, lovées dans des cabanes de fortune, dans des conditions sanitaires souvent épouvantables.

Avec sa série Calais, Serralongue (qui sera bientôt exposé au CHRD de Lyon dans une exposition sur ce même thème) est allé à la rencontre de ces hommes qui vivent dans des conditions précaires, principalement dans la « jungle » de Calais bien sûr, mais aussi dans d’autres campements de fortune disséminés dans les alentours de la municipalité du nord de la France, suivant les régulières évacuations qu’ils subissent, leurs échauffourées avec les forces de l’ordre, et figeant en clichés des photos très travaillées, parfois posées, mais qui renvoient à leur quotidien extrêmement difficile.

pernotMathieu Pernot, Série Les Migrants, 2009 © Mathieu Pernot

 

Démarche similaire du côté de Mathieu Pernot, qui fige sur ses images des formes vaguement humaines, enveloppées dans des draps de fortune, des couvertures de survies glanées auprès des associations ou dans un duvet déchiré, usé, fatigué d’avoir été transporté d’un bout à l’autre du monde. On pense à ces gisants qui peuplent nos cathédrales, à des figures fantomatiques qui n’auraient rien à envier aux plus célèbres romans gothiques. Nul romantisme cependant, simplement une accablante vérité illustrant la misère du monde, l’indifférence des pouvoirs face à la détresse de populations entières. Pernot a le mérite de nous placer sous les yeux ces formes que l’on croise au coin de la rue, mais qu’on refuse de voir, en détournant ostensiblement les yeux.

Quant au street artiste MG La Bomba, c’est en collaboration avec la fondation Emmaüs qu’il a décidé d’égayer la « jungle » de Calais de ses réalisations à la peinture en bombe.  Au mois d’octobre dernier, cet artiste de rue s’est entouré de trois autres graffeurs, d’un photographe et cinéaste pour mener à bien ce projet. Si le travail en amont fut long, en particulier dans la prise de contact avec les migrants installés dans le camp, les œuvres produites ont été au bout du compte chaleureusement accueillies par les réfugiés qui ont vu de la couleur s’ajouter à leurs conditions de vie précaires ; tandis qu’une couverture médiatique bienvenue alertait l’opinion publique sur leur situation.

© MG La BombaLa jungle © MG La Bomba

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